‹ Le malade imaginaireChapitre 40 sur 58 · IS · texte numérisé non relu

IS

ARGAN Rien?

BÉRALDE

Rien. Il ne faut que demeurer en repos. La nature, d'elle-même, quand nous la laissons faire, se tire doucement du désordre où elle est tombée. C’est notre inquiétude, c’est notre impatience qui gâte tout; et presque tous les hommes meurent de leurs remèdes, et non pas de leurs maladies.

ARGAN

Mais il faut demeurer d’accord, mon frère, qu'on peut aider cette nature par de certaines choses.

BÉRALDE

Mon Dieu, mon frère, ce sont de pures idées dont nous aimons à nous repaître; et, de tout temps, il s’est glissé parmi les hommes de belles imaginations que nous venons à croire, parce qu'elles nous flattent et qu'il serait à souhaiter qu’elles fussent véritables. Lorsqu'un médecin vous parle d'aider, de secourir, de soulager la nature, de lui ôter ce qui lui nuit et lui donner ce qui lui manque, de la rétablir et de la remettre dans une pleine facilité de ses fonétions; lorsqu'il vous parle de reétifier le sang, de tempérer les entrailles et le cerveau, de dégonfler la rate, de raccommoder la poitrine, de réparer le Fe de fortifier le cœur, de rétablir et conserver la chaleur naturelle, et d’avoir des secrets pour étendre la vie à de longues années, il vous dit justement le roman de la médecine. Mais, quand vous en venez à la vérité et à l’expérience, vous ne trouvez rien de tout cela; et il en est comme de ces beaux songes, qui ne vous laissent au réveil que le déplaisir de les avoir crus.

ARGAN

C'est-à-dire que toute la science du monde est renfermée dans votre tête; et vous voulez en savoir plus que tous les grands médecins #E notre siècle.

BÉRALDE

Dans les discours et dans les choses, ce sont deux sortes de personnes que vos grands op Entendez-les parler, les plus habiles gens du monde; voyez-les faire, les plus ignorants de tous les hommes.

AR G'A°N

Ouais! vous êtes un grand doéteur, à ce que je vois, et je voudrais bien qu'il y eût ici quelqu'un de ces messieurs, pour rembarrer vos raisonnements et rabaisser votre caquet. | BERALDE

Moi, mon frère, je ne prends point à tâche de combattre la médecine; et chacun, à ses périls et fortune, peut croire tout ce qu #1 Jui plaît. ce que j en dis n'est qu entre nous; et ÿ ’aurais souhaité de pouvoir un peu vous tirer de l'erreur où vous êtes et, pour vous divertir, vous mener voir, sur ce chapitre, quelqu’une des comédies de Molière.

ARGAN

C’est un bon impertinent que votre Molière, avec ses comédies! et je le trouve bien plaisant d’aller jouer d’honnêtes gens comme les médecins!

BÉRALDE

Ce ne sont point les médecins qu'il joue, mais le ridicule de la médecine.

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