‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 194 sur 219 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

A M. de Pomponne.

24 nov. 1664.

... Madame Fouquet a donné un emplâtre à la reine qui la guérie de ses convulsions (i), qui étaient, à proprement parler, des vapeurs... Les Médecins, sans qui on avoit mis l’emplâtre, ne dirent point ce qu’ils pensoient, et firent leur cour aux dépens de la vérité.

A Madame de Grignan.

2 déc. 1671.

... On dit que la nouvelle Madame est tout étonnée de sa grandeur : on vous mandera comme elle est faite. Quand on lui présenta son

(l) Le lendem.iin de son accouchement, Marie-Thérèse eut une attaque convulsive qui effraya beaucoup son entourage; mais la rapidité de la guérison, et surtout le moyen anodin employé pour l’obtenir, indiquent qu’il s’agissait d’une simple attaque de nerfs qu’une carafe d’eau jetée au visage de la trop impressionnable reine eut aussitôt calmée.

Quand ou lui présenta son premier médecin, elle répondit : » Le premier est bien dit, car je n’en ai jamais eu besoin. »

Médecin, elle dit qu’elle n’en avoit que faire, qu’elle n’avoit jamais été ni saignée ni purgée, et que, quand elle se trouvoit mal, elle faisoit deux lieues à pied, et qu’elle étoit guérie : Lasciamo la andar, chefarà huon viaggio (i).

A la Même.

10 fév. 1672.

... Il (2) a été rudement saigné; il voulut résister à la dernière, qui fut la onzième ; mais les Médecins l’emportèrent : il leur dit qu’il s’abandonnoit donc, et qu’ils le vouloient tuer par les formes.

A la Même.

22 avril 1672.

... Le petit Daquin est premier Médecin. La faveur l’a pu faire autant que le mérite (3).

A la Même.

15 avril 1676.

... Mon visage n’est quasi point changé..., c’est que je n’ai point été saignée, et que je n’ai qu’à me guérir de mon mal, et non jpas des remèdes.

( I ) Laissons-la aller ; bon voyage !

(2) Charles-Philippe Adhémar de Monteil, un des frères de M. de Grignan, qui était atteint de la petite vérole et en mourut.

(3) Vers du Cid.

A la Même.

22 avril léyé.

... Je n’espère la guérison de mes mains et de mes épaules, et de mes genoux, qu’à Vichy, tant mes pauvres nerfs ont été rudement affligés du rhumatisme; aussi je ne songe qu’à partir. L’abbé Bayard et Saint-Hérem m’y attendent : je vous ai dit que la beauté du pays et des promenades, et la bonté de l’air, l’avoient emporté sur Bourbon. J’ai vu les meilleurs ignorants d’ici, qui me conseillent de petits remèdes si différents pour mes mains, que, pour les mettre d’accord, je n’en fais aucun; et je me trouve encore trop heureuse que sur Vichy ou Bourbon ils soient d’un même avis.

A la Même.

24 avril 1676.

... Je suis toujours assez incommodée de mes mains. Le vieux de Lorme ne veut pas que je parte avant la fin de mai ; mais tout le monde s’en va, et la maison que j’ai retenue m’échappe : il veut Bourbon, mais c’est par cabale; ainsi je suivrai les expériences qui sont pour Vichy.

A la Même.

6 maai 1676.

... Madame du Gué, la religieuse, s’en va à Chelles; elle y porte une grosse pension pour

avoir toutes sortes de commodités : elle changera souvent de condition, à moins qu’un jeune garçon, Amonio, qui est le Médecin de l’abbaye, et que je vis hier à Livry, ne l’oblige à s’y tenir. Ma chère, c’est un homme de vingt-huit ans, dont le visage est le plus beau et le plus charmant que j’aie jamais vu... Il a un jardin de simples dans le couvent; mais il ne me paraît rien moins que Lamporechio (^i) .

A la Même.

10 mai 1676.

... Vous avez donc cru être obligée de vous faire saigner? La petite main tremblante de votre chirurgien me fait trembler. M. le prince disoit une fois à un nouveau chirurgien : « Ne tremblez-vous point de me saigner? -i- Pardi, monseigneur, c’est à vous de trembler, répondit-il » ; et il disoit vrai.

A la Même,

26 août 1676.

... Pour Vichy, je ne doute nullement que je n’y retourne cet été. Vesou dit aujourd’hui qu’il voudroit que ce fut tout-à-l’heure : de Lorme

(i) Mazet de Lamporediîo, dans les Conles de La Fontaive, entre en qualité de jardinier dans un couvent de nonnes :

Il les engea de petits Mazillons,

Desquels on fit de petits moinillons.

dit que j’y mourrais, et que j’ai donc oublié que je ne suis que feu et que mon rhumatisme n’étoit venu que de chaleur. J’aime à les consulter pour me moquer d’eux : peut-on rien voir de plus plaisant que cette diversité ?

A la Même.

i6 sept. 1676.

... Ah! que j’en veux aux Médecins! quelle forfanterie que leur art! On me contoit hier celte comédie du Malade imaginaire, que je n’ai point vue : il étoit donc dans l’obéissance exacte à ces messieurs; il comptoit tout : c’étoit seize gouttes d’un élixir dans treize cuillerées d’eau ; s’il en eût eu quatorze, tout étoit perdu. Il prend une pilule, on lui a dit de se promener dans sa chambre; mais il est en peine, et demeure tout court, parce qu’il a oublié si c’est en long ou en large : cela me fit fort rire, et l’on applique cette folie à tout moment.

A la Même.

25 sept 1676.

... On vient de donner l'extrême-onction à Beaujeu (la demoiselle de compagnie de madame de Coulanges), et elle ne passera pas la nuit... En vérité, c’est une terrible maladie; mais ayant vu de quelle façon les Médecins font saigner rudement une pauvre personne, et sa-

chant que je n’ai point de veines, je déclarai hier au premier président de la Cour des aides, qui me vint voir, que si je suis en danger de mourir, je le prierai de m’amener M. Sanguin (i) dès le commencement; j’y suis très résolue. Il n’y a qu’à voir ces messieurs pour ne vouloir jamais les mettre en possession de son corps : c’est de l’arrière-main qu’ils ont tué Beaujeu. J’ai pensé vingt fois à Molière, depuis que je vois tout ceci. J’espère cependant que cette pauvre femme échappera, malgré tous leurs mauvais traitements (2).

A la Même.

I*' nov. 1679.

... Je parlerai à Duchesne de votre petit Médecin, à qui nous donnerons dans notre quartier quelques malades à tuer, pour voir un peu comme il s’y prend. Ce seroit dommage qu’il n’usât pas du privilège qu’il a de tuer impunément (3), Ce n’est pas que la saison ne soit contraire aux Médecins. Ce remède de l’Anglais (4),

(1) Jeu de mots, quelque peu inconvenant dans une pareille circonstance, sur le nom d’un fonctionnaire attaché au premier président.

(2) « L’émétique, k dit-elle plus loin, « a ressuscité Beaujeu, car elle a été en vérité morte. »

(3) Allusion à la réception d’Argan, dans le Malade imaginaire, III® intermède.

(4) Le chevalier Talbot, médecin anglais, qui le premier ntroduisit en France l’usage du quinquina; après avoir guéri

qui sera bientôt public, les rend fort mépri s ables, avec leurs saignées et leurs médecines.

A la Même.

24 nov. 1679.

... Quel plaisir de vous entendre discourir sur tous les chapitres que vous traitez ! Celui de la médecine me ravit; je suis persuadée qu’avec cette intelligence et cette facilité d’apprendre que Dieu vous a donnée, vous en saurez plus que les Médecins : il vous manquera quelque expérience, et vous ne tuerez pas impunément comme eux : mais je me fierais bien plus à vous qu’à eux pour bien juger d’une maladie. Il est vrai qu’il n’est question que de la santé en ce monde : Comment vous porte:(-vous ? comment vous porte^vous? et l’on ignore entièrement ce qui touche cette science qui nous est si nécessaire : apprenez,

e Dauphin, et non Louis XIV, comme le dit Maurice Raynaud, d’une fièvre intermittente très rebelle, au mo)'en de ce remède, le roi lui acheta son secret 48,000 livres. Voici les vers que fit k ce sujet M. de Bonnecamp :

Autrefois un Talbot, ennemi de la France,

La mit presqu’aux abois par un fer inhumain;

.Un Talbot aujourd’hui, le gobelet en main.

Par des coups plus heureux en sauve l’espérance.

Malheur à Talbot l’assassin !

Vive Talbot le Médecin!

La Faculté ne partageait pas cet enthousiasme, et condamnait l’usage de ce nouveau médicament. « Cette poudre de Kinakina, dit avec dépit Guy-Patin, n’a par deçà, aucun crédit. Les fous y ont couru parce qu’on la vendoit bien cher; mais effet ayant manqué, on s’en moque aujourd’hui. »

faites votre cours : il ne vous faudra point d’autre science que de mettre une robe rouge, comme dans la comédie. Mais pourquoi voulez-vous nous envoyer votre joli Médecin? Je vous assure qu’ils sont fort décriés et fort méprisés ici ; hormis les trois ou quatre que vous connoissez, et qui conseillent le remède de l’Anglais, les autres sont en horreur.

A la Même.

9 févr. 1680.

... Le frère Ange a ressuscité le maréchal de Bellefonds; il a rétabli sa poitrine entièrement déplorée. Nous avons été' voir, Mme Je Coulanges et moi, le grand-maître Qe duc de Lude), qui a pensé mourir depuis quinze jours : sa goutte étoit remontée, une oppression à croire qu’il alloit rendre le dernier soupir, des sueurs froides, une perte de connoissance; il étoit aussi mal qu’on peut l’être. Les Médecins ne le secouroient point : il fit venir le frère Ange, qui l’a guéri, et tiré de la mort avec les remèdes les plus doux et les plus agréables : l’oppression cessa, la 'goutte se rejeta sur les genoux et sur les pieds, et le voilà hors de danger.

A la Même.

15 mars 1680.

... M. de La Rochefoucauld est toujours dans la même situation, il a les jambes enflées; cela

déplaît à l’Anglais; mais il croit que son remède viendra à bout de tout : si cela est, j admirerai la bonté des Médecins de ne le pas tuer, assassiner, déchirer, massacrer; car enfin les voilà perdus : c est leur ôter la vie que de tirer la fièvre de leur domaine. Duchesne ne s’en soucie pas trop; mais les autres sont enrages.

A la Même.

8 nov. i6So

L’Anglais a promis au roi sur sa tête, et si positivement, de guérir Monseigneur dans quatre jours, et de la fièvre, et du dévoiement, que, s’il n’y réussit, je crois qu’on le jettera par les fenêtres : mais si ses prophéties sont aussi véritables qu’elles l’ont été pour tous les malades qu’il a traités, je dirai qu’il lui faut un temple comme à Esculape. C’est dommage que Molière soit mort; il feroit une scène merveilleuse de Daquin, qui est enragé de n’avoir pas le bon remède, et de tous les autres Médecins qui sont accablés par les expériences,^ par les succès, et par les prophéties comme divines de ce petit homme. Le roi lui a fait composer son remède devant lui, et lui confie la santé de Monseigneur. Pour Madame la dauphine, elle est déjà mieux; et le comte de Gramont disoit hier au nez de Daquin :

Talbot est vainqueur du trépas,

Daquin ne lui résiste pas;

La dauphine est convalescente,

Que chacun chante, etc. (i) ’

Au comte de Bussy.

28 juillet 1682.

... II y a des fêtes continuelles à Versailles hormis de l’accouchement de Madame la dauphine : car les Médecins ne pouvant lui faire d autre mal, se sont si bien mécomptés, qu’ils 1 ont saignée dans la fin du troisième mois, et dans le huitième, tant ils sont enragés de vouloir toujours faire quelque chose,

A Madame de Grignan.

S nov. 1684.

... Vous voilà donc obligée de vous guérir de vos remèdes; cette troisième saignée fut bien cruelle, ensuite de la seconde qui l’étoit déjà, et vos médecines mal composées ; car nos capucins sont ennemis du polycreste : vous avez été bien

mal menée, ma pauvre bonne, de toutes les façons.

A la Même.

15 déc. 1688.

... Ne soyez point en peine de la santé de votre enfant; ni saignée, ni médecine, rien du tout; un bon appétit, un doux sommeil, un sang reposé, une grande vigueur dans les fati-

Ci) P.irodie du chœur de I.1 scène i" du V® acte ôêAU ceste.

gués; voilà ce qu’un Médecin pourrait lui ôter, si nous le mettions entre ses mains.

A la Même.

12 oct. 1689.

... L’abbé Bigorre me mande que M. de Niel tomba, l’autre jour, dans la chambre du roi; il se fit une contusion : Félix (i) le saigna, et lui coupa l’artère; il fallut lui faire à l’instant la grande opération. M. de Grignan, qu’en ditesvous? Je ne sais lequel je plains le plus, ou de celui qui l’a soufferte, ou d’un premier chirurgien du roi, qui pique une artère.

De Madame de Coulanges a Madame de Grignan.

19 avril 1700.

... Madame de Sully est assez malade; elle est dans toutes les règles des mauvais Médecins; du lait, saignare, purgare, etc.; il n’y a pas moyen 'de lui faire entendre raison sur cela, quoiqu’elle l’entende si bien sur toute chose.

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