‹ Le malade imaginaire; comédie mêlée de musique et de dansesChapitre 5 sur 37 · ARGAN, ANGÉLIQUE, TOINETTE · texte numérisé non relu

ARGAN, ANGÉLIQUE, TOINETTE

ARG. (se met dans sa chaise). O çà, ma fille, je vais vous dire une nouvelle, où peut-être ne vous attendez-vous pas: on vous demande en mariage. Qu'est-ce que cela? vous riez. Cela est plaisant, oui, ce mot de mariage ; il n’y a rien de plus drôle pour les jeunes filles: ah! nature, nature! À ce que je puis voir, ma fille, je n’ai

que faire de vous demander si vous voulez bien vous marier.

ANG. Je dois faire, mon père, tout ce qu’il vous plaira de m’ordonner.

ARG. Je suis bien aise d’avoir une fille si

obéissante. La chose est donc conclue, et je vous ai promise. |

ANG. (C’est à moi, mon père, de suivre aveuglément toutes vos volontés.

ArG. Ma femme, votre belle-mère, avoit envie que je vous fisse religieuse, et votre petite sœur | Louison aussi, et de tout temps elle a été 4héürtée à cela. |

Ton. (tout bas). La bonne bête a ses raisons.

ARG. Elle ne vouloit point consentir à ce mariage, mais je l’ai emporté, et ma parole est donnée.

ANG. Ah! mon père, que je vous suis obligée de toutes vos bontés.

Ton. En vérité, je vous sais bon gré de cela, et voilà l’action la plus sage que vous ayez faite de votre vie.

ARG. Je n’ai point encore vu la personne; mais on m'a dit que j’en serois content, et toi aussi.

ANG. Assurément, mon père.

ArG. Comment l’as-tu vu?

ANG. Puisque votre consentement m’autorise à vous pouvoir ouvrir mon cœur, je ne feindrai

point de vous dire que le hasard nous a fait connOître il y a six jours, et que la demande qu'on vous a faite est un effet de l’inclination que, dès cette première vue, nous avons prise l’un pour

l’autre.

ARG

Ils ne m'ont pas dit cela; mais j’en suis

bien aise, et c’est tant mieux que les choses soient de la sorte. Ils disent que c’est un grand jeune garçon bien fait.

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