VAU-DE-VIRE IV
Au voizin, de fiebvre morant,
On faisoit boire eau de la bie (i).
« Hélas! vous me tuez, dizoit-il en plorant.
« Me deffendre le vin, c’est m’arrachier la vie.
« Hélas I je desiroy tousjours M Morir avecq toi, bon breuvaige!
« Quand j’ai plus que jamais besoing de ton secours, <t Ung sourdault médecin me deffent ton uzaige.
« Cher amy, ne me quitte pas « Sur le dernier poinct de ma vie;
« Sans toi j’estimeroy rigoureulx mon trespas;
« Je ne puis avoir bien hors de ta compaignie.
« Si je meurs, à mes bons amis « Ma grande bouteille je laisse.
« Mais que pleine elle soit, comme elle estoit jadis;
« Jugeront, comme moy, que c’est grande richesse. »
(i) Cruche.
Ainsi mon voizin souspiroit.
Moi j £us pitié de sa misère,
Je lui donnoi du vin que l’on lui refusoit; La nebvre le quitta si tost qu’il eust à boire.
Hc *
ANONYME (vers 1400)
la farce de MAISTRE PATHELIN (l)
PATHELIX
Ces physiciens (2) m’ont tué
De ces brouilliz (0 qu’ilz m’ont fait boire:
Et toutesfois les faut-il croire,
Ils en oeuvrent comme de cire.
Traduction.
Ces médecins m’ont tué De leurs drogues. Comme de cire Ils nous travaillent; sans mot dire Il faut les croire...
Ed. Fouknier, Mailre Palhelin, pièce en trois actes.
l’IIILIPPE DE COMMINES (1447-1509)
MÉMOIRES. — Liv. VI, chap. XII,
... Il nvoit son médecin appelle maistre Jacques
(1) Attribuée à Pierre Bl.-uichet.
(2) Médecins. On employait aussi le mot mire, mais surtout pour désigner un chirurgien,
(3) Tisanes, drogues.
Cottier, à qui en cinq mois il donna cinquantequatre mille escus contans (qui estoit à la raison de dix mil escus le mois, et quatre mille par dessus) et l’Evesché d’Amiens pour son neveu et autres offices et terres pour luy et pour ses amis. Ledit médecin luy estoit si très rude, que l’on ne diroit point à un valet les outrageuses et rudes parolles, qu’il luy disoit et si le craignoit tant ledit seigneur, qu’il ne l’eut osé envoyé hors d’avec luy, et si s’en plaignoit à ceux a qui il en parloit; mais il ne l’eut osé changer, comme il faisoit tous autres serviteurs, pour ce que le dit médecin luy disoit audacieusement ces mots ; Je sçay bien qu’un matin vous m’envoyerez, comme vous faites d’autres ; mais par la . . . (un grand serment qu'il juroit) vous ne vivrez point huict jours après. De ce mot là s’épouvantoit tant, qu’après ne le faisoit que flater et luy donner, qui luy estoit un grand Purgatoire en ce monde, veu la grande obéissance qu’il avoit eue de toutes gens de bien et de grands hommes.
CLÉMENT MARÜT (i495-i544)
ESriSTRE AU ROY POUR AVOIR ESTÉ DESROBÉ
Et pour autant, Sire, que (i) suis à vous,
De trois jours l’un viennent taster mon poux
C i) Aussi vrai que.
Messieurs Braillon, le Coq, Akaquia (i),
Pour nre garder d’aller jusqu’à quia.
Tout consulté ont remis au Printemps Ma guérison : mais à ce que j’entens,
Si je ne puis au Printemps arriver,
Je suis raillé de mourir en Yver :
Et en danger, si en Yver je meurs,
De ne voir pas les premiers raisins meurs (2).
ANONYME (i486)