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SES PRINCIPAUX CARACTEP.ES

Elle est radicale, universelle, individuelle

Dire que la vie de l'Église est une vie de combat, c'est dire une vérité banale et universellement reconnue. L'Église, par le fait même qu'elle est l'Église, et le monde, en tant qu'il est le monde, doivent vivre nécessairement dans une perpétuelle opposition. .

L'Église est la dépositaire des enseignements du Ciel ; le monde est la personnification de toutes les tendances grossières" de la terre. Ce sont comme deux pôles opposés, avec deux centres de gravitation pareillement opposés. Ils jugent d'après un critérium opposé, et ont un but diamétralement opposé. Leurs maximes, leurs œuvres et leurs fins devront donc être nécessairement opposées. Le Sauveur a formulé cette opposition dans une phrase fort simple, mais d'une

grande portée. « Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit (i). » Il y a entre l'Eglise et le monde la même opposition qu'entre la grâce et la nature corrompue de chacun de nous.

La lutte continuelle de notre cœur est, dans une sphère plus restreinte, l'image et la reproduction de la grande lutte du genre humain. Donc, pour l'Eglise comme pour le chrétien, la vie est un combat : vivre, c'est combattre.

Mais cette lutte, toujours identique au fond, présente, à chaque siècle, des caractères différents, comme la lutte entre la nature et la grâce, identique au fond de tous les cœurs, apparaît, au dehors, diversifiée jusqu'à l'infini dans chaque individu. Pour l'Eglise, la vie est un combat continuel ; mais le monde, que Satan inspire continuellement dans cette lutte, reçoit de ce maître infernal des armes et des stratagèmes d'une immense variété ; il ne se lasse jamais de substituer aux procédés anciens des procédés nouveaux, ou au moins il Lit en sorte qu'ils paraissent tels, en leur donnant un nouveau nom ou certains attraits qui rendent la séduction plus facile. Il lance successivement dans le public ses divers systè-

i. Quoi natum est ex carne, caro tst; et quod tiatum est ex spiritu, spiri'us est (Joan., III <>).

mes de discussions ; il varie également la forme de ses raisonnements : ici, la violence ouverte et brutale lui paraît plus propre à le conduire à ses fins; là, il emploie la fourberie captieuse et la dissimulation hypocrite. Passant en revue ses exploits, ses luttes de chaque siècle, il y admire partout, à côté de cette unité de fond, cette multiplicité de formes si variées- grâce auxquelles une attaque toujours ancienne, paraît toujours nouvelle, moyen unique de maintenir les malheureuses dupes de Satan dans cette illusion que l'Église, qui a survécu aux combats précédents, succombera infailliblement dans celui qu'elle aura prochainement à soutenir.

Après cet exposé, qu'il n'est pas nécessaire de prouver, soit parce qu'il n'intéresse pas directement ma thèse, soit parce que les preuves sont à laportée de tout le monde, je viens maintenant poser la question suivante : Le combat qui se livre présentement contre l'Église de Dieu, ofTre-t-il réellement des caractères propres et définis ? Nous entrons ainsi en plein dans notre sujet.

Oui, le combat actuel offre des caractères particuliers, qui lui donnent une physionomie spéciale. Ces caractères sont les suivants, que je vous prie de noter.

Le combat actuel est le combat le plus radical, le plus universel et le plus individuel. Je vais

exposer successivement et en détail chacun de ses caractères.

Premièrement, le combat actuel engagé contre le catholicisme est le combat le plus radical. Ils ne sont plus les siècles où la fureur des sectes se déchaînait contre tel ou tel dogme isolé du symbole chrétien. Les hérésies antiques prétendaient laisser à l'abri de leur négation impie la substance de la foi, essayant de croire et de persuader que tous leurs efforts tendaient simplement à démontrer que tel ou tel article n'appartenait pas à cette substance. Et, bien que la négation d'une petite partie quelconque du dogme entraîne forcément la négation de toutes les vérités, puisque tous ces points n'ont qu'un seul et même motif formel qui leur donne leur autorité, cependant, par une de ces inconséquences dont l'esprit humain offre de fréquents exemples, l'hérésie ne voulait pas cette négation totale ; elle se bornait à nier la partie qui, à son sens, ne lui offrait pas de sérieux motifs de crédibilité. C'est ainsi qu'ils avaient la prétention de s'appeler non seulement chrétiens, mais encore catholiques, bien plus, de se dire les seuls catholiques, ceux-là mêmes qui détruisaient ainsi l'unité du symbole catholique. Pour rien au monde ils n'auraient voulu se regarder comme séparés de la véritable Église.

11 n'en va plus ainsi de nos jours. L'Enfer a

changé de tactique. Contre l'affirmation absolue et complète du dogme chrétien, il emploie la négation complète et absolue. Le critérium rationaliste ne s'attaque plus aux branches de l'arbre; il le frappe au tronc et à la racine, en proclamant hardiment la négation absolue de tout ordre surnaturel. On a dit que le monde moderne revient à marches forcées vers le paganisme, d'où Ta tiré la prédication évangélique. Il y a deux inexactitudes dans cette affirmation. La première, c'est la supposition que tout le monde a entrepris à la fois ledit mouvement de déchristianisation; ce qui n'est pas certain, grâce à Dieu, bien qu'il semble en être ainsi, à en juger par la déchristianisation presque consommée du monde officiel, qui n'est point, que je sache, le monde entier. Tout au plus y a-t-il là le monde qui peut employer le glaive. Mais il reste un autre monde qui, s'il le faut, saura présenter à ce glaive des têtes nobles et nombreuses. La seconde inexactitude consiste à dire que cette déchristianisation, qui a la prétention de s'étendre au monde entier, alors qu'elle ne s'étend guère qu'au monde officiel, a pour limites les limites mêmes de l'ancien paganisme. Il n'en est rien ; mais la chute est d'autant plus profonde, que l'on tombe de plus haut: car ici la loi de la chute des âmes est la même que celle de la chute des corps. Plus l'âme est élevée, plus la

chute est rapide et profonde. Il tombe donc, ce monde qui déchoit du christianisme, non dans le paganisme d'où il est sorti, mais dans un athéisme et dans un matérialisme grossier et bestial, connus sous le nom plus adouci de positivisme ; athéisme et matérialisme dont n'eurent aucune idée, en tant qu'erreur générale, les sociétés antérieures à l'Évangile. Le combat moderne, dans tout son ensemble effrayant, n'est donc pas le combat d'un faux dogme contre un dogme véritable, le combat de l'interprétation libre d'un texte contre l'interprétation légale, mais le combat de l'homme animal contre tout ce que la créature humaine reconnaît, en elle-même ou hors d'elle-même, comme supérieur à ce grossier caractère. C'est le nihilisme religieux, qui précède et porte dans ses flancs un autre nihilisme, le nihilisme politico-social, dont les fruits, préparés pendant plus de cent ans à la faveur du libéralisme, commencent à se produire et font retentir le monde de l'horrible fracas de la dynamite.

Le monde, qui se sépare de l'Église, ne se contente donc déjà plus de nier l'Église, le Pape, les indulgences, la confession auriculaire, la consubstantialité du Verbe, ou la présence réelle de Notre-Seigneur au très saint Sacrement. Non ; mais il combat pour arracher ouvertement de son front le signe de la croix, et pour effacer de

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la nature le vestige même de son souverain Créateur. Ce n'est point qu'il veuille être religieux d'une façon différente de celle qu'enseigne l'Église véritable. Nullement ; il ne veut pas de religion. Donc le premier caractère delà lutte actuelle contre l'Église catholique c'est d'être une lutte radicale.

En second lieu, le combat actuel est le combat le plus universel.

Je vous le confesse ingénument : je ne suis pas fort en histoire ; mais j'ai beau la feuilleter et la parcourir, je ne réussis pas à trouver une époque où notre ligne de bataille soit aussi développée qu'aujourd'hui. Lorsque le christianisme fit son apparition dans le monde, l'empire romain y avait établi une certaine unité gouvernementale, dans laquelle Bossuet a vu un dessein de la Providence en vue de faciliter la propagation de l'Évangile. Et ce fut à ce point que, l'empire romain étant presque aussi étendu que le monde connu, grâce à ses larges voies, la prédication évangélique se répandit partout à pas de géant. Et, bien qu'il soit certain que le décret impérial lancé contre elle pour l'arrêter eût à sa disposition les mêmes voies et les mêmes facilités, il n'en demeure pas moins incontestable que la marche de ceux qui évangélisaient la paix et le bien était encore plus rapide que la marche de ceux

qui répandaient la désolation et la mort, et ainsi la victoire fat d'autant plus décisive que la lutte avait été plus acharnée.

Après la destruction de la puissance des ténèbres, qui soutint trois siècles de luttes cruelles et inutiles, et après que le monde eut été baptisé, non seulement dans l'eau du Baptême, mais encore dans le sang des martyrs, le combat général cessa, et l'histoire n'offre plus désormais que des luttes partielles, qui, en comparaison de cellesci, méritent à peine le nom d'escarmouches. C'est ainsi que nous sommes arrivés jusqu'à la période actuelle, qui, avec cette recrudescence générale dans la lutte, à seize siècles de distance, n'est pas le signe apocalyptique le moins digne d'intérêt, ni celui qui offre le sujet des méditations les moins sérieuses.

Portez, à l'heure présente, un rapide regard sur les cinq parties du monde civilisé ou barbare. L'avez-vous bien considéré ? Voyez, il n'y a pas un pouce de terre qui reste à découvrir à 1 infatigable activité de nos géographes et de nos navigateurs. Ce qui reste à découvrir, c'est un seul point où Ton ne tire pas sur notre drapeau. En Europe comme en Amérique, en Afrique comme en Asie et en Océanie, sous les constitutions caduques de la Chine et de la Turquie et sous les jeunes constitutions de l'Amérique septentrionale

Mal Soc. — I. — z.

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ou du Brésil, comme ailleurs sous des gouvernements autocratiques, partout le cléricalisme est l'ennemi social, et Notre-Seigneur Jésus-Christ, le grand proscrit des temps modernes. Voyez de ce fait un indice caractéristique. Dans tous les idiomes qui ont formulé une grammaire et composé un dictionnaire, on écrit aujourd'hui des journaux. Et dans ces idiomes, les quatre cinquièmes au moins des journaux qui s'écrivent, sont armés en guerre contre la souveraineté de Dieu, les uns sous la bannière de Satan franchement déployée, les autres sous un pavillon incertain et douteux, afin de mieux cacher leur infernal dessein. De sorte que, dans le journalisme., qui est aujourd'hui la voix officielle du monde, il n'est qu'une minime et très minime partie qui reconnaisse la plénitude de l'ordre surnaturel et l'autorité de Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Qui ne serait saisi de tristesse et d'épouvante à la vue de la sainte Église, offrant le spectacle d'une colonne entourée d'un cercle de feu, et sur laquelle on tire de toutes parts et sans interruption ? Je ne sais si les annales du genre humain ont conservé le souvenir d'une autre institution plus cruellement et plus universellement combattue. Non, personne, ni chez les païens, ni chez les musulmans, ni chez les hérétiques, ni chez les schismatiques, n'a été combattu avec la fureur que Ton

déploie aujourd'hui contre le Christ notre Dieu, dans le monde libéral. Il y a là l'accomplissement, au pied de la lettre, de la prophétie de Siméon, lorsqu'il appelait l'Enfant-Dieu, un signe de contradiction. De contradiction, oui, et d'universelle contradiction. L'unité que donnait aux premières persécutions la soumission du monde entier au joug de fer de la Rome des Césars, la lutte actuelle la trouve dans le fait incontestable de la soumission du monde entier au joug beaucoup plus odieux et plus abject de la maçonnerie. Et comme alors il n'y avait ni frontières ni mers que ne franchissaient les édits sanglants de César en haine de la croix, ainsi aujourd'hui il n'y a ni mers ni frontières que ne franchisse en un moment la consigne sortie des principaux centres maçonniques. Ajoutez que la rapidité des communications et des transports a en quelque sorte effacé les distances, confondu les races et diminué les anciennes divisions de nationalité, en dépit de l'histoire et de la géographie; njoutez qu'aujourd'hui un ordre mystérieux émané de Vienne ou de Berlin, arrive à Madrid ou à Lisbonne, plus tôt que n'arrivait autrefois le message d'un prince aux quartiers les plus reculés de sa capitale ; ajoutez que, comme les nouvelles volent, ainsi se propagent les impressions et les émotions, ainsi que le montre ce baromètre très exact de l'oscillation

sociale qui s'appelle la Bourse; ajoutez que le raffinement des arts et de l'industrie a commencé par rendre communs les goûts et a fini par rendre communes les modes et les idées; car il y a plus d'analogie que nous ne le pensons entre l'art de penser et l'art de se vêtir, entre le système philosophique et la loi des gravures et des tableaux; et vous aurez une faible idée de ce caractère d'universalité qu'offrent les combats actuels contre le catholicisme, de ce caractère dont je ne veux pas m'occuper plus longuement, bien qu'il puisse comporter de plus longs développements, afin de ne pas donner à ce discours des proportions excessives et de ne pas mettre votre patience à une trop rude épreuve.

En troisième lieu, le combat actuel est aussi le plus individuel.

Ce que j'avance ici paraîtra, au premier abord, diamétralement opposé avec ce que j'ai dit plus haut. On croirait en effet que cette solidarité universelle de tous les ennemis de l'Église exclut complètement le caractère de parfaite individualité que je signale en ce moment comme troisième caractère de nos luttes. Et cependant il n'en est rien. La lutte est en même temps générale et individuelle. Deux grandes armées luttent de front; mais tous les soldats de chacune d'elles luttent corps à corps. Dans d'autres siècles,

il n'y avait qu'un petit nombre de combattants qui entrassent personnellement en lice ; quelques chefs d'école plus ou moins distingués soutenaient respectivement l'attaque ou la défense ; la multitude intervenait à peine dans le débat, plutôt comme spectatrice, et même souvent les traits de l'une et l'autre partie se croisaient au-dessus des têtes, sans que l'immense majorité de la société s'en aperçût. Aujourd'hui, c'est le contraire. La diffusion des journaux et la passion de la lecture ayant pénétré jusque dans la classe du peuple, ont fait qu'aussitôt qu'il s'élève quelque débat dans le camp social, il n'est plus possible de trouver un point de cette société où la lutte ne devienne ardente et sanglante. Les conditions de la vie moderne ont rendu la neutralité à peu près impossible, quelle que soit la question politique ou religieuse qui s'agite. Les réformes stratégiques de certains États, qui appellent tous les citoyens sous les drapeaux, semblent s'être étendues à l'ordre moral plus qu'à aucune autre sphère. Aujourd'hui, la lutte est universelle, et du côté des combattants et du côté du champ de bataille. Tout se convertit en armes et en instruments de défense. L'arène de ces luttes c'est la soirée en famille la table du casino, le wagon ou la diligence, le magasin ou la Bourse. Tout devient une arme : le livre, le journal, le spectacle, la proclamation électorale, l'éveil-

tail acheté à vil prix, la boîte d'allumettes, voire même parfois le prospectus de la mode, que Ton vous donne dans la boutique ou le bazar. Le chrétien de nos jours ne peut éviter le combat dans aucun de ses actes, parce que l'ennemi l'entoure, le poursuit, le presse de toutes parts. Et bien qu'il soit attaché à cette organisation compacte et très solide qui s'appelle l'Église, dans presque toutes ces luttes il a à combattre seul, parfois contre son frère ou contre son propre père dans sa maison, avec son chef dans le bureau, presque toujours avec son compagnon d'atelier, avec un inconnu qui prend place près de lui dans le tramway, ou qui vient s'asseoir à ses côtés pour déjeuner au restaurant. Ainsi se vérifie à la lettre cette sentence tombée des lèvres du Sauveur: ce Je suis venu séparer le fils d'avec son père, la fille d'avec sa mère, la belle-fille d'avec sa belle-mère, et les ennemis de l'homme seront ceux qui habitent sa maison ï>.

Dites, ne trouvez-vous pas fidèle le tableau légèrement esquissé que je viens de vous présenter ? ne vous y reconnaissez-vous pas vousmêmes, et n'y reconnaissez-vous pas vos combats de chaque jour ? Allez dans ces rues et sur ces places publiques, parcourez ces centres commerciaux, scientifiques ou récréatifs ; voyagez pour vos affaires ou pour vos plaisirs; cherchez,

pour trouver le repos, le cercle le plus paisible de tous, celui de la haute spéculation métaphysique, celui des beaux-arts, qui ne semble exister que pour rendre la vie agréable, celui des œuvres de charité dans toutes leurs ramifications : dites où vous ne vous rencontrerez pas avec un soldat du camp opposé, qui dirigera ses armes contre vous,, vous interrogera avec fierté et insolence, et vous forcera à répondre en affirmant votre foi comme un héros, ou en la reniant lâchement comme un traître. Telle est la vérité. Où irez-vous aujourd'hui sans que l'on exige de vous une franche profession de catholicisme ou de rationalisme ? L'indifférence, l'indifférentisme, disent quelques-uns, voilà le caractère de l'époque actuelle. Non ; il n'est rien de plus équivoque que cette parole. C'est a peine si l'on rencontre aujourd'hui un homme indifférent en matière de religion. Presque tous ceux qui ne l'aiment pas cordialement, la détestent sincèrement; presque tous ceux qui ne sont pas sur la brèche pour la défendre, la combattent dans un effort désespéré. Croyez-le, amis lecteurs, il y a peu d'indifférents, parce qu'aujourd'hui il ne peut, pour ainsi dire, pas y en avoir; et presque tous les hommes sont forcés de se prononcer pour l'un ou l'autre drapeau, et de choisir un poste dans ce formidable combat. C'est un temps

de lutte, de lutte personnelle, de lutte individuelle, où il ne suffit pas de combattre en restant dans le rang ; mais où il est nécessaire de quitter le rang, d'aller combattre corps à corps, de faire usage du fusil et de l'épée, sous peine de se résigner lâchement à périr. Tel est notre temps, et il n'est pas en notre pouvoir de le changer.

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