L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE
que celui des ingénieurs, des officiers, des magistrats. Ils ont des moyens divers, et fort honorables, cT arrondir ce traitement. Ils sont même plus favorisés, sous ce rapport, que les jeunes maîtres de conférences de nos Facultés, lesquels ne peuvent pas donner de répétitions en ville. A Paris surtout, les professeurs de renseignement secondaire bénéficient d'un régime qui n'a rien de vexatoire ni de surchargé. J'en connais qui n'ont que trois classes à faire par semaine. Beaucoup d'entre eux ont assez de loisir pour ajouter à leurs appointements les gains légitimes que leur procurent le journalisme, la librairie ou le théâtre. Ils font des « éditions ». On leur permet de cumuler, avec la préparation des classes et la correction des copies, toutes sortes de besognes attrayantes. Ils deviennent, en quittant leurs élèves, des chroniqueurs abondants, des causeurs appréciés, des conférenciers diserts.
M. Francisque Sarcey, qu'on n'accusera pas de malveillance contre l'Université, s'alarmait un peu de ces nouvelles mœurs. En tout cas, le professeur moderne est plus heureux, plus fêté que les « régents » du temps passé. Il commence à remplacer sur la scène, dans les romans et dans les préoccupations des mères de famille, l'ingénieur des ponts et chaussées et le maître de forges. Il flirte. Il cotillonne. Il trouve, en la cherchant négligemment, l'héritière pour qui les arrivistes
lui il
2*8 LE malaise: DS «.a
déterminés se démènent et se décarcassait
connais plusieurs romans universitaires qui
sont terminés, très gentiment, ma foi! par ifc' mariages plus que cossus...
Le professeur devient peu à peu Je BeajantÛ de ia société nouvelle, le Roméo de la trûistÉntf République.
Un universitaire, M. Georges Meunier, professeur de rhétorique au lycée de Sens, et auteur d'un recueil de Morceaux choisis de M. Énàlt Zola, disait récemment que ni ses collègues ni lui ne se reconnaissent dans les portraits où les romanciers d'autrefois ont prétendu fixer les caractères moraux et l'aspect physique des professeurs. 11 osait blâmer son auteur favori, M. Emile Zola, d'avoir attribué au professent Marty, dans le Bonheur des dames, je ne saU combien d'infortunes conjugales, jointes à un « profil pauvre », à une « redingote étriquée », à un « visage blêmi par le professorat ». Le professeur Florent, créé et mis au monde par M. Zola, dans le Ventre de Paris, est toujours « crotté ». Le professeur Bellombre, compère du Docteur Pascal, craint de se marier « pour n'avoir pas à payer k sa femme une paire de bottines ». Le professeur Sabathier, dans Lourdes, est un u gâteux apeuré ». Le professeur Jeantrou, dans l'Argent, a dû quitter Bordeaux u à la suite d'une histoire restée louche ».
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quoi M. Georges Meunier répond :
professeur occupait déjà une place considérable dans la. vie intellectuelle de la nation, que les gens du monde
aux yeux desquels la valeur d'un homme se mesure à
V argent qu'il gagne ou au tapage qu'il produit — en étaient encore à la légende de ï éducateur toujours tremblant devant le pouvoir et dont la vie terne s'écoulait. sans pensée, à manier alternativement la férule ou la grammaire latine. Ce fut une révélation pour ces gens du monde quand ils apprirent que ce professeur dédaigné, ou plutôt inconnu d'eux, touchait un traitement plus fort que celui des officier* et des magistrats, qu'il avait conquis des grades difficiles à obtenir, au prix d'efforts considérables et d'une volonté persévérante... Quelle ne fut pas leur surprise, lorsqu'ils surent que ce « monsieur distingué », coudoyé par eux dans un salon, était un professeur du lycée ou de la Faculté! Enfin, leur étonnement fut à son comble, quand on leur dit que le fils un tel — appartenant à une famille des plus aisées et des mieux en vue — séduit par l'attrait d'une carrière libérale et honorée, allait se préparer à l'École normale supérieure! Décidément, c'était fait de la légende du professeur suranné, de l'ours mal léché auquel on avait cru si longtemps. 11 fallait bien se rendre à l'évidence, quand on voyait X... ou Y..., un ancien professeur du lycée celui-là, faire brillamment son chemin dans le monde des lettres ou de la politique, se faire recevoir à l'Académie française ou prendre, un beau matin, quelque portefeuille de ministre f .
Un autre universitaire, M. René Doumic, professeur de rhétorique au collège Stanislas, exprimant son avis sur le même sujet, a constaté, non sans une malicieuse mélancolie, d'autres innovations, qui ont échappé peut-être à M. Georges