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CHAPITRE VIII

La question des maîtres répétiteurs. — La Réforme universitaire. — Doléances et réclamations. — Les professeurs de renseignement secondaire et le ministère Combes. — Témoignages de M. Georges Meunier et de M. René Doumic. — Le congrès des professeurs.

Ce n'est pas seulement par l'incertitude des directions, par le tâtonnement des méthodes et par les variations, vraiment ahurissantes, des programmes officiels, que l'Université française risque de manquer à la tâche qui lui fut confiée, et de compromettre le haut magistère d'éducation nationale, qui est sa raison d'être et qui constitue sa dignité.

Le personnel universitaire est agité par des symptômes de malaise et par des signes de mécontentement. Du dernier échelon jusqu'au sommet, on se plaint, on manifeste. Et ces manifestations, il faut bien l'avouer, n'ont pas toujours le caractère

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ton de politesse, de correction grammaticale, discussion ferme eL courtoise, qui. à défaut d> très mérites, aurait suffi peut-être à leur assort une renommée de bon aloi.

Le régime représentatif, en mettant, pourains dire, au premier rang des vertus humaines, I capacité de soutenir une opinion raisonnes, deral multiplier, dans la carrière des Universitaires, les tentations et les occasions de quitter l'Université. Aujourd'hui, les abords des chaires professoral sont encombrés. Le personnel est nombreux.

Tous les postes sont occupés. On est obligé, faute de place, d'envoyer quelques-uns des élèves sortants de l'Ecole normale dans des collèges corn munaux. Chaque année, plusieurs agrégés reskiit en disponibilité, dans leurs familles. Comment s'étonner, après cela, que ces jeunes gens cherchent ailleurs le moyen d'utiliser une instruction supérieure qui ne les prépare pas exclusivement à la pédagogie? Pourquoi surtout s'en indigner! Encore une fois, ces résultats sont conformes aux lois sociologiques. Cela est, parce qu'il esJ impossible qu'il en soit autrement. A l'exemple des nations heureuses dont le recensement accuse un excédent de population, l'Uni versitt colonise.

Que d'ailleurs cette importance croissante do l'Université dans l'État ait pu griser quelques cervelles universitaires, je ne le nie pas. Que des

foi, je puis bien le dire puisque c'est le fond de ma pensée) de faire peut-être un accroc hebdomadaire à ce vœu de chasteté qu'on leur impose, mais auquel ils n'ont jamais souscrit '.

Ayant dit ces paroles, M. Béjambes but à M. le Président de la République et aux membres du Comité. Cet élan oratoire enleva toutes les adhésions. Les législateurs présents promirent de recommander aux deux Chambres le principe de T « accroc hebdomadaire ». Et, quand on eut achevé de manger et de discourir, les éducateurs de la jeunesse regagnèrent leurs domiciles en songeant, sous les étoiles, aux futures permissions de nuit.

Ce n'est pas la première fois que les maîtres répétiteurs livraient à la sollicitude des pouvoirs publics et à l'attention des pères de famille la confidence de leurs plus chers désirs. Ils disposent d'un organe périodique qui s'intitule la Réforme universitaire, et qui revendique hautement, pour chacun des membres de la corporation, le droit de sortir pendant vingt-quatre heures, une fois par semaine. Si ces vœux ne sont pas toujours exprimés avec la rondeur élégante qui est le propre de M. Béjambes, ils se manifestent du

1. Ce discours n'était pas improvisé. L'orateur l'avait rédigé d'avance, et en fit distribuer des exemplaires imprimés aux représentants de la presse. En le commentant, j'use du droit, qu'a tout citoyen français, de critiquer un document public.

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moins avec une fougue, une franchise, une abon- (lance qui attestent, chez ces fonctionnaires, une incontestable vigueur de style et un courage entreprenant.

Tuules les ligures de la rhétorique des classes apparaissent dans cette déclaration des droits de l'homme. Toutes, ou plutôt presque toutes... Car on pool rejrretter que les honorables rédacteurs du ces professions de foi n'aient pas usé davantage de lu prétérit ion. Certes, les maîtres répétiteurs sont intéressants. Pas plus cependant que les niaiins, les soldais, les gardiens de phare, lesquels s'astreignent à des internats autrement rigoureux.» Mais enfin j'accorde qu'ils sont intéressants. Ce n'est pas une raison pour dévoiler avec tant île fracas les frénésies qui font bouillir leurs veines. Le public a ri de ces fièvres scolaires. MônjO en notre pays de gauloiserie, on ne met pas les rieurs de son côté lorsqu'on pérore sur certaines choses, dont il ne faut ni trop se préoccuper avant, ni trop se vanter après.

Il y aurait quelque impertinence à vouloir résoudre l'important problème qui agite les maîtres répétiteurs. L'autorité compétente a été saisie. C'est à MM. les proviseurs, à MM- les inspecteurs, à MM. les recteurs, et enfin, en dernier ressort, a M. le ministre de l'instruction publique, qu'il appartenait d'examiner les pièces de ce procès. M. Léon Bourgeois a décidé que 1' « ac-

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croc hebdomadaire » ne serait pas compris parmi les licences conférées aux maîtres d'étude.

J'oserai toutefois risquer ici quelques réflexions, et je ne crois pas manquer, par cette audace, au respect que m'impose la confrérie des maîtres répétiteurs. Car enfin, ces honorables fonctionnaires, même lorsqu'ils ont l'avantage de dîner avec des députés et des sénateurs, ne doivent pas oublier qu'ils se sont engagés, sans y être contraints ni forcés, à surveiller nos enfants pendant les heures d'étude et de récréation, à les conduire aux classes des professeurs, à les emmener en promenade le jeudi et le dimanche, à leur expliquer les menues difficultés de leurs thèmes et de leurs versions. Voilà ce qu'ils ont à faire. Ni plus ni moins. Pour remplir cette tâche, où je ne vois pour ma part rien d'humiliant, et que personne, encore une fois, ne les oblige d'accepter, ils ont besoin, s'ils veulent être respectés, de se tenir sur une certaine réserve.

Or, examinons, de ce point de vue, la question qui fut si bruyamment posée au banquet de la Toussaint. En vertu d'un décret de 1891, certains maîtres répétiteurs sont « externes », c'est-à-dire qu'ils ont, hors du lycée, un domicile connu, régulier, où ils peuvent se retirer dès qu'ils ne sont plus retenus au lycée par les nécessités du service. Ils ont la faculté de se loger et de se nourrir hors du lycée, et reçoivent, à cet effet, une

élevez les générations nouvelles dans un moule qui porte sur ses bords la noble image de la République! » M. Combes, dans ce même discours, faisait une allusion exquise aux professeurs des lycées, et regrettait poliment qu'une « hiérarchie vieillotte » ne lui permit pas de les reléguer au dernier degré de l'échelle universitaire. M. Combes employait ses veilles à réorganiser le Conseil supérieur de façon à ôter aux professeurs des lycées les garanties que Jules Ferry leur avait spontanément accordées. M. Combes supprimait les emplois dont ses protégés n'avaient pas besoin, en créait d'autres pour les gens agréables à son cabinet, rognait le traitement des proviseurs, menaçait les uns, amadouait les autres, épuisait (le mot est de lui) le « stock » des palmes académiques, stupéfiait tout le monde, et quittait un beau jour le ministère de la rue de Grenelle en laissant des souvenirs auprès desquels pâlit la mémoire de M. de Cumont.

Ah! il fut remarquable, le règne du ministre Combes I J'en trouve le résumé fort exact dans le journal l'Enseignement secondaire, qui n'est point suspect de tendances subversives. Lisez ceci. C'est fort instructif.

Des professeurs sont déplacés pour avoir déplu au maire, député de la ville...

Des fonctionnaires sont disgraciés non pour faute professionnelle, mais pour faute politique... Les chargés do cours des lycées demandent des garanties pour leur stabi-

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