‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 74 sur 219 · TRITHÈME · texte numérisé non relu

TRITHÈME

Faire d’un ignorant un médecin, c'est accrocher une enseigne qui n’enseigne rien, c’est mettre un cercle de tonneau à la porte d’une maison où l’on ne vend point de vin.

ÉRx'^SME (1467-1536)

bJALOGUES

Dial. VIII. — Sur la mauvaise santé (1).

George. — Etes-vous en bonne santé?

Levin. — Je souhaiterais pouvoir répondre affirmativement. Je ne me porte pas comme je voudrais; il s’en faut de beaucoup... Ne pouvant me porter suivant mon désir, je me porte comme je puis... Je ne me suis jamais si mal porté... Je

(i) Tr-iduction de Guedeville, 1720.

me porte comme font ceux qui ont le malheur tle vivre sous la domination de la monarchie hippocratique, et qui ont affaire avec ces messieurs les Tueurs autorisés et mercenaires, nommés vulgairement médecins. . .

George. — De quoi êtes-vohs attaque?

Qju’est-ce qui vous fait mal?

Levin. — Je n’en sais rien ; et c’est pourquoi mon mal est plus dangereux.

George. — Vous dites vrai ; car le premier pas vers la santé, c’est de pénétrer la nature de la maladie, et suivant le proverbe, un mal bien connu est à demi guéri. N’avez-vous point consulté l’oracle ? N’avez vous point appelé la médecine à votre secours?

Levin. — Oh, pardonnez-moi! J’ai tant vu de médecins que je ne pourrais pas les compter.

George. — Eh bien! que disent-ils?

Levin. — C’est à peu près la même manœuvre que celle des avocats de Demiphon dans la comédie de Térence; l’un dit c’est cela; l’autre, non, ce n’est pas cela; et le troisième est d avis qu’il en soit délibéré plus mûrement. Ces docteurs ne sont d’accord que sur un point, c est que

je. suis digne de compassion.

George. — ... Mais pourquoi ne faites-vous

pas venir un médecin?

Levin. — Je crains qu’au lieu d’ôter le mal, il ne l’augmente ; j’ai peur qu’il ne m’empoisonne plutôt que de me guérir.

George. — Il faut donc en choisir un entre

les mains de qui vous puissiez vous remettre en toute assurance.

Levin. — Si j’en dois mourir, j’aime mieux partir une bonne fois, et tout d’un coup, que d’être tourmenté par tant de drogues.

George. — Faites donc en sorte d’être votre médecin vous-même, si vous ne voulez pas vous fier à un homme qui se pique de posséder l’art de chasser les maladies, et de rendre la santé, je souhaite que le Tout-Puissant vous tienne lieu de médecin.

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