‹ Le malade imaginaireChapitre 38 sur 58 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

BÉRALDE, ARGAN, TOINETTE

BÉRALDE

Eh bien, mon frère, qu’en dites-vous? Cela ne vaut-il pas bien une prise de casse ?

TOINERTE

Hom ! de bonne casse est bonne.

BÉRALDE

Oh çà! voulez-vous que nous parlions un peu ensemble ?

ARGAN

Un peu de patience, mon frère : je vais revenir.

TOLNEMRE Tenez, monsieur, vous ne SOngez pas Que Vous ne sauriez marcher sans bâton.

ARGAN Tu as raison.

UE Loos

V'OEANIE Sen

BÉRALDE, TOINETTE

RONMNEMIPE

| N'abandonnez pas, s’il vous plaît, les intérêts de votre nièce.

BÉRALDE J'emploierai toutes choses pour lui obtenir ce qu’elle souhaite.

MOLNETTE

Il faut absolument empêcher ce mariage extravagant qu'il s’est mis dans la fantaisie ; et j'avais songé en moimême que Ç’aurait été une bonne affaire de pouvoir introduire ici un médecin à notre poste pour le dégoüter de son monsieur Purgon et lui décrier sa conduite. Mais, comme nous n'avons personne en main pour cela, j'ai résolu de jouer un tour de ma tête.

BÉRALDE Comment?

TOLN'EXTSPE

C’est une imagination burlesque. Cela sera peut-être plus heureux que sage. Laissez-moi faire. Agissez de votre côté. Voici notre homme.

SCÉ NE RII ARGAN, BÉRALDE

BÉRALDE

Vous voulez bien, mon frère, que je vous demande, avant toute chose, de ne vous point échauffer l'esprit ee notre conversation ?

ARGAN

Voilà qui est fait.

BÉRALDE De répondre sans nulle aigreut aux choses que je pourrai vous dire?

Oui.

ARGAN

BÉRALDE

Et de raisonner ensemble sur les affaires dont nous \ Li / / n avons à parler, avec un esprit détaché de toute passion P

ARGAN Mon Dieu! oui. Voilà bien du préambule!

BÉRALDE

D'où vient, mon frère, qu'ayant le bien que vous avez et n'ayant di ne qu'une fille, car je ne compte pas la petite; d'où vient, dis-je, que vous parlez de la mettre dans un couvent?

ARGAN

D'où vient, mon frère, que je suis maître dans ma famille, pour se ce que a me semble ?

BÉRALDE Votre femme ne manque pas de vous conseiller de vous défaire ainsi de vos deux filles; et je ne doute point que, par un esprit de charité, elle ne fût ravie de les voir toutes deux bonnes religieuses.

ARGAN

Oh çà! nous y voici. Voilà tout d’abord la pauvre femme en jeu. C’est elle qui fait tout le mal, et tout le monde lui en veut. |

BÉRALDE

Non, mon frère; laissons-la là; c’est une femme qui a les meilleures intentions du monde pour votre famille, et qui est détachée de toute sorte d'intérêt; qui a pour vous une tendresse merveilleuse, et qui montre pour vos enfants une affeétion et une bonté qui n’est pas concevable : cela est certain. N’en parlons point, et revenons à votre fille. Sur quelle pensée, mon be la voulez-vous donner en mariage au fils d’un médecin?

ARGAN

Sur la pensée, mon frère, de me donner un gendre tel qu'il me faut.

BÉRALDE

Ce n’est point là, mon frère, le fait de votre fille; et il se présente un parti plus sortable pour elle.

ARGAN

Oui; mais celui-ci, mon frère, est plus sortable pour moi.

IUT)

BÉRALDE

Mais le mari qu’elle doit prendre doit-il être, mon frère, ou pour elle, ou pour vous?

ARGAN

Il doit être, mon frère, et pour elle et pour moi; et je veux mettre dans ma famille les gens dont j'ai besoin.

BÉRALDE

Par cette raison-là, si votre petite était grande, vous lui donneriez en mariage un apothicaire ?

ARGAN Pourquoi non ?

BÉRALDE

Est-il possible que vous serez toujours embéguiné de vos apothicaires et de vos médecins, et que vous vouliez être malade en dépit des gens et de la nature?

ARGAN Comment l’entendez-vous, mon frère ?

BÉRALDE

J'entends, mon frère, que je ne vois point d'homme qui soit moins malade que vous, et que je ne demanderais point une meilleure constitution que la vôtre. Une grande marque que vous vous portez bien et que vous avez un corps parfaitement bien composé, c'est qu'avec tous les soins que vous avez pris VOUS n'avez pu parvenir encore à gâter la bonté de votre tempérament, et que vous n'êtes point crevé de toutes les médecines qu’on vous à fait prendre.

ARGAN

Mais savez-vous, mon frère, que c’est cela qui me conserve; Et que monsieur Purgon dit que je succomberais, s'il était seulement trois jours sans prendre soin de moi?

BÉRALDE

Si vous ny prenez garde, il prendra tant de soin de vous, quil vous enverra en l’autre monde.

ARGAN

Mais raisonnons un peu, mon frère. Vous ne croyez donc point à la médecine?

BÉRALDE

Non, mon frère, et je ne vois pas que, pour son salut, il soit nécessaire d’y croire.

ARGAN

Quoi! vous ne tenez pas véritable une chose établie par tout le monde et que tous les siècles ont révérée ?

BÉRALDE

Bien loin de la tenir véritable, je la trouve, entre nous, une des plus grandes folies qui soient parmi les hommes; et, à regarder les choses en philosophe, je ne vois point une plus plaisante momerie, je ne vois rien de plus ridicule, qu’un homme qui se veut mêler d'en guérir un autre.

ARGAN

Pourquoi ne voulez-vous pas, mon frère, qu’un homme en puisse guérir un autre?

AE

BÉRALDE

Par la raison, mon frère, que les ressorts de notre machine sont des mystères, jusques ici, où les hommes ne voient goutte; et que la nature nous à mis au-devant des yeux des voiles trop épais pour y connaître quelque chose.

ARGAN

Les médecins ne savent donc rien, à votre compte ?

BÉRALDE

Si fait, mon frère. Ils savent la plupart de fort belles humanités, savent parler en beau latin, savent nommer en grec toutes les maladies, les définir et les diviser; mais, pour ce qui est de les guérir, c'est ce qu'ils ne savent pas du tout.

ARGAN

Mais toujours faut-il demeurer d'accord que, sur cette matière, les médecins en savent plus que les autres.

BÉRALDE

Ils savent, mon frère, ce que je vous ai dit, qui ne guérit pas de grand-chose : et toute l’excellence de leur art consiste en un pompeux galimatias, en un spécieux babil, qui vous donne des mots pour des raisons, et des promesses pour des effets.

Mais enfin, mon frère, il y a des gens aussi sages et aussi habiles que vous; et nous voyons que, dans la maladie, tout le monde a recours aux médecins.

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