‹ Le malaise de la démocratie (volume 2)Chapitre 47 sur 98 · LE MALAISE DU SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE MALAISE DU SIÈCLE

l'Académie française, mais porté par Y « actualité », fit un beau chemin dans le monde.

« Bonaparte, dit Chateaubriand, désirait alors fonder sa puissance sur la première base de la société... Il avait à lutter contre les hommes qui l'entouraient et contre des ennemis déclarés du culte; il fut donc heureux d'être défendu au dehors par l'opinion que le Génie du Christianisme appelait. Plus tard, il se repentit de sa méprise : les idées monarchiques régulières étaient arrivées avec les idées religieuses. »

Il me semble que Chateaubriand définit ici, avec une précision singulière, le drame bientôt séculaire, où s'agite notre société. Cent ans d'histoire politique, intellectuelle et morale tiennent dans cette formule. Le malaise du siècle y apparaît clairement. Depuis le prodigieux branle-bas de la Révolution, le peuple français a perdu son équilibre. Il le cherche plus que jamais, désespérément. Tous, tant que nous sommes, n'est-il pas vrai que nous tâtonnons comme les aveugles qui ont perdu leur bâton ou leur caniche? Nous voudrions trouver des principes capables de soutenir nos constitutions politiques. Nous n'avons plus de règles fixes même pour diriger les moindres démarches de notre vie privée. De temps en temps, après d'effroyables crises de scepticisme, nous sommes tentés, comme les viveurs fatigués et comme les filles repenties, d'implorer, en baU

les

butiant, les secours de la religion. Al est impérieuse. Elle a entrepris d'être â ta Ml militante et triomphante. N'étant plus tenue M régie par îles gouvernements capables dû I modérer en la protégeant, elle envahit tout Si qu'on lui octroie la licence de participer ;'i la g» lion des affaires publiques. Degré on de fores 3 faut qu'elle confisque et qu'elle accapare, L'idée d'une domination suprême est sa raison dYlrc. Elle a fléchi devant Napoléon, mais sans désarmer. Et quand l'Empereur tomba, elle oublia le promoteur du Concordat, le protecteur du Génie 4* Christianisme, pour accabler de ses niMllinif- 1' « usurpateur », 1' « ogre de Corse », le ■ César jacobin ». Peu s'en fallut qu'elle n'excommunia! Louis XVIII et son ministre Decazes. Elle trouva un roi selon son cœur dans la personne St Charles X {qui cependant fut invité officiellement à expulser les jésuites). La chute lamentable «îe ce malheureux prince entraîna l'écroulement d'un système qui répugnait aux habitudes libérales des Français.

Alors, noire nation, qui pendant ce siècle a toujours oscillé entre les servitudes extrêmes de la théocratie et les licences périlleuses de la laïcité, suivit les bourgeois vollairiens de 1830 dans leur mouvement défensif vers la philosophie du libre examen. Les écrivains, les moralistes, les penseurs, les professeurs, les poètes eux

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