DU MANTEAU
IV... On se rend Esculape favorable par des pantoufles à la mode des Grecs.
DE l’ame
VI... Soranus, savant auteur de la médecine méthodique, enseigne que l’âme se nourrit d’aliments corporels, et qu’il lui faut de la nourriture pour réparer ses défaillances.
X... Cet Hérophile, cessant d’être médecin pour devenir bourreau, qui disséqua des milliers de corps pour interroger la nature, qui détesta l’homme pour pouvoir le connaître, n’en a peut-être pas mieux exploré pour cela les merveilles intérieures, parce qu’il s’opère un grand changement dans les parties privées de vie, surtout lorsqu’il ne s’agit pas d’une mort natu-
relie, mais survenue à la suite des divers tourments auxquels les recherches de l’anatomiste a exposé des malheureux pleins de vie (i).
XV... Le médecin Asclépiade s’applaudit de ce raisonnement ; « La plupart des animaux, si on leur enlève les parties du corps dans lesquelles on place le siège principal de la faculté souveraine de l’âme, ne laissent pas de survivre quelque temps et de donner des marques d’intelligence. Il en est ainsi des mouches, des guêpes et des sauterelles quand on leur coupe la tête; ainsi des chèvres, des tortues et des anguilles quand on leur arrache le cœur. Donc, la faculté prépondérante n’existe pas. Si elle existait, la vigueur de l’âme ne continuerait pas, une fois que la faculté supérieure est anéantie avec ses organes. Mais la plupart des médecins, Hérophile, Erasistrate, Dioclès, Hippocrate et Soranus lui-même, et enfin nous autres chrétiens plus nombreux que tous, nous soutenons qu’il y a dans l’âme une faculté dominante et qu’elle a son sanctuaire dans une certaine partie du corps (2). Il y a mieux.
(i) Hérophile, médecin de Ptolémée Soter, et Érasistrate, médecin de Séleucus Nicanor, osèrent, sous la protection de ces princes éclairés, disséquer des cadavres humains. Cette audace, contraire aux mœurs et aux coutumes religieuses des anciens, les fit accuser d’avoir disséqué des hommes vivants; Médée fut ainsi accusée de faire bouillir les gens vifs, lorsqu’elle inventa les bains chauds. La même calomnie fut, on le sait, renouvelée plus tard contre André Vésale.
(a) Hippocrate plaçait l’âme dans le cerveau; Hérophile
Protagoras, Apollodore et Chrysippe eux-mêmes sont de cette opinion, en sorte qu’Asclépiade, réfuté par eux, cherche ses chèvres qui bêlent sans coeur, et chasse ses mouches qui voltigent sans tête, et que tous ceux qui préjugent les dispositions de l’âme humaine d’après la condition des bêtes, savent que ce sont eux qui vivent sans cœur et sans cervelle.
XXV... Parmi les médecins, se rencontra également Hicésius (i), infidèle à la nature aussi bien qu’à son art.
... Il y a parmi ces instruments de chirurgie une aiguille d’airain qui sert à faire périr secrètement un enfant dans le sein de sa mère, on la nomme embryosphacte (2), parce qu’elle a pour fonction l’infanticide, et par conséquent, l’immolation d’un enfant qui vit. Elle a été entre les mains d’Hippocrate, d’Asclépiade, d’Érasistrate,
dans le cervelet; Straton et Érasistrate dans les membranes qui enveloppent ce dernier; Tertullien, qui la prétendait dans le cœur, lui donnait un corps sut generis : elle est mâle ou femelle; elle a trois dimensions, longueur, largeur, profondeur ; elle a des membres particuliers, une forme en harmonie avec celle du corps ; elle est palpable, transparente, de couleur aérienne. Toutes les âmes sortent l’une de l’autre par propagation, sans que chacune soit formée par une création nouvelle. Les erreurs de Tertullien l’ont fait rejeter par l’Église qui, selon l’expression de Vincent de Lerins, ne voit plus en lui qu’un déserteur.
(1) 11 s agit sans doute d’Acésias, auquel on appliquait le proverbe dont nous avons parlé page 56.
(2) Composé de deux mots grecs qui signifient : je tue rembryon.
d’Hérophile qui disséquait même des hommes vivants.