SCÈNE IX
BÉRALDE, ARGAN
BÉRALDE
Eh bien, mon frère, qu'est-ce? Comment vous portezvous ?
ARGAN
Ah! mon frère, fort mal.
BÉRALDE Comment! fort mal?
ARGAN Oui, je suis dans une faiblesse si grande, que cela n'est pas croyable. | BÉERALDE Voilà qui est ficheux.
ARGAN Je n'ai pas seulement la force de pouvoir parler.
BÉRALDE
J'étais venu ici, mon frère, vous proposer un parti pour ma nièce Angélique.
ARGAN
parlant avec emportement et se levant de sa chaise.
Mon frère, ne me parlez point de cette coquine-là. C’est une friponne, une impertinente, une effrontée, que je mettrai dans un couvent avant qu'il soit deux jours!
BÉRALDE
Ah! voilà qui est bien! Je suis bien aise que la force vous revienne un peu, et que ma visite vous fasse du bien. Oh çà, nous parlerons d’affaires tantôt. Je vous amène ici un divertissement que j'ai rencontré, qui dissipera votre chagrin, et vous rendra l’âme mieux disposée aux choses que nous avons à dire. Ce sont des Égyptiens vêtus en Mores, qui font des danses mêlées de chansons, où je suis sûr que vous prendrez plaisir; et cela vaudra bien une ordonnance de monsieur Purgon. Allons.
SG ON PDA INSERM
Le frère du Malade imaginaire lui amène, pour le divertir, plusieurs Egyptiens et Egyptiennes, vêtus en Mores, qui font des danses entremélées de chansons.
PREMIÈRE FEMME MORE Profitez du printemps
De vos beaux ans, Aimable jeunefe; Profitez du printemps De vos beaux ans; Donnez -vous à la tendréfe.
Les plaisirs les plus charmants, Sans l'amoureuse flamme, Pour contenter une âme, N'ont point d’atraits afez puilants.
Profitez du printemps De vos beaux ans, Aimable jeunefie; Profitez du printemps De vos beaux ans; Donnez -vous à la tendrefe.
Ne perdez point ces précieux moments.
La beauté pale, Le temps l'efface; L'âge de glace
Uient à sa place, Qui nous ôte le goñt de ces doux pañe-temps.
Profitez du printemps
De vos beaux ans,
Aimable jeunefie;
Profitez du printemps
De vos beaux ans;
Donnez-vous à la tendrefe.