‹ Le malaise de la démocratie (volume 2)Chapitre 5 sur 98 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

LES ORIGINES DE LA FRANCE CONTEMPORAINE il

— Parfaitement, reprit M. de Tocqueville, nous dînions ensemble le 24 février... Je rentrai épuisé par les événements, presque étouffé par des sentiments que je n'avais pu exprimer. Je vous trouvai radieux. Ce fut trop. Je versai sur vous toute ma fureur et toute mon indignation. Je vous maltraitai, vous appelant homme de lettres qui ne connaissait rien en politique, et je vous déclarai que, quel que fût le résultat des événements, ni la liberté ni nos amis n'y gagneraient.

— Oui, avoua M. Ampère, vous aviez raison et depuis ce temps je me suis méfié des politiques.

M, de Tocqueville passa toute sa vie à regarder la politique et les politiciens. Il étudia tout et n'empêcha rien, ce qui est assez l'habitude des académiciens fourvoyés dans les Chambres. Mais il pénétra fort bien la malice de certaines gens, et raisonna supérieurement de certaines choses 1 .

Né sur la limite de deux mondes, et pour ainsi dire au confluent de deux sociétés, l'homme qui devait décrire l'Ancien régime et la Révolution, après avoir démonté, pour ainsi dire, pièce à pièce la Démocratie en Amérique, fut placé par le sort en bonne place pour éprouver de fortes impressions historiques.

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