‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 180 sur 219 · Scène V · texte numérisé non relu

Scène V

Sganarelle. — Hé bien ! mademoiselle, vous êtes malade ?

Lucile. — Oui, monsieur.

Sganarelle. — Tant pis, c’est une marque • que vous ne vous portez pas bien. Sentez-vous de grandes douleurs, à la tête, aux reins ?

Lueile. — Oui^ monsieur.

Sganarelle. — C’est fort bien fait. Oui, ce grand Médecin, au chapitre qu’il a fait de la nature des animaux, dit... cent belles choses; et, comme les humeurs qui ont de la connexité, ont beaucoup de rapport; car, par exemple , comme la mélancolie est ennemie de la joie, et que la bile qui se répand par le corps nous fait devenir jaunes, et qu’il n’est rien plus contraire à la santé que la maladie, nous pouvons dire, avec ce grand homme, que votre fille est fort malade. Il faut que je vous fasse une ordonnance.

Gorgibus. — Vite une table, du papier, de ’encre.

Sganarelle. — Y a-t-il quelqu’un qui sache écrire ?

Gorgibus, — Est-ce que vous ne le savez point ?

Sganarelle. — -Ah! je ne m’cn souvenois pas; j’ai tant d’affaires dans la tête, que j’oublie la moitié... Je crois qu’il seroit nécessaire que votre fille prît un peu l’air, qu’elle se divertît à la campagne...

Schr vin.

L’Avoc.\t. — Vous n’êtes pas de ces Médecins qui ne s’appliquent qu’à la médecine qu’on appelle rationale ou dogmatique, et je crois que vous l’exercez tous les jours avec beaucoup

de succès, experîenlia magistra rertim. Les premiers hommes qui firent profession de la médecine furent tellement estimés d’avoir cette belle science, qu’on les mit au nombre des dieux pour les belles cures qu’ils faisoient tous les jours. Ce n’est pas qu’on doive mépriser un Médecin qui n’auroit pas rendu la santé a son malade, puisqu’elle ne dépend pas absolument de ses remèdes, ni de son savoir; tnterdiim doctci plus valet arte mahim. Monsieur, j’ai peur de vous être importun : je prends congé de vous, dans l’espérance que j’ai qu’à la première vue i’auroi l’honneur de converser avec vous avec plus de loisir, vos heures vous sont precieuses. (^L’avocat sort.')

Gorgibus. - due vous semble de cet homme-là ?

Sganarelle. - Il sait quelque petite chose. S’il fût demeuré tant soit peu davantage, je l’allais mettre sur une matière sublime et relevée. Cependant je prends congé de vous. (Gorlui douuc de l’argent.) Hé! que voulez-vous

taire?

Gorgibus. - Je sais bien ce que je vous dois.

Sgakarelle. — Vous moquez-vous, monsieL' Gorgibus? Je n’en preudr.ai pas, je ne suis pas un homme mercenaire. (7/ prend 1 argent.) Votre très humble serviteur...

LE MÉDECIN VOLANT Comédie burlesque eu un acte.

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