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cavalier et qu'il a le meilleur cheval de Paris '. » Par là, il esquissait la psychologie de tous les boulangismes passés, présents et futurs.
Il y avait, en 1850, un Anglais, M. Nassau William Senior, économiste et bureaucrate, qui venait chaque année sur le continent, pour « interviewer » les hommes célèbres. Cet Anglais a publié d'intéressantes conversations de Thiers et de Guizot. Il a vu souvent Tocqueville, et il a recueilli quelques vérités, énoncées, au hasard des conversations, par cet ingénieux oracle.
M. de Tocqueville disait, le 22 mai 1850 :
« Egalité est un mot.pris pour envie. Elle signifie, au fond du cœur de tout républicain : Personne ne sera dans une meilleure situation que moi, et tant qu'on préférera cet égalitarisme à un bon gouvernement, tout bon gouvernement sera impossible. En réalité, aucun parti ne veut un bon gouvernement. » Par là, il prédisait le perpétuel jeu de bascule qui, dans notre République, substitue les radicaux aux modérés, et réciproquement, sans profit pour le bien général.
On ne se lasse pas d'écouter ce sage. Il disait, le 21 août 1850 :
« 11 n'y a pas d'institution plus révolutionnaire, c'est-à-dire plus productive de révolutions, que la garde nationale. Assurément, de suite après la
i. Alexis de Tocqueville, par Eugène d'Eichthal, p. 245.
révolution, elle est utile pour protéger la propriété ; mais son instinct est d'engendrer la révolution : la majorité de ses membres n'a aucune expérience politique et sympathise avec le sentiment général, qui est rarement favorable au gouvernement; les uns veulent lui donner une leçon, les autres le renverser l . »
Et voilà, ou peu s'en faut, l'histoire du sabre de M. Prudhomme.
Le 10 février 1851, M. de Tocqueville et J.-J. Ampère se promenaient, en causant, sous les orangers de Sorrente. Invinciblement, malgré la grâce du paysage sur lequel ils reposaient leur vue, leur conversation revenait aux révolutions étranges qui avaient bouleversé leur patrie.
J.-J. Ampère parlait de ces événements avec l'éloquence convaincue d'un professeur de littérature française :
— Oui, disait-il, en gesticulant comme s'il eût été en chaire, oui, la Révolution de 1848 m'avait complètement empoigné; je crus que le pouvoir était enfin aux mains du peuple... Je fis à mes élèves du Collège de France un discours qui eut le plus" brillant succès. Je m'écriai : « Loin de nous les démagogues, mais salut à la Démocratie! » Les acclamations durent être entendues de la Seine !