QUELQUES TÉMOIGNAGES
— Mais il se marie dans quinze jours !
— Tant mieux pour lui. Il pourra, dans qnelques mois, obtenir le payement intégral de son traitement, et le droit de loger en ville, si toutefois le Parlement nous accorde les 250 000 francs que nous demandons.
— Mais il est licencié depuis Tan dernier!
— Ah! les licenciés! nous n'en avons que trop. Nous ne savons qu'en faire. Comment vo.ulezvous que nous placions dans des collèges tous les licenciés que Ton nous amène? Il nous en vient de partout. Les Facultés en fabriquent tant qu'elles peuvent. Le service militaire en suscite des légions. Nous ne pouvons pourtant pas inventer des collèges pour y caser tous les diplômés.
— Mais mon cousin a cinq ans de services!
— Cinq ans de services? Par conséquent, il est tout à la fin de la liste d'avancement.
Là-dessus , mon interlocuteur, quittant son rond de cuir en moleskine, voulut bien me montrer un dossier fort instructif. Au-dessous de la ligne où figuraient les cinq ans de services de mon cousin, je vis le nom d'un candidat qui attend depuis onze ans! J'étais édifié. Je me rendis à l'évidence. N'ayant jamais demandé de faveur — sauf pour aller au théâtre — je pris le parti de traiter la question au point de vue général, abstraction faite de mon cousin le licencié.
J'appris alors des choses que tout le monde sait,
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i'.i LE MALAISE DE LA DEMOCRATIE
mais qui, vues dans la précision îles ca/bVci/tf officielles, ont, je vous assure, un air iaquiét*& Des centaines île Iicen. :iéa sans espoir font h
qnoin' h la porte des collèges. Les aiu'V^ '.'iixmoines deviennent si nombreux qu'un ne Mil plus, positivement, où les mettre. On cile un prpmier agrégé île l'Ecole normale, qu'on « expWH au collée de Saint-Mihicl ! D'autres onl '" attendre un an dans leurs familles le poste annuel leur titre professionnel semble les destiner. Même encombrement dans l'enseignement secondaire des filles. Lis agrégées de l'Ecole de Sevrés —si méritantes, si dignes d'estime et « I « - respect seront luenlôl réduites à être répétitrices. Plusieurs jeunes femmes, ayant olttenu le difficile certificat d'anglais ou d'allemand, végètent dans des fonctions de surveillantes, où leur science W trouve point d'uLilc emploi...
Je sorlis des bureaux de la rue de Grenelle, un peu abasourdi et fort perplexe. Le basanl me SI rencontrer, au carrefour de la Croix-Rou^e un professeur célèbre, un homme sincère, loyal, un peu rêveur et tout à fait désintéressé, qui, après avoir occupé de hautes fonctions administratives, applique sou intelligence aux difficiles problèmes de l'éducation. Je nie lamentais avec lui sur les fâcheuses conditions de vie qui sont maiiiteniuit imposées par le malheur des temps à la jeunesse française. 11 partagea mon opinion sur l'excessive