‹ Le malaise de la démocratie (volume 2)Chapitre 62 sur 98 · vol. in · texte numérisé non relu

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188 LE MALAJSE DE LA MMOCfl

M. Élienna Dejean, dépoté

M. Louis Farces, cJie/ de bureau sa mwblk des affaires étrangères, -V. Hanotoux, fluasÉl des affaires étrangères, M. Homolle, dirtcttm' l'École d'Athènes; j'y vois aussi tfoa BWtfi jusqu'à de simples rentiers*

Les thèses qui lui furent dédiées sont iœW»

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On remarque aisément que Monod o'a p*sOW à la tentation habituelle des professeurs, (joiefl de former avant tout des professeurs et de roCT* ter un excédent de diplômés, dont on ne sait pi» que faire. Nous avons trop de professeurs. O'I" 1 nous manque, dans toutes les carrières, ce -"i 11 les intelligences façonnées par la haute culture et trempées pour la lutte aux sources vives de h vérité et de la beauté.

Donc, l'idée directrice à laquelle Monod et ses amis ont obéi depuis l'année terrible peut se résumer ainsi : Nous avons mérité nos malheurs. Les Allemands ont mérité leurs victoires. QÛ cette leçon nous serve! La mêlée sociale est inclémente aux frivoles et aux étourdis. Désormais notre tâche est tracée : nous devrons penser toujours aux moyens de régler un litige dont les conséquences mettent en péril notre existence nationale et la paix du monde. Les vainqueurs nous ont pris deux provinces, cinq milliards et notre anlique prestige. Nous- leur prendrons leurs vertus.

Les Allemands nous ayant vaincus en 1870, il est naturel (vu notre amour des solutions simples) que les Allemands soient devenus, après la guerre, nos professeurs d'énergie, et qu'ils nous aient accablés de leurs doctrines après nous avoir traités par le fer, par le plomb et par le feu. Nous avons toujours été ainsi. Le comte de Saint- Germain, ministre de Louis XVI, ayant entendu dire, après Rosbach, que la schlague faisait merveille en Prusse, voulut introduire dans les régiments français la schlague.

Plusieurs de nos maîtres les plus illustres ont pensé, après nos défaites, que le remède à tous nos maux était dans une sorte d'imitation intellectuelle des Allemands. Par eux fut reprise la tradition de M me de Staël; par eux la prétendue vertu des méthodes germaniques fut appliquée à l'œuvre de notre relèvement national.

Sous leurs auspices, les jeunes maîtres de l'Université réformée allèrent chercher au delà du Rhin des directions et des disciplines. Henri Lachelier, fils du célèbre auteur du Fondement de l'induction, s'empressa, à peine sorti de l'École normale, d'aller s'établir à Leipzig, dans le laboratoire de Wundt, et rapporta la doctrine de ce maître aux lycéens de Troyes, de Carcassonne, de Clermont et de Caen, qui peut-être ne surent pas en profiter.

Or, cette pédagogie, qui devait nous donner des générations nouvelles et dont nous espérions

une jeunesse forte par le caractère, par l'intelligence, par les mœurs, a déçu notre attente, si nous en croyons des témoins dignes de foi, dont quelques-uns, dans le principe, se montrèrent fort enclins aux innovations.

Les aveux se multiplient très précis, très détaillés, très inquiétants.

Un pédagogue éminent, M. Buisson, ancien directeur de l'enseignement primaire, professeur de pédagogie à la Sorbonne, constate dans la Revue pédagogique la « progression de la criminalité enfantine et juvénile ». Selon M. Buisson, nous traversons une « crise morale » dont la gravité doit fixer notre attention.

Un autre pédagogue, M. Félix Pécaut, inspecteur général de l'enseignement primaire, ancien directeur de l'Ecole normale de Fontenay-aux- Roses, homme généreux, passionné pour la vérité et pour le bien, a publié dans cette même Revue pédagogique des Notes d'inspection qui aboutissent, après quelques détours consolants, à l'expression d'un sentiment d' « effroi ».

Un célèbre philosophe, M. Alfred Fouillée, a quitté les hauteurs de la spéculation pour chercher dans les chiffres des statistiques quelques indices sur l'état d'âme de la jeunesse contemporaine. Les découvertes de M. Alfred Fouillée sont lamentables. Si l'on s'en rapporte aux minutes conservées dans les greffes de nos tribu-

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naux, le nombre des jeunes gredins augmente tous les jours. On se tue mutuellement aujourd'hui plus qu'hier; on se suicide davantage; on se vole et on se viole les uns les autres avec une fureur croissante. Les incendies éclairent d'une lueur sinistre cette heure trouble, qui ressemble à un crépuscule orageux. Les prisons regorgent de jeunes détenus. Les maisons de correction, mieux dites « maisons de corruption », sont encombrées de garçons et de filles précocement dépravés.

Des faits récents ont attiré l'attention du public sur ces « colonies publiques ^éducation pénitentiaires de jeunes gens », qui sont trop souvent (malgré les huit inspecteurs et l'inspectrice qui devraient s'en occuper), des foyers de pestilence : Aniane, Auberive, Belle-Isle, les Douaires, Saint- Hilaire, Saint-Maurice, le Val d'Yèvre et la « colonie correctionnelle » d'Eysses, tristes logis qui sont la cité dolente des enfants sans mère et sans tutelle...

Et M. Fouillée achève de nous consterner par des totaux effrayants : « A Paris, plus de la moitié des individus arrêtés ont moins de vingt et un ans, et presque tous ont commis des fautes graves; en une seule année (1880), 30 assassinats, 39 homicides, 3 parricides, 2 empoisonnements, 114 infanticides, 4,212 coups et blessures, 25 incendies, 153 viols, 80 attentats à la pudeur,

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'■■■ qualifiés, H ,863 vols simples, rofli bilan de celle belle jeunesse! Aujourd'hui. tVt . bien pis encore. La précocité est une des DWJM I caractéristiques, un des traits douloureux île mire temps. »

M. Fouillée remarque, d'après 31. Adolpb* Guillot, ancien juge d'instruction au tribunal flt la Seine, que les actes des jeunes accusés lérisent par « une i-xngé ration de férocité, « recherche de lubricité, une forfanterie de 1 qui ne se rencontrent pas au même degré à âge plus avancé ».

D'autre part, si l'on se détourne des « eu* de grossissement » que procurent les statistique! si l'on s'adresse aux témoins qui n'ont, que d( « impressions » ou ne donnent que des résinai d'expérience, on arrive â des conclusions presqc aussi désolantes. J'ai reçu une lettre d'un d( hommes les mieux placés pour juger en cet matière, d'un de ceux qui ont mis le plus ( cœur à l'œuvre de notre régénération, et j'y 1 ceci : « Les maux dont la France a souffert n font qu'empirer, et la virilité des intelligences s'affaiblit chaque jour... La jeunesse que je vois autour de moi est beaucoup plus précocement corrompue que celle d'il y a vingt ou trente ans, et elle reste beaucoup plus gamine, faible, enfantine. Il y a chez elle des éléments excellents Mais ce qui m'effraye, c'est sa faiblesse. »

La jeunesse contemporaine est malmenée même par les juges bienveillants. Récemment, M. Gustave Larroumet lui disait son fait avec franchise. J'avoue que de voir Larroumet pessimiste et découragé, cela m'a fait craindre la fin des temps. Ainsi, nous avons devant les yeux ce spectacle bizarre : d'un côté, une Université dont la façade repeinte, l'outillage mis à neuf, les méthodes réformées et le personnel presque toujours excellent pouvaient nous induire en de belles espérances. Notez, en passant, que de toutes les catégories de citoyens, celle des professeurs est placée, par les statistiques récentes, au premier rang de la moralité générale. Et voici une jeunesse sur qui l'enseignement universitaire a glissé; des élèves dont l'intelligence et le cœur ne répondent pas à la valeur morale et intellectuelle des maîtres; bref, une France qui échappe aux directions très libérales que quelques-uns des meilleurs d'entre nous avaient rêvé de lui indiquer comme l'unique voie du salut.

Je ne puis énumérer toutes les causes de cette déception. En voici quelques-unes.

« Une certaine pédagogie a régénéré l'Allemagne. Cette même pédagogie régénérera la France. » Telle est l'affirmation et tel est le raisonnement sur quoi les partisans des méthodes germaniques ont fondé leur tentative.

Cette affirmation esl^elle absolument conforme

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bonne foi allemande (deutsçhe Treue) et ce sentiment du devoir, ce fameux Pflichtgefùhl, « si essentiellement allemand »! Jusqu'à ce pauvre Amiel, qui s'est permis d'écrire, dans son Journal, que les Français n'ont pas a le culte direct de l'idéal » ! Or, au bout de cette prédication piétiste, une fois les batteries démasquées, qu'y a-t-il? Ceci : le réalisme à bras raccourcis, la politique des poings fermés et des poches pleines, le culte de la force dans toute sa brutalité; mieux que cela, l'emploi conscient, avoué, cynique, du mensonge, du dol, de la fraude et, pour tout dire en un mot, Bismarck ! De sorte que, si nous voulions vraiment installer chez nous les programmes allemands, il faudrait inscrire au fronton de nos lycées et de nos Facultés ces cinq mots : La force prime le droit.

Ahî comme Fustel de Coulanges avait raison lorsqu'il adressa, le 28 octobre 1870, « à messieurs les ministres du culte évangélique de l'armée du roi de Prusse » une lettre où il protestait contre leurs tartuferies haineuses, contre leurs tirades sur les mœurs de la « moderne Babylone » et contre l'outrecuidance avec laquelle ils osaient associer Dieu à une œuvre de violence et de destruction !

Avec quelle éloquence ce même Fustel répondait aux brochures hypocrites où Mommsen, naguère courtisan du gouvernement français,

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f justifier par 4m I fenptéVrAInee-: .. Et cpfuMi. Jim 1» droit de cawwmer 4 ëssl à Égal *w l docteur* des niui ité» d'oatre-Rhin '

S'il n'est pu -mi que. les méthodes t «■eat importé lTtUtoire ni Bénie f eruditù le pays 4e Guatt, de Mkhelet. de SBv« Ssey et dTosèae Bamoaf: s'il n'est | qu'elles aient pu apprendre aux compatriole Descartes, de Lapiaee. de Pasteur, l'art de p ni le désir de chercher la vérité, on doit r naître toutefois qu'elles ont propairé le s enquêtes érudites et qu'elles ont appris i jeunesse certaines façons de raisonner ( déraisonnablesiqui étaient inconnues aux dise de Cousin et aux logiciens de Port-Roval. '.

quel protit en a retiré notre œuvre d'éd\ nationale*. Les effets du système ne sont i sortis d'un cercle étroit de privilégiés. Dans r élite, nourrie de quintessence germanique, < voit poindre d'ailleurs ni un nouveau Gui un nouveau Fustel, ni rien qui appri Michelet ou de Tairte. On dirait que la ; française perd en intensité ce qu'elle ï étendue. Nous avons des hommes supérieurs :

se dépensent, ils se gaspillent, ils se dispe avec une générosité que j'admire, mais

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