‹ Le Malade Source de Contagion dans la Fièvre TyphoïdeChapitre 14 sur 30 · TRE · texte numérisé non relu

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s' épidémie et dette fièrement n'avoir pas eu besoin de médecin, ni pour lui, ni pour sa femme, ni pour les onze super bes enfarrts qu'il ya élevés.

La ferme, trè ès bien aménagée, très pr oprement lenue, est située au minon de pâturages, sur le versant d’un coteau au bas duquel coule une petite rivière. Le pays, éloigné de 15 kilomètres de la ville la plus voisine, n'a jamais été vu le foyer d’une épidémie de fièvre typhoïde,

Le 6 décembre 1885, un des fils (Claude), âgé de vingt-trois ans, qui

n'habite pas la ferme et travaille de la profession de menuisier à Perrecy,

petite localité distante de 20 kilomètres, est ramené à la ferme par son patron avec symptômes de la fièvre typhoïde. Il-en a pris le germe à Perrecy, où sévit une épidémie et dans la maison méme de son pakron, dont la femme et la fille sont gravement atteintes. Sa profession de menuisier l'avait obligé deux fois à mettre dans le cercueil des personnes mortes de la maladie.

Appelé le 7, et, après avoir constaté l'existence d’une fièvre continue datant de quatre ou cinq jours, mais présentant déjà les caractères d'une fièvre typhoïde grave, le D' G... conseilla les mesures hygiéniques les plus sévères. Dès le premier jour, on prit la précaution d'aller déposer les déjections du malade dans un trou creusé en plein: champ, à 100 mètres dela maison et au-dessous, dans la direction de la rivière. Le puits servant à l'alimentation est placé à l'opposé, au-dessus de la maison.

Le malade est couché dans la cuisine, grande pièce où se tient la famille

pour prendre les repas et vaquer aux diverses occupations domestiques. Dans cette pièce couchent, en outre, le père et la mère, la jeune fille et le plus jeune garçon (Louis), âgé de douze ans. Dans une pièce voisine, séparée de la précédente par-une : simple cloison, couchent deux autres frères, Alexandre, âgé de vingt-huit ans, et Jean, âgé de dix-huit.

Le malade est soigné par la mère et la fille, et aussi par le plus jeune garçon, que son âgé confine à la maison. Le père et les grands frères ne sont guère à la maison qu'aux heures des repas, étant occupés le reste du

jour dans les étables et aux champs. j A la visite du 18, un des garçons (Pierre), âgé de vingt el un ans, se

plaint de maux de tête, de courbature, de fièvre et s ‘alite le lendemain. Ce second malade couche dans une aile (aile sud) de l habitation complétement séparée de Ja Par principale dont nous avons parlé. Il n’a appro- . ché son frère Claude qu'à l'heure des repas et quelquefois pour aider à le © changer de HE.

ur jours après, la maladie se déclare chez un troisième garçon (François}, âgé de vingt ans, qui couche dans la même chambre que le précédent. Celui-là n’a donné aucun soin au premier malade et ne l’a approché

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qu'au moment des repas ; mais 1l à continué à coucher dans la même chambre que Pierre.

Le 3 janvier, les deux frères, Jean et Alexandre, qui couchent dans la pièce contiguë à la cuisine et en communication ‘constante avec celle-ci, sont atteints simultanément. Dans les derniers temps, ils ont été obligés de seconder leur mère et leur sœur dans les soins à donner aux trois p premiers malades. :

Le 10 janvier seulement, — trente-cinq jours après que le premier malade a appor té dans la principale pièce le germe de la fièvre typhoïde, la fille et le jeune frère (Louis), qui ont séjourné continuellement dans cette pièce, sont obligés de s’aliter, atteints par le même mal que les cinq autres frères.

Le lendemain ou le surlendemain, un autre garçon (Jean-Marie), âgé de vingt-cinq ans, qui couche dans l'aile nord de l'habitation avec un de ses frères (dit Cadet), âgé de dix-neuf ans, est pris à son tour.

A cette date, le père, À mère et Cadet sont seuls indemnes. Te tante âgée de soixante ans, un frère âgé de trente-trois ans et un beau-frère âgé

de trente ans, qui n’habitent pas la ferme, viennent alors donner des soins aux malades. < | 5

Le 18, le D'G... trouve, à sa visite, le père et la mère alités depuis la veille. :

Le 20, la tante, arrivée depuis 8 jours seulement dans le foyer nie ticux, contracte la fièvre, et en même temps aussi Cadet qui jusque-là avait été indemne. ;

Il ne reste plus alors que le frère aîné et le beau-frère qui ne fait, lui, que de rares apparitions, obligé de vaquer à des occupations personnelles. Tout le voisinage est épouvanté : on fuit la ferme, et les douze malades restent sous la seule garde du fils aîné. Le brave homme, qui a quitté sa femme et ses enfants, suffit à tout : jour et nuit, il va d’un lit à l’autre, lave lui-même à la rivière les linges souillés de déjections, et continue cette œuvre de dévouement jusqu'au milieu de février. Seul, il fut épargné par le mal, étant resté près d’un mois au milieu de douze typhoïdiques.

\joutons qu'il n'y a pas eu de dissémination au dehors du principe morbifique, et que le loyer épidémique, importé dans la ferme, S'y est éteint sur place, aucun autre cas ne s'étant déclaré dans les villages envirornnants.

Que penser de cette brutale invasion ? L'eau n'a pourtant été pour rien dans celte affaire, et cependant la maladie a pris dès le début une marche rapide. La scarlatine, la variole ne se se-

raient pas autrement comportées en pareille occasion. Comme l’on comprend bien l'influence du malade, source de contagion, dans cet amas de vêtements et de linges contaminés, avec cette énorme quantité de matières fécales non désinfectées (on peut le croire, du moins, à la lecture de l'observation) qui, réduites en poussières, devaient remplir l'atmosphère de toute la maison de germes virulents !

Le P: Debove a rapporté aussi le fait suivant qui ne manque pas non plus d'intérêt :

Osservarion XX. — La famille L..., composée du père, de la mère et de six enfants, arrive à Paris le 15 novembre 1885.

Un enfant À..., âgé de dix ans, était -un peu indisposé lors de son arrivée ; cette mdisposition, prise d’abord pour une amygdalite, s'aggrave et le 20 novembre le malade était en pleine fièvre typhoïde (taches rosées, épistaxis, diarrhée, etc.).

Un enfant B..., âgé de quatorze ans, présente le 23 novembre un peu de fatigue ; le 28 AObEe la fièvre typhoïde devient évidente. Il meurt le 4 janvier, épuisé par la suppuration de vastes escarres. :

Un enfant C..., âgé de huit ans, commence à présenter, le 29 novembre, les signes d’une maladie qui devient bientôt une fièvre typhoïde évidente.

Un enfant D.…., âgé de onze ans, est encore atteint de fièvre typhoïde, et présente les premiers signes de la maladie le 17 décembre.

Un cinquième enfant E..., âgé de douze ans, ressent les premières atteintes du mal de ses frères le 29 décembre.

Le sixième enfant, une petite fille âgée de deux ans, a ëté épargné.

Le père et la mère sont bien portants. Les personnes qui les aident à soigner leurs malades sont également restées bien portantes.

La famille L... arrivait d'Aix, où il n'y avait pas en ce moment de grave épidémie, mais il y avait un certain nombre de cas. Le premier enfant avait pris dans cette ville le germe de son mal, car 1l était indisposé dès son arrivée à Paris; sa maladie s’est progressivement aggravée, el n'a plus permis une erreur de diagnostic. Ce premier sujet a transmis son mal à ses frères, car si l'on peut soutenir que le second et le troisième enfants ont été contagionnés en même temps que le premier,

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on ne saurait en dire autant du quatrième et du cinquième qui ‘ont présenté les premiers signes de la maladie les 17 et 29 dé-

cembre. Il nous paraît difficile de nier cette fois encore que le

séjour des enfants dans le voisinage des malades a été la cause de la fièvre typhoïde. L'eau n'a même pas été mise en cause par M. Deboveet il n'y avait du reste pas d’épidémie à ce moment-là.

Le D' Rigot a aussi observé une épidémie de famille qu'on ne peut attribuer à l'eau de boisson : ;

OgservarionN XXI. — M... 5r ans, employé, est atteint de fièvre typhoïde. IL est soigné par ses deux filles, Louise 22 ans et Eugénie 24 ans. Le malade meurt au 32° jour de sa maladie ; le lendemain sa fille Louise entre à l'hôpital pour dothiénentérie. Pendant un mois elle a été en contact avec ce typhoïdique, qu’elle soignait nuit et jour. Elle est malade depuis deux semaines seulement. Il y a huit jours qu’elle est en traitement, quand sa sœur Eugénie entre elle-même à l'hôpital pour la même affection. Elles ont guéri toutes deux.

Trois personnes seulement approchaient le malade : la mère

et les deux filles. La mère seule a échappé à la contagion : elle est d'un âge assez avancé où la maladie est plus rare ; de plus elle s'occupait des travaux du ménage, approchait le malade de moins près el se surmenait moins, ce qui peut expliquer qu'elle soit restée indemne. Les deux filles, au contraire, ont payé leur tribut à la maladie. Continuellement en contact avec leur père, elles touchaient les linges souillés et pouvaient se contaminer plus facilement. De plus chez elles s'ajoutait une cause favorisant l'infection : le surmenage.

Rapprochons enfin de ces épidémies de maison l'observation d'une épidémie qui survint en décembre 1897 à l'École des officiers de Bucharest et dont le narrateur est le Dr J. Antoniu.

Ovservarion XXIT. — En tenant compte des cas légers qui se sont traduits par des formes très atténuées de linfection typhique, sur un total de 300 élèves, 26 ont été atteints, et sur un effectif de 132 soldats, 2 seulement sont tombés malades. Cette disproportion s'explique aisément par l'agglomération qui existait dans le principal corps de bâtiment de l’école, occupé par les élèves dont le nombre, en vertu des nouvelles exigences de

notre armée, a été doublé ces dernières années. Les soldats, qui occu- ‘paient un bâtiment séparé et ne se trouvaient pas dans d'aussi bonnes conditions que les élèves, n'ont cependant eu en réalité qu'un seul cas de dothiénentérie, Fautre ayant été observé chez un caporal qui passait son temps dans les dortoirs des élèves, pour veiller à la propreté. Comme élèves et soldats buvaient la même eau, cette considération permet d’exclure, pour l'épidémie en question, l'origine hydrique. J’ajouterai, pour être complet, que depuis quatre ans que je suis le médecin de cette école, je n'ai Jamais vu un seul cas de fièvre typhoïde, soit parmi les élèves, soit parmi les soldats, que la maladie n'est apparue qu'à la rentrée des élèves, que le seul cas observé parmi les soldats est survenu en pleme évolution épidémique, et qu'enfin aucun autre cas n'a été constaté après le licenciement de l'école.

Quoique l’eau d'alimentation eût été soumise à l’ébullition dès l'apparition de la maladie, celle-ci n'en à pas moins continué à sévir parmi les élèves jusqu'à leur licenciement, ce qui prouve encore une fois que l’eau n'était pas en cause comme facteur étiologique.

La plupart des cas ont été observés dans deux dortoirs où la maladie a débuté presque en même temps, en frappant un élève dans chaque dortoir (les élèves X... et Y...).

Dans ces dortoirs l’agglomération était si considérable que les lits se touchaient. Or, en suivant la marche de la fièvre typhoïde, j'aiété surpris de voir qu'autour des lits de ces deux élèves la maladie se propageait de proche-en proche. Cette propagation était surtout évidente autour du lit de. l'élève X.., un des cas graves, mortel ; nous avons vu en effet les camarades de la même rangée de lits et ceux d’en face être frappés tour à ‘tour ; il s'était formé là un nid typhique. La contagion s’est eflectuée dès le début, car elle n’a pu être enrayée ni par l'isolement de l'élève X.., ni par la désinfection de sa literie. On doit admettre que la contagion s’est bien faite dans les dortoirs : en effet, tandis qu’au dortoir les élèves de 1'° et de 2° années sont mélangés, tout le reste de la journée ils sont séparés complètement et bien que l’agglomération fùt encore plus grande dans les amphithéâtres el les salles d’études, aucun cas ne s’est déclaré de cette façon ; par conséquent, la marche de l'épidémie indique bien que la contagion a

eu lieu dans les dortoirs où indistinctement élèves de 1° et de 2° années

ont été frappés. La maladie avait été introduite dans l'école par les élèves X... et Y..., arrivant l’un d’une ville où sévissait la fièvre typhoïde, l’autre de Bucharest où il y avait eu une épidémie dans le courant de l’année.

Les épidémies de village ne sont pas moins intéressantes ;

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