‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 195 sur 219 · REGNIER-DESMARAIS · texte numérisé non relu

REGNIER-DESMARAIS

ÉPIGRAMMES

Qu’en public, plus qu’un autre, un Médecin éclate, Quand il sait mieux citer Galien, Hippocrate,

Je le crois bien.

(i^ Félix de Tassy. C’est lui qui fît au roi, le 18 novembre 1686, l’opération de la fistule.

Mais qu’il soit, dans son art, plus expert, plus habile. Si de deuil, plus qu’un autre, il n’a rempli la ville. Je n’en crois rien.

Croïez-nioi, charmante Dorise,

Bannissez tous vos Médecins,

Ce ne sont que des Assassins,

Que la crédulité du Malade autorise.

Ils sont fort éloquens, ils ont de bons desseins : Mais quoi que leur jargon vous dise,

La Santé qu’ils vous ont promise Est d’une trop grande entreprise Pour être l’œuvre de leurs mains.

En vain leur fausse conjecture.

Par l’inspection du dehors.

Juge de ce qui brûle ou pourrit les ressorts,

Par qui l’Auteur de la Nature Fait agir l’Ame dans le Corps.

Ils raisonnent à l’aventure;

Et ces invisibles accords Sont pour eux une tablature,

Où malgré leurs doctes efforts Ils ne lisent qu’à l’ouverture Des cadavres de ceux que leur simple imposture Vient de faire partir pour aller chez les Morts.

Le sang, qui coule dans nos veines.

Ne nous a pas été donné.

Pour être au moindre mal par nous abandonné Aux effusions inhumaines D’un Docteur ignorant à saigner obstiné.

Tout ce qu’à le répandre un Malade a de peines. Ce froid, cette langueur et ce teint tout fané. N’est-ce pas des preuves certaines,

Que le cours précieux de ces vives fontaines , Ne veut point être détourné?

Enfin d’IIabiles gens, et des Têtes bien saines.

N’auroient jamais ici fait venir le séné,

Que la Nature avoit tout exprès condamné A prendre sa naissance en des terres lointaines, De peur que notre Monde en fût empoisonne; Mais ces précautions si sages furent vaines. Dès que l’Ecole en eût autrement ordonne.

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