‹ Le Malade Source de Contagion dans la Fièvre TyphoïdeChapitre 15 sur 30 · LL VS0UES · texte numérisé non relu

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elles sont un champ d'études des plus féconds pour lobservateur, parce que, dit M. Kelsch, dans leur cadre borné, elles présentent une grande simplification du problème étiologique. Dans les grandes villes où la fièvre typhoïde règne en permanence, où tous les groupes de la population sont continuellement mêlés, il est difficile de suivre la fiation des faits. Les petites localités, au contraire, ne refusent rien à l'investigation et l'observation s’y présente dans des conditions de simplicité très favorables à l'étude. L'exiguité numérique de la population, la connaissance de ce qui se passe dans chaque habitation mettent le médecin à même de suivre la filiation des cas, depuis la naissance de la maladie, jusqu’à sa généralisation à travers le village. ;

Le D: Finkler, de Bonn, a assisté à une épidémie de village qui montre bien que le malade est souvent une source de contagion, sans l'intermédiaire de l'eau potable :

Osservarion XXII. — À Satzwey-sur-l'Eidel, une femme était atteinte de fièvre typhoïde et soignée par sa mère, la veuve T..., de Dollendorf. Cette femme, après la guérison de sa fille, retourna dans son pays à Dollendorf et s’y alita bientôt, atteinte de dothiénentérie. Depuis longtemps déjà, il n’y avait pas eu de cas dans le pays. Peu de jours après, le fils dé

.cette femme s’alite à son tour : bientôt dans le voisinage de la maison T... s’alitent atteints de la maladie :

Dans la maison d’à côté, la femme du tailleur P..., etun jeune apprenti ; dans la maison d’en face, les quatre enfants du journalier M...:; dans la maison à côté de celle-ci, les 3 enfants de la veuve M...

Les dames P... et M... avaient alternativement veillé la femme TT...

Dans la maison à côté de celle de T..., il se produisit bientôt cinq nou-

veaux cas : un enfant du jardinier M. d’un pays situé à un quart d'heure de Dollendorf, qui avait séjourné dans la maison T... et même couché avec la jeune femme qui avait été malade à Satzwey, contracta la fièvre typhoïde . Le D' Funk qui soigna les malades affirme qu'il ‘s'agit dans tous ces cas de contagion directe, vu l'impossibilité d'incriminer l’eau de boisson qui provenait de puits différents n'ayant entre eux aucun rapport. |

De cette observation nous pourrons rapprocher celle du D' Parisot. Celui-ci, partisan résolu de la contagion hydrique,

eut l’occasion d'étudier dans les derniers jours du mois de juillet 1891 une épidémie de fièvre typhoïde à Forcelles-Saint- Georges, près Nancy. Nous lui laissons la parole :

OgservarioN XXIV. — Le village de 226 habitants a un aspect général propre et ses maisons n’offrent aucune cause apparente d’insalubrité ; la plupart d’entre elles sont contiguës à un jardin où se trouvent, suffisamment distants l’un de l’autre el sans communication, les puits et les fosses d’aisances. Les chambres sont largement aérées ; les habitants boivent presque tous de l’eau de leur puits, el quelques-uns seulement usent d'une eau de source qui se trouve à l’une des extrémités du village. La fièvre typhoide, avant cette année, y était presque inconnue.

Le premier cas qui se présenta fut celui d’un homme de 44 ans, nommé Merl..…., qui fut atteint du 15 au 20 avril après avoir élé à Selaincourt où règne la. maladie ; il a eu une fièvre typhoïde légère qui ne l’a obligé à garder le lit que pendant quinze jours. Pendant trois semaines, il est resté une bonne partie de la journée dans la chambre assis près de sa fenêtre ouverte. Ces détails sont utiles à connaître, si l’on songe qu'en face de sa maison, un homme de 35 ans, nommé Mar..…., fut la deuxième victime de la dothiénertérie. Il passait chaque jour devant la demeure de lautre, qui, malade encore, se trouvait à sa fenêtre, mais par suite d’une brouille survenue entre eux, il ne lui adressait jamais la parole et moins encore n’entrait dans sa maison. Le troisième cas est celui d’une jeune fillé de 15 ans, nommée R... qui, liée avec la fille de Merl..…., était venue à deux reprises différentes voir son amie sans approcher le malade. Elle habite un point du village très distant de la maison de Merl... Elle n'a ni. bu, ni mangé chez ce dernier et la seule eau qu'elle buvait est celle du puits situé dans le jardin de son père. Entre le premier typhoïdique et les deux suivants, il n’y eut donc pas de contact direct et les ingesta (aliments, eau) ne peuvent être incriminés, la transmission de la maladie, contrairement à l'opinion que s'étaient faite quelques habitants, n’a donc pu s'effectuer que par l'air.

Les autres cas, au nombre d’une douzaine environ, n’ont eu, comme trait d'union que les relations des malades entre eux ; c'est ainsi que deux beaux-frères de Mar. ont été atteints : or l’un habitait la maison du malade, l’autre vivait dans une maison éloignée, mais venait rendre visite à son parent. Deux jeunes filles, huit jours environ après être entrées dans la chambre d’une de leurs amies, morte de fièvre typhoïde, en furent également frappées ; elles avaient pu avoir un contact direct avec le cadavre,

- puisqu'elles l'avaient paré suivant la coutume du pays.

D'après notre enquête, ajoute l’auteur, tous ceux qui furent frappés, sauf de rares exceptions, buvaient de l’eau de leur puits ; aussi sommes-nous obligés de conclure que dans ce village la genèse des cas ne souffre d’autre interprétation que la contagion par l'air et quelquefois par le contact direct.

Quelle est la valeur de cette observation ? Nous n'avons qu'à nous retrancher derrière la haute compétence du D' Parisot qui est professeur agrégé de la Faculté de médecine de Nancy et médecin des épidémies. Lui non plus du reste n'est pas partisan de la contagion par l'air : 1l ne la considère ic1 que comme un cas tout à fait exceptionnel.

Nous empruntons au D' Rousseloi cet autre fait : 1l a trait à une épidémie qui a sévi sur la section de Dijon, à 3 kilomètres de Saint-Dié au cours de l'hiver de 1888-1889 : cette section, peu populeuse, est composée de quinze ou seize maisons de cultivateurs, presque toutes séparées les unes des autres et

situées à droite et à gauche d’un chemin bien entretenu. La

section est largement alimentée d'eau de source non suspecte et partout les conduites sont à l'abri de toute infiltration. Les eaux n'ont malheureusement pas été analysées à l'époque où sévissait la maladie, mais leur provenance, leur mode de canalisation ne permettaient pas d’en suspecter la pureté. D'ailleurs elles servaient aussi bien aux maisons contaminées qu'à celles restées indemnes, et de plus il fut possible de retrouver pour tous les cas le contact entre les malades et les individus sains. Les maisons ne sont pas insalubres. Aucun cas de fièvre typhoïde n'existait dans ce pays et n'y avait été constaté depuis longtemps.

OsservarioN XX V. -— Tout à coup un premier cas s’est déclaré dans la maison Surmély, une des plus propres et des plus spacieuses, chez une fille de 17 ans. Celle-c1, en distribuant son lait en ville, était entrée dans une maison où se trouvait le seul cas de fièvre typhoïde du quartier. Sa mère est ensuite atteinte, puis son père, puis un garçon de 16 ans, enfin une fille de 15 ans. Seule la mère a succombé. On ne buvait que de l’eau de source dans la maison ; mais on se refusait à isoler la première malade

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et l'on mangeait même dans sa chambre, malgré tous les conseils donnés. Dans la seule maison contiguë à la précédente, le sieur P..., qui visitait . ses voisins, ressent les premières atteintes de la maladie, mais tout se borne à une forme légère et l'avertissement porte ses fruits, tout contact cesse et cette maison ne Subit pas d’autres atteintes. Dans la ferme Gr..…., distante de la maison Surmély d'au moins 400 mètres, un garçon de 15 ans est frappé et succombe; cette maison est alimentée d’eau de source, à l'abri dans sa position, d'infiltrations suspectes, mais le garçon visitait chaque jour son camarade Surmély et pénétrait près des malades de la maison. Dans la maison Petitnicolas, un garçon de 20 ans, fut atleint ; on ne consomme que de l’eau de source dans cette maison, et le malade n'a fréquenté aucune des maisons contaminées, mais sa mère allait soigner les malades et procéder à la toilette des défunts. Ici, selon toute évidence, la mère, bien que n'ayant pas pris la maladie, a servi de véhicule au contage probablement par les vêtements. Dans la maison Ory, sise en face de la précédente, il y eut deux cas, un garçon de r1 ans et demi et une fille de 5 ans et demi, qui moururent tous deux. Le père qui, d’ailleurs, n'avait pris le conseil d'un médecin qu'une seule fois, laissait pénétrer librement sa fille près du malade qui, lui, avait été dans la maison Petitnicolas. Dans cette maison on ne consomme que de l'eau de source ; il n’y a pas de latrines, pas de dépôt de fumier. Enfin, dans une maison isolée égalément, mais sise à proximité de la maison Surmély, une fille de 12 ans fut atteinte et en derniér lieu une jeune femme dont le logement n'était pas bien éloigné de la maison Ory et qui venait prendre des nouvelles des deux enfants qui ont succombé dans cette maison, fut atteinte également.

Toutes les personnes atteintes avaient été en contact avec des malades et l’on n’observa aucun cas dans les maisons sises à proximité des maisons contaminées, mais où 1l ne s'était établi aucun rapport, aucun contact soit avec les malades, soit avec leur entourage. Remarquons que tous les sujets étaient très jeunes à l'exception d’un seul et d’un âge auquel la réceptivité est dans sa toute-puissance. Cette petite épidémie, ajoute l’auteur, contredit l’opinion de ceux qui veulent que la transmission d'individu à individu soit rare.

Le D' Kuborn de Bruxelles, après une longue série d'épidémies dues à l’eau de boisson, rapporte le cas suivant :

Osservariox XXVI — Les épidémies d'On et de Mirwart ne recon-

naissent pas l'eau comme source de contamination. Mirwart jouit de conditions sanitaires des plus favorables ; les eaux y-sont d'excellente qualité, les habitants d’une santé florissante.

Au commencement de mars, un sieur Théophile ] N..., âgé de 25 ans, chauffeur à Bruxelles, se trouvant indisposé, revint chez ses parents à Mirwart. Le lendemain il fut reconnu atteint de fièvre typhoïde par le médecin qui conseilla l'isolement. Toutes les précautions furent prises contre la contagion et l’on put rapporter à ces mesures la concentration de l'épidémie dans un groupe de quelques maisons. Dans le même laps de temps, on vit frappés les trois frères, puis la sœur et la mère du malade, bientôt après quatre voisins et deux adultes.

La propagation s’est faite sans autre intermédiaire que l'air atmosphérique commun aux malades et à des sujets bien portants avec une contagiosité d’une extrême puissance.

Avant de elore la série des épidémies de famille, de maison et de village, il nous paraît utile de citer les faits suivants

rapportés par notre maître le D' Talamon dans la Médecine

moderne :

Le D' John Priestley, médecin sanitaire de la paroisse de Lambeth, vient de publier toute une série de cas suivis de près qui démontrent que le rôle de la contagion dans la propagation de la fièvre typhoïde est plus important et plus fréquent qu'on ne l’admet généralement.

Dans un premier groupe, la maladie débuta par une femme chez laquelle on ne diagnostiqua que tardivement, au bout de quelques semaines, la fièvre typhoïde. Elle se transmil : Eva un enfant vivant dans la même maison : 2° à deux te d'une

maison voisine dont l’un communiqua la maladie à un jeune

homme qui couchait dans le même ht; 3° à une femme anne et voisine de la première malade.

Dans le deuxième groupe, le point de départ est un homme alteint de symptômes mal définis dont on ne reconnaît la nature qu'au quatrième septénaire. Il infecte : 1° un logeur, demeurant dans la même maison ;: 2° sa sœur, demeurant dans une rue voisine; 3° un ami, habitant la même rue ; 4° un autre ami, de

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la même rue, dont la fille fut aussi atteinte ; 3° probablement aussi deux autres personnes habitant la même rue. L

Une troisième série n’est pas moins instructive. Un homme meurt, probablement d'une dothiénentérie méconnue. Ses vêtements sont envoyés à sa belle-mère qui, la première, prend la maladie, puis successivement sa belle-sœur, son beau-frère et sa femme, tous habitant la même maison. L'enfant d'un ami, habitant la maison voisine, est infecté par la belle-sœur, de même qu'un autre pelit garçon, condisciple du beau-frère, qu'on suppose avoir été contaminé par celui-ci.

Une mmutieuse enquête a démontré au D° Priestley que ni l'eau, m1 le lait, mi les aliments ne pouvaient être incriminés dans ces différents cas, et par exclusion, il conclut que la maladie n'a pu être transmise que par contact direct. de personne à personne, où par contact indirect au moyen des vêtements, des objets usuels, etc.

Que devons-nous conclure de ces différentes observations, sinon que le rôle principal a été joué par la contagion directe ou indirecte du malade à la personne saine? Étant donnés la promiseuilé, le voisinage, les relations des personnes atteintes, étant donné que les individus frappés étaient souvent loin de prendre les mesures de désinfection nécessaires, il est certain que la maladie a pu se propager facilement par les mains, l'air ambiant, les ustensiles de cuisine, le transport par des tiers malades ou restés indemnes.

Enfin. pour terminer ce chapitre, rapprochons des observations précédentes les faits suivants qui peuvent rentrer dans le

même cadre. C’est M. le D° Colin qui parle : « Au mois de sep-

tembre 1874, 8 000 hommes environ venaient camper à Pontgouin pour prendre part aux grandes manœuvres ; l'état sanitaire était très satisfaisant au moment de l’arrivée au camp. La fièvre typhoïde apparut à la fin du mois de septembre, à la suite de pluies persistantes qui avaient obligé les hommes à passer une grande partie de leur temps sous des tentes-abris. Les manœuvres

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terminées, les troupes regagnèrent leurs garnisons et yimportèrent'la fièvre typhoïde. Le 17° bataillon de chasseurs importa la fièvre typhoïde à Alençon, le 8° dragons à Chartres : on

observa de même à Laval et à Versailles, à la suite de la rentrée’

des troupes, des cas de fièvre typhoïde chez des hommes su n'avaient ie pris part aux manœuvres.

Au mois de septembre 1875, la fièvre typhoïde a été importée dans la garnison de par le 87° de ligne venant de Paris. Dès l’arrivée du 87° de ligne à Compiègne, 5 hommes de ce régiment entraient à l'hôpital pour fièvre typhoïde. L'épidémie se propageait au 13° dragons et au 94° de ligne, qui occupaient la même caserne que le 87°: le 13° dragons et le 54° de ligne avaient joui jusque-là d'un état sanitaire irréprochable ».

Ajoutons aussi qu'en 1891, le 84° de ligne qui avait un bataillon à Landrecies et deux à Avesnes, Fa transmise à Maubeuge en février par les malades qu'il y envoyait et à Avesnés le 10 mars suivant. On observa des cas de transport bien nets à six localités voisines. L'emploi de l'eau bouillie ne put arrêter l'épidémie.

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