‹ Le malade imaginaireChapitre 39 sur 58 · HP · texte numérisé non relu

HP

BÉRALDE

C'est une marque de la faiblesse humaine, et non pas de la vérité de leur art.

ARGAN

Mais il faut bien que les médecins croient leur art véritable, puisqu'ils s’en servent pour eux-mêmes.

BÉRALDE

C'est qu'il y en a parmi eux qui sont eux-mêmes dans l'erreur populaire, dont ils profitent; et d’autres qui en profitent sans y être. Votre monsieur Purgon, par exemple, n'y sait point de finesse; c'est un homme tout médecin, depuis la tête jusqu'aux pieds; un homme qui croit À ses règles plus qu'à toutes les démonstrations des mathématiques, et qui croirait du crime à les vouloir examiner; qui ne voit rien d'obscur dans la médecine, rien de douteux, rien de difhcile; et qui, avec une impétuosité de prévention, une roideur de confiance, une brutalité de sens commun et de raison, donne au travers des purgations et des saignées, et ne balance aucune chose. Il ne lui faut point vouloir mal de tout ce qu'il pourra vous faire : c’est de la meilleure foi du monde qu’il vous expédiera; et il ne fera, en vous tuant, que ce qu'il a fait à sa femme & à ses enfants, et ce qu’en un besoin il ferait à lui-même.

C'est que vous avez, mon frère, une dent de lait contre lui. Mais, enfin, venons au fait. Que faire donc quand on est malade ?

BÉRALDE Rien, mon frère.

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