‹ Le malaise de la démocratie (volume 2)Chapitre 75 sur 98 · Revue universitaire du 15 juin · texte numérisé non relu

Revue universitaire du 15 juin

méditez, s. v. p., ce tableau de remploi du temps de la journée d'un répétiteur de collège, sous la troisième République!

a) — Lever cinq heures et demie (une demi-heure avant celui des élèves qu'il doit présider...). Dieu! quel parfum pénétrant 1 quelle collection de tibias et de fémurs ! — il lui arrive même souvent de voir... la lune.

Inutile de continuer, n'est-ce pas? Le « citoyenpion » qui a pondu cela n'a rien de commun, pour la vocation pédagogique, avec Rollin ou Pcstalozzi.

Voici maintenant un gentil couplet :

Il y a au lycée d'Agen une administration vraiment remarquable. Nous ne voulons point mettre en cause ici le proviseur, M. Roussel, qui est certainement un brave homme. Mais au-dessous de lui c pataugent » un censeur et un surveillant général, dont le plus grand plaisir semble être de blesser et d'ennuyer par tous les moyens le personnel placé sous leurs ordres.

Encore le censeur s'efface-t-il le plus souvent et est-il assez peu encombrant. Ami de la solitude et de la tranquillité, on le voit rarement. Quelquefois une ombre se glisse, silencieuse le long des murs, passe puis disparait... C'est le censeur.

Quant au surveillant général, ce monsieur qui, peut-être aujourd'hui, ne serait pas capable de faire un de ces répétiteurs qu'il méprise, on le voit trop et on l'entend trop. Infatué de sa personne autant que de son titre de surveillant général, il est partout, s'occupe de tout, même de ce qui ne le regarde pas. Ce n'est pas qu'il fasse quelque chose, oh ! non. Semblable à la mouche du coche, il crie, s'agite, souffle et s'imagine faire marcher le lycée. En réalité, il a su si bien manœuvrer, éblouir le proviseur et le censeur, que rien ne se fait sans qu'on le consulte...

Et naturellement quand on suit ses avis, on commet une... « gaffe » qui lèse invariablement les répétiteurs.

Nous n'insisterons pas aujourd'hui. Nous avons voulu simplement le présenter à nos lecteurs.

Ailleurs, ces messieurs posent la question suivante :

Quelle différence y a-t-il entre le principal du collège de Marmande et un goujat?

Ils énoncent l'aphorisme que voici :

Lâche devant les élèves, M. Voisin, censeur du lycée Hoche, est hypocrite avec les répétiteurs.

Bref, ils rabrouent tout le monde à tort et à travers, depuis le ministre jusqu'au plus humble des surveillants généraux. De temps en temps, ils veulent bien donner un témoignage de satisfaction à leurs supérieurs. Exemple :

En se rappelant au bon souvenir de leur ancien censeur, les répétiteurs du lycée de Constantine félicitent leurs collègues du lycée de Grenoble de la chance qu'ils ont de posséder M. Boudier.

Us trouveront en lui un administrateur habile et éclairé, dont la bienveillance, la bonne humeur, la franche cordialité lui concilieront certainement toutes les sympathies.

En cette circonstance, ils s'empressent de souhaiter la bienvenue à leur nouveau censeur, M. Chacornac, qui, par sa bonne grâce exquise, son affabilité et sa sympathie pour les répétiteurs, est déjà assuré de tout leur dévouement.

Allons, tant mieux! Et nous avons là, en raccourci, le certificat de civisme que les sans-

S'iS l.K MALAISE DE LA DEMOCRATIE

touchés. Le Conseil supérieur de l'instruction publique, réorganisé, délivré il "une antique taleth, la Sorbonne, rajeunie, reconstruite sur an plan grandiose, les Facultés île province, logées dans des palais, bref toutes les tentatives généreuses, sans doute efficaces, par lesquelles la Fiante meurtrie essaya de refaire son patrimoine intellectuel et moral, ont tiré le corps enseignant is l' effacement systématique "Ù il était jadis tenu autant par le mauvais vouloir îles gouvernements que par la modestie individuelle des vieux professeurs.

D'autre part, nous voyons l'Université rendre largement à la communauté ce qu'elle en a reçu, fournir un contingent de plus en plus fort à nos assemblées délibérantes, à nos académies, et rehausser même, par l'heureuse défection de deux ou trois transfuges, le prestige de notre corps diplomatique. Je sais yue la vue des Universitaires-députés, des Universitaires-écrivains et des Universitaires-ambassadeurs, jette en de véritables transports de rage certaines personnes qui sans doute n'ont pas l'habitude de réfléchir. Pourquoi se mettre en colère contre l'inévitable? Pourquoi dépenser en pure perte son écume et sa bile? A quoi bon se congestionner? Il y a beaucoup d'enfantillage dans cette insurrection, quasiment quotidienne, des plumes grincheuses contre un fait social que les gens intelligents

Page 1