‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 185 sur 219 · Scène XIV · texte numérisé non relu

Scène XIV

FERNAND SCul.

Que cet homme est habile, et qu’il est grand Docteur! Ne point prendre d’argent pour des choses si bonnes! i ne ressemble pas à ces tueurs de personnes Ces médians Médecins, qui par un triste sort -hn curant notre bourse, enrichissent la mort.*

MEDECINE VOLANTE (1667) (l)

Comédie en trois actes.

Arlequin joue le rôle de Médecin, il est

(i) Histoire de l’ancien par Gueullette, 175 3

accompagné d’Octave, qui est vêtu de noir, et passe pour un de ses élèves. Ce prétendu Médecin tient un paquet de papiers dans sa main, et dit en entrant « au moins que mes malades ne s’avisent pas de mourir avant que je leur aye rendu ma visite. »

Pantalon paroît. Arlequin fait lazzi, d’épouvante ; et dit ensuite à Pantalon : « Vous avez, Monsieur, apparemment entendu parler de ma capacité ? » '

Pantalon demande quelle est sa profession ? Octaye prend la parole et répond que c’est le plus habile et le plus employé Médecin qui soit à dix lieues à la ronde.

Pantalon. — Et quel est votre nom?

ARLEQ.UIN. — Le Médecin Olivâtre, surnommé Tête d’Aiie.

Pantalon. — Ma fille est malade, Monsieur je me flate que vous la guérirez.

ARLEQ.UIN. — Sans doute. Avez-vous jamais lu cet aphorisme d’Hippocrate, qui dit, Giitta cavat lapident. L’eau qui tombe goutte à goutte perce le plus dur rocher ? Je tomberai goutte à goutte sur votre fille, et par le moyen de ce remède anodin, je lui procurerai une guérison certaine.

Pantalon. — Oh! Monsieur, cela n’opérera pas; je compte que ma fille est opilata (opilée.)

Arlequin. — Ou Pilate ou Cayphe, je la guérirai, vous dis-je. (JZ tâte le pouls de Pantalon.')

Mais, Monsieur, vous me paroissez être fort mal.

Pantalon. — Vous vous trompez. Monsieur le Médecin, c’est ma fille qui est malade, et non pas moi.

ARLEauiN. — N’avez-vous jamais lu la loi Scotia, sur la puissance paternelle, qui dit. Tel est le père, tels sont les enfans. Votre fille n’est-elle pas votre chair, et votre sang.

Pantalon. — Oui, Monsieur.

Arlequin. — Eh bien ! le sang de votre fille étant échauffé, altéré, le vôtre le doit être aussi.

Pantalon. — Le raisonnement est spécieux... mais...

Arlequin, à Eularia qui entre. — Comment vous appelez-vous ?

Eularia. — Eularia, je me sens l’estomach plein.

Arleq.uin. — Je voudrois être de même.

Comment va l’appétit?

Eularia. ■ — J’en ai fort peu.

ARLEQ.UIN. — Et moi beaucoup.

Eularia. — Je vous dis, Monsieur, que j’ai l’estomach chargé.

ARLEQ.UIN. — Eh bien ! prenez pour cela un empan de racine d’âne. Galien dit que ce remède est bon pour votre santé.

Eularia. — Je ressens une extrême melancholie.

Arlequin. — Cela se passera, mais comment va le ventre? les matières sont-elles dures ou liquides! Hippocrate dit que lorsqu’on a le cours de ventre on a la foire. Avez-vous des battements de cœur?

Eularia. — Oui, Monsieur.

Arlequin. — Cela marque que vous avez le cœur cangréné. Mais cela ne sera rien . pour vous guérir il faut prendre six onces d eau rose en poudre et trois onces de limaille de cornes de limaçons : vous en ferez un onguent dont vous vous frotterez.

Eularia. — En quel endroit?

Arlequin. — Où il vous plaira ; mais il laut que je voye de l’urine de la malade. Madame, sçavez-vous uriner? je vois bien que la maladie de Madame vient d’opilation : eh bien ! il faut qu’elle fasse une petite promenade à pied, comme vous pourriez dire d’ici à Lyon, etc.

Eularia rentre : Diamantine sa suivante arrive un moment après et apporte de l’urine dans un verre, ajoûtant que sa maîtresse est plus mal. Arlequin porte le verre où est l’urine à son nez, et dit si la chair est d’aussi bon goût que le bouillon, i’en voudrois bien une tranche. Ensuite il boit l’urine, la souffle au nez de Pantalon, et fait diftérens lazzi. Pantalon au reste est si satisfait du Médecin qu’il veut lui donner de l’argent. Arlequin le refuse et en s’en allant il tend la

main, pour le recevoir. Pantalon y met trois ecus : y a-t-il encore de l’argent dans la bourse, lui demande Arlequin, oui monsieur, répond le vieillard : sans autre façon Arlequin prend la bourse, la met dans sa poche et finit le premier acte par une scène de fantaisie.

Second acte.

Le Capitan et Trivelin viennent consulter le prétendu Médecin : Monsieur, lui dit ce dernier voudriez-vous bien me dire pourquoi vous sentez si mauvois? C’est apparemment ma barbe qui^a cette forte odeur, répond Arlequin : mais ajoute-t-il, je parie que vous n’en devinez pas la raison? c’est, continue-t-il, que lorsqu’un malade fait un pet, il ne manque pas de dire aussi-tôt c’est pour la barbe du Médecin. Ainsi il faut que ce matin mes malades m’en ayent envoyé beaucoup dans ma barbe.

Le Capital! demande ensuite un remède pour le mal de dents. Prenez, dit Arlequin, du poivre, de 1 ail, et du vinaigre, et frottez-vous-en le derrière, cela vous fera oublier votre mal.

Lorsque le Capitan est prêt cà sortir, Arle qum le rappelle. Monsieur, Monsieur, dit-il J oubhois le meilleur; prenez une pomme, coupez-la en quatre parties égales : mettez un des quartiers dans votre bouche ; et ensuite tenezvous ainsi la tête dans un four, jusqu’à ce que la

pomme soit cuite, et je réponds que votre ma de dents se trouvera guéri.

On peut remarquer aisément dans cette pièce plusieurs endroits de la comédie du Médecin malgré lui de M. Molière.

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