CRITIQUE DE L’EMPLOI DES MÉDICAMENTS COMPOSÉS ET EXOTIQUES
Liv. XIII.
Il est vrai que les médecins prétendent qu’en effet nous manquons de remèdes en beaucoup de cas; et c’est là l’excuse dont ils colorent l’usage qu’ils font des drogues nuisibles. Ils ont même l’impudence de soutenir que la médecine ne saurait se passer de poisons.
Liv. XXII.
La nature, cette bonne mère et cette divine ouvrière, n’a pas fait les cérats, les emplâtres, les antidotes ou les collyres. Ce sont là des inventions des médecins, ou plutôt de leur avidité pour le gain.
Liv. XXIV.
La matière médicale est innombrable; c’est d’elle qu’est issue la médecine. La nature s’est
plu à ne créer que des remèdes vulgaires, faciles à trouver, que l’on se procure sans frais, et qui, au besoin, nous servent de nourriture. C’est la fraude et le charlatanisme qui ont inventé ensuite ces officines où l’on promet à chacun de lui rendre la vie à prix d’argeiit; c’est là qu’on préconise à leur début les compositions et les^ mixtures, et que l’on vante les remèdes venus à grands frais de l’Arabie et de l’Inde; on dirait qu’il n’y a que la mer Rouge qui produise les moyens de guérir le plus petit bouton, tandis que nous voyons de pauvres gens trouver de quoi se guérir dans les condiments dont ils se nourrissent. Mais la médecine ne deviendrait-elle pas le plus vil art, si chacun cueillait dans son jardin l’herbe ou l’arbrisseau qui doit servir de spécifique? De là, il est arrivé que la grandeur romaine a perdu de sa sévérité antique; les vainqueurs ont été domptés par les vaincus; le Romain obéit aux barbares, et il est un art qui exerce son empire sur nos empereurs euxmêmes.
Liv. XXXIV.
Mais de toutes ces distinctions, les médecins (soit dit sans leur faire injure) n’en connaissent aucune, et la plupart d’entre eux n’en savent pas même les noms, tant ils sont loin aujourd’hui de l’art de composer des médicaments, an cependant qui faisait autrefois la base de leui profession. Présentement donc, toutes les fois
qu’en lisant un dispensaire, ils y trouvent une recette dont ils jugent à propos de faire l’épreuve sur la première victime de leur spéculation, ils s’en reposent entièrement, pour la composition de la drogue, sur ceux qui pratiquent l’art de la séplasie, qui n’est que fraude et sophistication perpétuelle. Q.ue dis-je? on voit, de nos jours, des médecins qui n’ont pas honte de débiter et trafiquer eux-mêmes, dans leurs visites, les emplâtres et les collyres de la séplasie : et l’abus est porté à tel point à cet égard, que les droguistes n’ont pas de meilleure ressource pour purger leurs boutiques de toutes les drogues manquées, mal frelatées, ou devenues rances.