ANG
Oui, mon père.
De belle taille.
Sans doute.
Agréable de sa personne.
Assurément.
De bonne physionomie.
Très bonne.
Sage, et bien né.
Tout à fait:
Fort honnête.
Le plus honnête du monde.
Qui parle bien latin, et grec.
C’est ce que je ne sais pas.
Et qui sera reçu médecin dans trois
Lui, mon père?
Oui. Est-ce qu’il ne te l’a pas dit?
Non vraiment. Qui vous l’a dit à vous?
ARrG. Monsieur Purgon.
ANG. Est-ce que Monsieur Purgon le connoît ?
ARG. La belle demande! il faut bien qu’il le connoisse, puisque c’est son neveu.
ANG. Cléante, neveu de Monsieur Purgon?
ARC. Quel Cléante? Nous parlons de celui pour qui l’on t’a demandée en mariage.
ANG. Hé! oui.
. . ARG. Hé bien, c’est le neveu de Monsieur Purgon qui est le fils de son beau-frère le médecin, Monsieur Diafoirus; et ce fils s’appelle Thomas Diafoirus, et non pas Cléante; et nous avons conclu ce mariage-là ce matin, Monsieur Purgon, Monsieur Fleurant et moi, et, demain, ce gendre prétendu doit m'être amené par son
père. Qu'est-ce? vous voilà tout ébatli#!
ANG. (C’est, mon père, que je connois que ous avez parlé d’une personne, et que j'ai en-
v ndu une autre.
à To Toi. Quoi? Monsieur, vous auriez fait ce cs À dessein burlesque? Et avec tout le bien que vous , avez, vous voudriez marier votre fille avec un
médecin ?
ARG. Oui. De quoi te mêles-tu, coquine, impudente que tu es?
Ton. Mon Dieu! tout doux: vous allez d’abord aux invectives. Est-ce que nous ne pouvons pas raisonner ensemble sans nous emporter ? : — 20 —
D à ° LS
La, parlons de sang-froid. Quelle est votre raison, s’il vous plait, pour un tel mariage?
ARG. Ma raison est que, me voyant infirme et malade comme je suis, je veux me faire un gendre et des alliés médecins, afin de m’appuyer de bons secours contre ma maladie, d’avoir dans ma famille les sources des remèdes qui me sont nécessaires, et d’être à même des consultations et des ordonnances.
Ton. Hé bien! voilà dire une raison, et il y a plaisir à se répondre doucement les uns aux autres. Mais, Monsieur, mettez la main à la conscience: est-ce que vous êtes malade?
ARG. Comment, coquine, si je suis malade?
si je suis malade, impudente ?
Torn. Hé bien! oui, Monsieur, vous êtes malade, n’ayons point de querelle là-dessus; oui, vous êtes fort malade, j’en demeure d’accord, et plus malade que vous ne pensez: voilà qui est fait. Mais votre fille doit épouser un mari pour elle; et, n’étant point malade, il n’est pas nécessaire de lui donner un médecin.
ARG. (C’est pour moi que je lui donne ce médecin: et une fille de bon naturel doit être ravie d’épouser ce qui est utile à la santé de son père.
Ton. Ma foi! Monsieur, voulez-vous qu’en amie je vous donne un conseil ?
ARG. Quel est-il ce conseil ?
Ton. De ne point songer à ce mariage-là.
ARG. Hé Ia raison?
Ton. La raison? C’est que votre fille n’y consentira point.
ARG. Elle n’y consentira point ?
Ton. Non.
ARG. Ma fille?
Ton. Votre fille. Elle vous dira qu’elle n’a que faire de Monsieur Diafoirus, ni de son fils Thomas Diafoirus, ni de tous les Diafoirus du monde.
ARG. J'en ai affaire, moi, outre que le parti est plus avantageux qu’on ne pense. Monsieur Diafoirus n’a que ce fils-là pour tout héritier ; et, de plus, Monsieur Purgon, qui n’a ni femme, ni enfants, lui donne tout son bien, en faveur de ce mariage ; et Monsieur Purgon est un homme qui a huit mille bonnes livres de rente.
Torn. Il faut qu'il ait tué bien des gens, pour s'être fait si riche.
ARG. Huit mille livres de rente sont quelque chose, sans compter le bien du père.
Ton. Monsieur, tout cela est bel et bon; mais j'en reviens toujours là: je vous conseille, entre nous, de lui choisir un autre mari, et elle n’est point faite pour être Madame Diafoirus.
ARG. Et je veux, moi, que cela soit.
Ton. Ehfi! ne dites pas cela.
ARG
Tor.
ARG
T'oin.
Comment, que je ne dise pas cela?
Hé non!
Et pourquoi ne le dirai-je pas?
On dira que vous ne songez pas à ce
que vous dites.
ARC
On dira ce qu’on voudra; mais je vous
dis que je veux qu’elle exécute la parole que j'ai
donnée.
Toi.
ARC
Toi.
ARC
couvent.
T'oIn.
ARG
T'orx.
ARG
Ton.
vent.
ARG
Toix.
ARC
Ton.
ARG
trai pas
Toi.
ARG
T'orx.
Non: je suis sûre qu’elle ne le fera pas.
Je l’y forcerai bien.
Elle ne le fera pas, vous dis-je.
Elle le fera, ou je la mettrai dans un
Vous?
Moi.
Bon.
Comment, “bon”?
Vous ne la mettrez point dans un cou-
Je ne la mettrai point dans un couvent ?
Non.
Non? Non.
Ouais! voici qui est plaisant: je ne metma fille dans un couvent, si je veux?
Non, vous dis-je.
Qui m'en empêchera ?
Vous-même.
ARrG. Moi?
Ton. Oui: vous n’aurez pas ce cœur-là.
ARG. Je l'aurai.
Ton. Vous vous moquez. * ARG. Je ne me moque point.
Torn. La tendresse paternelle vous prendra.
ARG. Elle ne me prendra point.
Ton. Une petite larme ou deux, des bras jetés au cou, un ‘mon petit papa mignon,” prononcé tendrement, sera assez pour vous toucher.
ARG. Tout cela ne fera rien.
Ton. Oui, oui. ss , LL, Le Où 4, 1e
ARG. Je vous dis que je n'en démorärai point.
Ton. Bagatelles.
ARG. Il ne faut point dire “bagatelles.”
Ton. Mon Dieu! je vous connois, vous êtes bon naturellement.
ARG. (avec emportement). Je ne suis point bon, et je suis méchant quand je veux.
Torn. Doucement, Monsieur: vous ne songez pas que vous êtes malade.
ARG. Je lui commande absolument de se préparer à prendre le mari que je dis.
Tor. Et moi, je lui défends absolument d’en faire rien.
ARG. Où est-ce donc que nous sommes? et quelle audace est-ce là à une coquine de servante de parler de la sorte devant son maître?
Ton. Quand un maître ne songe pas à ce qu’il fait, une servante bien sensée est en droit de le redresser.
ARG. (court après T'oinette). Ah! insolente, il faut que je t’assomme.
Toin. (se sauve de lui). Il est de mon devoir de m'opposer aux choses qui vous peuvent déshonorer.
ARG. (en colère, court après elle autour de sa chaise, son bâton à la main). Viens, viens, que je t’apprenne à parler.
Toin. (courant et se sauvant du côté de la chaise où n'est pas Argan). Je m'intéresse, comme je dois, à ne vous point laisser faire de folie.
ARG. Chienne!
Ton. Non, je ne consentirai jamais à ce mariage.
ArG. Pendarde!
Ton. Je ne veux point qu’elle épouse votre Thomas Diafoirus.
ARG. Carogne!
Ton. Et elle m’obéira plutôt qu’à vous.
ARG. Angélique, tu ne veux pas m'arrêter cette coquine-là ?
ANG. Eh! mon père, ne vous faites point malade.
ArG. Si tu ne me l’arrêtes, je te donnerai ma malédiction.
Ton. Et moi, je la déshériterai, si elle vous obéit.
ARG. (se jette dans sa chaise étant las de courir après elle). Ah! ah! je n’en puis plus. Voilà pour me faire mourir.