CHAPITRE X L'ARMÉE ET LA DÉMOCRATIE
La Convention nationale et l'armée. — Choudieu. — Les généraux sans Napoléon. — L'armée d'Afrique. — Les of Aciers du second empire. — Madagascar. — Questions contemporaines.
C'est un rare plaisir que de feuilleter, au Cabinet des estampes, les héroïques lithographies de Raffet. Je ne connais rien qui soit plus crânement militaire, pïus allègrement français, plus spirituellement épique.
L'armée de nos guerres nationales, l'armée victorieuse et indomptable de Jemmapes, de Mayence, de Wattignies, de Fleurus aligne, sur ces pages, déjà jaunies par le temps, le front des compagnies, le carré des bataillons, le défilé des régiments, toute cette magnifique ordonnance qui fut la discipline dans la misère, Tordre dans l'élan, le ralliement de la nation entière autour du drapeau menacé.
Cet artiste, semblable en ceci à l'admirable
taires de la nation. Ils lui prêchaient une religion sublime. Ils étaient, sur les champs de bataille, les missionnaires de la patrie et les apôtres de la liberté.
Oh ! que Raflet a bien compris ce culte et cette prédication, dans la page d'histoire que j'ai là sous les yeux !
Des grenadiers en haillons s'assemblent pendant une halte, murmurent, réclament. Ils n'ont pas mangé depuis la veille. Ils n'ont pas de pain. Ils ont froid. Ils sont à peine vêtus. Ils sont las. Jamais de répit. Ils en ont assez, à la fin. Les poings se crispent. Les sourcils se froncent. Les yeux lancent de mauvais regards aux chefs. A travers les dents serrées, sous les moustaches tombantes, les paroles irritées vont venir, ces paroles qui courent de rang en rang, de file en file, sèment la révolte, allument la sédition... Déjà, quelques fusils sont tombés à terre, violemment jetés. Le commissaire de la Convention a vu cette scène. Vite, il est descendu de cheval, il a jeté les rênes à un planton, il s'avance à pied vers les mutins. Il se campe devant eux, son feutre rejeté en arrière. Il les regarde dans les yeux, et il leur dit, moitié sérieux, moitié gai :
De quoi vous plaignez-vous?... L'ennemi menace la France, vous vous élancez, il est foudroyé! Les peuples gémissent dans l'esclavage, ils vous tendent les bras, et vous les affranchissez du joug qui les opprime! Le drapeau
l'armée et la démocratie 285
vention qui, du haut de son cheval, lisait, d'une voix sévère, un ordre du jour, dont les loustics ont retenu joyeusement les premiers mots : Le bataillon de la Loire-Inférieure % étant bien comporté devant Vennemi> il sera accordé à chaque homme une paire de sabots...
Pourtant, le lithographe Raflet n'est pas seulement un sublime croque-notes. Poète épique à sa manière, il est historien à sa façon. Il a compris les raisons multiples et les causes profondes qui ont dirigé d'un commun accord, contre l'invasion des étrangers, la nation et l'armée de la France. Regardez attentivement ces planches.
Avec du noir et du blanc, le dessinateur ne se contente pas de raconter. Il explique. Voyez cet état-major qui, du haut d'une butte, au pied d'un moulin à vent, suit les détails d'une opération. Voici le général en chef, reconnaissable à son écharpe tricolore, aux trois plumes de son chapeau, à son habit bleu, brodé de feuilles de chêne, sans épaulettes. Les adjudants-généraux ont des épaulettes dorées, et un habit sans broderies, sanglé par un ceinturon de cuir à plaque de métal. Les chefs de brigade ont des parements aux manches et un passe-poil aux revers. Le commissaire ordonnateur des guerres a des insignes discrets, des bottes molles et une épée de parade. Mais, parmi tous ces officiers, militaires ou assimilés, il y a un personnage que le vocabulaire
administratif de l'ancien régime aurait appelé un « officier civil ». Il n'a point l'uniforme d'un corps, ni le numéro d'un régiment, ni les épaulettes ou les broderies d'un grade. Il porte le chapeau des représentants du peuple, retroussé par devant, avec la cocarde tricolore et le panache rouge, blanc et bleu. Cependant, il est à cheval. 11 sait chevaucher par monts et par vaux. Ce « législateur » n'est pas dépaysé en rase campagne. Tels, ces consuls romains, qui étaient toujours prêts à quitter la chaise curule et la tog*e pour chausser l'éperon et revêtir le manteau militaire. Ce conventionnel est armé d'un sabre, et personne ne trouve cela ridicule, car il sait s'en servir. Il est impassible sous les balles. Au besoin, il frappe d'estoc et de taille. Il charge à la baïonnette. 11 fait le coup de feu. C'est le commissaire de la Convention aux armées. C'est Carnot et Duquesnoy, auprès du général Jourdan, à l'armée du Nord. C'est Merlin de Thionville, auprès du général Kléber, à l'armée du Rhin. C'est Dubois- Crancé, auprès du général Dumerbion et du commandant Bonaparte, à l'armée des Alpes. C'est Fabre (de l'Hérault) qui fut tué. C'est Delbrel, auprès du général Dugommier et du général Augereau, Delbrel qui, selon le rapport d'un témoin oculaire, « accourait partout où le danger sévissait et traversait à dessein avec ses éclatants insignes, les passages où la terre fumait sous les
balles ». L'album de Raffet pourrait illustrer les onze volumes que M. Arthur Chuquet a consacrés aux Guerres de la Révolution. Il serait aisé d'en tirer aussi quelques images pour égayer les Pacifications de l'Ouest, racontées par M. Ch.-L. Chassin, et les Mémoires de Choudieu, récemment publiés. Regardons un peu ce Choudieu. Il est représentatif d'un temps et d'un système.
Pierre Choudieu, natif d'Angers, appartenait à une famille de robe, et fut élevé dans la pratique de toutes les vertus bourgeoises. Mais les « vertus bourgeoises », à la fin du siècle dernier, ne consistaient pas seulement dans les mérites négatifs et insignifiants dont les mères de famille et les jeunes filles à marier font aujourd'hui tant de cas. Le Tiers-État, émancipé de la tutelle du clergé, peu intimidé par l'arrogance des nobles, avait déjà le verbe haut, la main prompte, le geste vif et, comme on dit, la tête près du bonnet. On comprendrait mal l'humeur batailleuse de la Convention, si l'on oubliait que les avocats de cette assemblée étaient, presque tous, aussi bons cavaliers, aussi rudes escrimeurs, aussi passionnément militaires que les gentilshommes, plus ou moins campagnards, de leurs diverses provinces. Plusieurs d'entre eux auraient voulu être soldats et ne l'avaient pu, à cause des ordonnances par lesquelles le marquis de Ségur, ministre de la
guerre, ferma aux vertus roturières l'accès de l'armée.
Choudieu, dès sa plus tendre jeunesse, mit flambergc au vent contre un lieutenant de chevaulégers avec lequel il s'était querellé devant les plus jolies filles d'Angers. Ce petit-maître refusant de se battre avec un vilain, le romanesque Choudieu l'y contraignit par une volée de coups de canne.
La place de cet impétueux Angevin n'était pas (surtout après une pareille équipée) au Palais de justice ou dans une étude d'avoué. Volontiers, il eût chanté, à gorge déployée, l'air fameux :
Ah! quel plaisir d'ôtre soldat!
Mais, si l'on ne prouvait pas au moins quatre quartiers de noblesse, par devant M. d'Hozier de Sérigny, généalogiste et historiographe des ordres du roi, on n'était pas admis à endosser l'uniforme quasiment prussien que les costumiers du ministère venaient d'infliger aux officiers français. Le règlement de 1781 était formel. En ce temps-là, un racoleur enrôla dans les gardes françaises un beau garçon, nommé Hoche, en lui disant :
« Avec de la bonne conduite, mon vieux, tu passeras peut-être sergent! » Le sieur Jourdan, officier des guerres d'Amérique, n'avait pu obtenir un emploi de son grade dans l'armée française, et vivait, à Limoges, d'un petit commerce de
LÀ convention nationale et l'armée 289
mercerie. Le grand artilleur Sénarmont, le héros de Friedland, ne fut pas jugé digne d'une bourse à l'École militaire de Vendôme.
Cependant Choudieu rapporte, dans ses Mémoires, qu' < on était un peu moins difficile pour l'admission dans l'artillerie, parce qu'il fallait des études préliminaires auxquelles beaucoup de nobles dédaignaient de s'assujettir ».
ILe père de Choudieu n'était pas assez riche pour s'anoblir en achetant une charge à la chambre des comptes de Nantes ou à la trésorerie de Tours. Mais il avait été jadis quelque peu officier au régiment de Royal-Cravate et possédait une bicoque à girouette, aux environs d'Angers. On exhuma ce vieux souvenir, on exhiba ce pauvre manoir pour « éluder l'ordonnance ». Les principaux seigneurs de l'Anjou attestèrent, par écrit, que Choudieu le père « vivait noblement » . De cette façon, Choudieu le fils fut reçu à l'École militaire de Metz. Il eût peut-être fait une brillante carrière dans ce corps royal de l'artillerie où Bonaparte trouva le chemin de l'empire, si l'orgueil des officiers nobles ne l'avait pas dégoûté de son métier. Il était pourtant animé de la meilleure volonté. Un de ses camarades s'étant permis de dire, à table, que « des individus s'étaient glissés dans l'armée et qu'on saurait bien les en faire sortir », il répondit : « Je dois prendre cette apostrophe pour moi, puisque je ne suis pas
noble; je n'ai même jamais cherché à (aire croire que je l'étais, mais je suis bien aise 'Je vous déclarer dès le premier jour que je ne sortirai du corps des officiers que lorsque vous nie porterez en terre; et celui d'entre vous qui voudra savoir à quoi s'en tenir me trouvera toujours prit à lui répondre. »
Il se lassa toutefois de ces avanies, auxquelles tout son talent de h relieur n'aurait pas sufli. Ses parents qui avaient vu d'un mauvais u/ÎI MB départ pour l'École militaire, le suppliaient J* revenir à Angers. Une charge d'avocat du r étant devenue vacante au présidial de cette ville l'artilleur CEioudieu s'en rendit acquéreur et ajùB* ■ l'épée pour la tope «. Les électeurs du département de Maine-et-Loire l'envoyèrent en 1"91 ' l'Assemblée législative et, en 1792, à la Conven lion. Ne pouvant faire la guerre avec un panach de général, il la fit avec une écharpe de député,
« Le nouvel ordre de choses me trouva bien préparé. Dégoûté de l'état militaire par la pré somptueuse arrogance des nobles, rebuté par lî morgue et la vieille routine des magistrats, j'em brassai le parti de la Révolution avec enthousiasme, et pour des raisons toutes morales. Je I' servie avec dévouement. »
11 la servit surtout en plein air, sabre au poing le manteau en trousse et les pistolets aux arçons Ce provincial, transplanté à Paris, ce duelliste,
réduit à des assauts de rhétorique, respira, le jour
ovi \in décret de la Convention le délégua, en
qualité de commissaire, au quartier général de
l'armée de l'Ouest, chargée d'opérer contre les
Chouans.
C'était une mission très difficile. Le plus malaisé, d'abord, c'était de trouver le « quartier général » de cette armée, qui passa par tant de fortunes diverses, sous tant de commandements successifs.
Rien n'était organisé. Personne n'était à sa place. On ne savait pas qui devait commander ni qui devait obéir. A proprement parler, il n'y avait pas, en Vendée, de corps expéditionnaire. Les gardes nationales allaient, venaient et surtout se sauvaient, selon leur plaisir ou leur inspiration. C'était le comble de la confusion et de fanarchie. Les municipalités et les directoires des départements étaient affolés. On ne savait par quel bout commencer cette guerre de brigands. Le général de la Bourdonnaye à Rennes, le général de Berruyer à Niort, le général de AVimpffen à Saint-Lô, le maréchal de camp Beaufranchet d'Ayat, à Tours, n'essayaient même pas de concerter leurs efforts. Ces généraux s'accordaient mal entre eux et prétendaient mener les affaires chacun à sa guise. Un administrateur civil, muni de pouvoirs officiels, Mercier du Rocher, ne put arriver à s'entendre avec Ber-
ruycr, qui était brave, mais d'humeur bougonne, et qui même en campagne, ne voulait rien changer à ses habitudes. Cet administrateur civil eut le tort de se présenter à l'auberge du Cheval- Blanc, à Angers, juste au moment où le général mettait son bonnet de nuit. Il fut reçu comme un chien dans un jeu de quilles, malgré la présence du représentant Richard et du chef d'étatmajor Menou. Le général, sa chandelle à la main, daigna pourtant grogner quelque chose, où l'administrateur comprit ceci :
« J'ai demandé six fois à d'Ayat de me transmettre l'effectif de son armée. Il ne m'a pas répondu! »
Quelques jours après, l'administrateur Mercier était à Fontenay, et rendait compte à d'Ayat de sa conversation avec Iierruyer.
« Berruyer! s'écria d'Ayat. Mais je lui ai envoyé six fois l'effectif de mes troupes. Il ne m'a pas seulement répondu ! »
Il était évidemment nécessaire de rétablir l'harmonie dans cet état-major désaccordé.
Mais, avant de procéder à la réforme urgente du personnel, les commissaires de la Convention devaient chercher à connaître la nature du pays qu'ensanglantaient les troubles, l'étendue de l'insurrection, les origines de la réaction cléricale.
L'ensemble des investigations entreprises par les représentants forma un véritable * service
dos renseignements » , grâce auquel le Comité de salut public put apercevoir, derrière le troupeau dos fanatiques et des hallucinés, les meneurs de la. chouannerie.
Choudieu ne se contentait pas d'écrire des rapports ou des proclamations. Il allait bravement au feu et demeurait à cheval, sans broncher, sous la mitraille. Il aurait pu, comme les c hommes sans peur » des batteries toulonnaises, sabler son écriture avec la poussière des boulets. A l'assaut de Saumur, il fut blessé d'un coup de biscaïen. Il s'est à peine souvenu de cette aventure. Il s'attache surtout, dans ses Mémoires, à célébrer les hauts faits de son collègue Bourbotte, qui fut (et ce n'est pas peu dire) aussi intrépide que lui.
On ne saurait croire à quel point la présence de ces héroïques « civils » au milieu de l'armée, réconfortait les courages et ranimait les volontés. Ils partageaient les privations, les fatigues et les dangers du soldat. Certes, ils n'eurent pas tous, sans exception, les vertus et les mérites requis par leur mission. Mais la plupart furent admirables d'endurance, de ténacité, d'enthousiasme guerrier, d'éloquence martiale. Le troupier français aime qu'on lui parle comme à un homme d'esprit ou de cœur. Les commissaires de la Convention savaient parler à l'armée française. Ils lui enseignaient, malgré le changement des institutions, des couleurs et des cocardes, les vertus hérédi-
taires de la nation. Ils lui prêchaient une religion sublime. Ils étaient, sur les champs de bataille, les missionnaires de la patrie et les apôtres de la liberté.
Oh ! que Raflet a bien compris ce culte et cette prédication, dans la page d'histoire que j'ai là sous les veux !
Des grenadiers en haillons s'assemblent pendant une halte, murmurent, réclament. Ils n'ont pas mangé depuis la veille. Ils n'ont pas de pain. Ils ont froid. Ils sont à peine vêtus. Ils sont las. Jamais de répit. Ils en ont assez, à la fin. Les poings se crispent. Les sourcils se froncent. Les yeux lancent de mauvais regards aux chefs. A travers les dents serrées, sous les moustaches tombantes, les paroles irritées vont venir, ces paroles qui courent de rang en rang, défile en file, sèment la révolte, allument la sédition... Déjà, quelques fusils sont tombés à terre, violemment jetés. Le commissaire de la Convention a vu cette srène. Vite, il est descendu de cheval, il a jeté les rênes à un planton, il s'avance à pied vers les mutins. II se campe devant eux, son feutre rejeté en arriére. Il les regarde dans les yeux, et il leur dit, moitié sérieux, moitié gai :
IV quoi vous plaignez-vous?... L'ennemi menace la Franco, vous vous élancez, il est foudroyé! Les peuples ^n»i«onl dans l'esclavage, ils vous tendent les bras, et vonv le? affranchissez du joug qui les opprime! Le drapeau
tricolore couvre de ses plis généreux les capitales conquises par vous! Et vous vous plaignez, quand il n'est pas un x«.ortel qui ne vous porte envie!
'emphase de ces discours était l'expression naturelle d'un sentiment héroïque. La vaillance est contagieuse. En ce temps de grandeur nationale et de triomphes merveilleux, l'enthousiasme lyrique des orateurs était d'accord avec le dévouement silencieux des simples.
Quant aux officiers, on en cite un seul qui voulut
se dérober par la violence au contrôle nécessaire
des représentants du peuple. Il s'appelait Dumou-
riez. Son nom était glorieux. Il fit arrêter, dans
son camp de Tournai, le ministre de la guerre et
quatre commissaires de la Convention. Aussitôt
renié par l'armée, abandonné par ses soldats, jeté
hors la loi par la réprobation publique, désavoué
par les généraux qui servaient sous ses ordres, il
s'enfuit sous les huées, au delà des frontières,
avec deux ou trois intrigants.
En revanche, combien de grands faits et de menues anecdotes pourraient attester l'entente patriotique des commissaires civils avec les meilleurs officiers des armées républicaines !
A Saumur, Bourbotte étant désarçonné, un jeune lieutenant de hussards saute à bas de son cheval en disant : Citoyen, il vaut mieux qiïun soldat comme moi soit fait prisonnier, qu'un représentant du peuple. « Alors, dit Choudieu, à qui nous devons
cette anecdote, un combat de générosité s'élève entre eux. Bourbotte répond : Si tu marc/tes à pied, je marcherai avec toi. Aussitôt, l'officier jette la bride sur le cou de son cheval et saut* lestement en croupe d'un capitaine (qui depuis a été aide de camp d'Augereau) nommé Richer. »
Cet officier, si respectueux de l'autorité civil*, s'appelait Marceau. Il passe ordinairement pour un bon militaire.
J'aimerais, si j'en avais le loisir, à montrer le général Hoche faisant la soupe, à son quartier général, avec le représentant Guezno, ce ban Guezno, si pauvre, si intègre, qu'il dut, pour rentrer à Paris, engager, à Etampes, sa médaille de représentant...
On croit aisément que l'institution des commissaires de la Convention aux armées fut une nouveauté révolutionnaire. C'est une erreur. Ici, comme en beaucoup d'autres cas, la Révolution no fit que continuer une tradition et reprendre uno coutume. Il y a des maximes de gouvernemont qui survivent à tous les régimes et qui s'imp,v*ont à tous les Etats. Il n'y a pas deux façons ,1 YMonir la concorde entre l'armée et le pouvoir î^nUl«» République ne pouvait pas, sanscompro- * , ;itv la sécurité publique et la défense nationale, .*—;.!, nwor aux états-majors, même s'ils n'eussent ^,x^mWs que d'excellents officiers, un pou-
"voir discrétionnaire, une liberté irresponsable, des crédits illimités. Cela était irrégulier. Cela était absurde. Cela ne s'était jamais vu, excepté dans les troubles politiques qui nous avaient valu des Ligues, des Frondes et autres effets de l'anarchie militaire. La République n'avait qu'à suivre, sur ce point, les leçons de la Royauté. En organisant le contrôle de l'armée et la surveillance du commandement, en exigeant le loyalisme des chefs et la discipline des troupes, en imposant à tous, du haut en bas de l'échelle, la stricte observance des règlements et des lois, la Convention imitait purement et simplement les ministres du roi Louis XIV.
Je n'ai pas le dessein d'introduire ici des considérations historiques qui dépasseraient le cadre de cette étude. On sait de quel ton M. de Louvois, ministre civil de la guerre, rabrouait les colonels et même les lieutenants-généraux qui oubliaient leur devoir ou qui négligeaient leur service. Tout le monde a lu, dans la correspondance de M me de Sévigné, l'algarade qu'il fit un jour, en public, à M. le colonel de Nogaret.
M. de Louvois n'eut pas la peine d'instituer les « commissaires à la conduite », les « prévôts et intendants de justice » , les conseillers et inspecteurs qui, par ordre du roi, accompagnaient les états-majors en campagne. C'était déjà fait. Le cardinal de Richelieu avait créé cet indispen-
sable contrôle et avait confié à des civils le soin de rétablir la discipline militaire. Mais M. de Louvois, instruit par l'exemple de son père, qui avait été intendant civil de l'armée d'Italie, se montra, plus que personne, rigoureux pour le désordre, difficile sur l'avancement, pointilleux sur la comptabilité.
11 serait aisé de montrer que l'empereur Napoléon, lui-môme (bien qu'il eût été apparemment le plus militaire de nos monarques) continua, par son ministre civil de « l'administration de la guerre », par son « directeur général des revues », par ses inspecteurs, et surtout par ses vérifications personnelles, le système de l'Ancien Régime et de la Révolution.
En somme, plus on regarde en détail l'histoire de France, mieux on voit l'harmonie, la suite et l'unité de l'ensemble. Si toutes nos époques de déchéance et de désarroi se ressemblent par les mômes caractères d'indiscipline et de confusion, il y a> d'autre part, comme une entente préalable entre tous les gouvernements, très divers, qui nous ont procuré la paix intérieure ou qui ont assuré la victoire à nos drapeaux. y w armée qui n'est point surveillée, contrôlée, j une armée perdue. Lisez les Mémoires du . n <^ral baron Thiébault. C'est une ample comédie liuittS dont ' es ac * es divers pourraient s'inti- ^ Y (JEU du maître. Quand l'empereur est
> ré sent, tout va bien. Mais, sitôt que le grand îornme a le dos tourné, la débandade commence. Chacun tire de son côté, agit pour son compte, cherche son avantage particulier. C'est la concurrence, la dispute, l'anarchie. On se chamaille en haut lieu. On se fait des niches ridicules, ou l'on se joue des tours pendables. Voilà bien du dégât, et c'est la France qui paye les pots cassés... « Hélas! dit notre auteur, c'est une passion très commune, que cette ardeur à sacrifier des rivaux pour se faire valoir. Et, sans trop fouiller ma mémoire, je pourrais mettre en scène des chefs gardant leurs troupes immobiles pour le seul plaisir de laisser battre un concurrent jalousé. C'est Ney, encombré d'artillerie et refusant quelques batteries à Soult qui, à Oporto, avait perdu toutes ses pièces; ce sont Dorsenne et Marmont ne négligeant aucune occasion de se nuire mutuellement; c'est Soult qui ne se porte pas à Santarem, afin d'empêcher Masséna de conquérir le Portugal d'où lui, Soult, avait été si honteusementchassé. Il semble que le harnais militaire soit plus propre qu'aucun autre à provoquer chez quiconque Je porte cette rage de gloire et cet entraînement à spéculer sur la défaite du rival... Il fait naître les jalousies et les compétitions... »
Le général Thiébault exagère évidemment. Si le quart de ce qu'il dit est vrai, c'est déjà trop. Cela prouve que même les plus renommés gêné-
roux peuvent cesser d'être utiles, s'ils sont lâchés «mi liberté. Napoléon ne peut pourtant pas fitm toujours lit pour rétablir le silence dans les rangs, imposer le respect de la discipline et. mettre tout le momie au pas. Avant l'Empereur, c'est ce que faisaient les commissaires de la Convention, rudes hommes, qui avaient essayé, jusque sous les balles, de maintenir l'unité du commandement, l'obéissance aux lois, la subordination de toutes les rivalités personnelles à l'intérêt sacré de In patrie. Ils avaient, par ce moyen, accoutumé à la victoire les drapeaux, tout neufs, de la B blïque une et indivisible...
Hélas! l'étoile devait pâlir. A qui la faute! Si nous en croyons les Mémoires d'un autre général, nommé Fanlin des Odoards, ce n'est pas à l'Empereur qu'on doit reprocher cette éclipse.
Dans la nuit du 30 septembre 1813, le major Fantin, commandant par intérim le 17" régiment d'infanterie, était posté à petite distance des feus de l'ennemi, dans la vallée de Kulm, en Bohême. Vers minuit, sur le rapport d'une patrouille, il met l'oreille contre terre. Il s'assure que colonnes sont en mouvement, qu'une nombreuse artillerie les accompagne... Vite, il court vers la tente du général en chef, comte Vandamme. Le général dort. La consigne est de ronfler. Le major insiste.
— Mon général!
— Quoi? C'est encore vous? Toujours vous!
— L'ennemi est en marche!
— Vous m'em... bêtez!
— J'ai un rapport!
— Rapport inexact!
— Mon général, l'ennemi est en marche!
— En marche? Peut-être!... Pour fuir! Demain, je l'anéantis! Ah çà! Avez-vous bientôt fini de rn'empêcher de dormir?
Et le général comte Vandamme, « ne voulant rien savoir », se renfonça sous ses couvertures.
Le lendemain, Son Excellence le général en chef, comte Vandamme, était prisonnier des Autrichiens. Et tout son corps d'armée était pris dans une souricière, sauf le régiment du major Fantin, qui put s'échapper.
Ce pauvre Vandamme était un bon soldat. Il avait prodigué cent fois les preuves de sa bravoure. Mais il commençait à être fourbu. Comte dp l'empire, très décoré, très riche, il aspirait à la vie sédentaire. Il aimait ses aises. Les heures de ses repas étaient sacrées et le temps de son sommeil était inviolable.
Hélas ! les généraux ne devraient pas vieillir.
Il faut, avant de descendre l'histoire du siècle jusqu'au Désastre, et afin d'en bien comprendre les origines lointaines, feuilleter une liasse de lettres, qui furent adressées au maréchal de
Castellane par quelques officiers de notre armée d'Afrique.
Le capitaine Cler écrivait de Gherchell, le 1 er juillet! 842 :
La discipline est 1res relâchée, l'instruction militaire est presque nulle... On part du bivouac sans savoir ce que Ton doit faire; chaque chef de corps, en cas d'attaque, peut agir comme bon lui semble, car le général et les chefs de colonne se tiennent à la tèle et s'occupent peu de ce qui se passe derrière eux... J'ai vu des officiers supérieurs, ayant dix ans d'Afrique, agir en no vices et faire tuer ou blesser des hommes là où, avec la moindre prudence, on pouvait éviter le combat et faire ensuite une retraite sans danger.
Quelquefois ce sont les célébrités de l'armée qui, bénévolement, cherchent à faire blesser des hommes pour avoir l'occasion de faire de pompeux bulletins avec quelques misérables tirailleries d'arrière-garde. L'exagération, je dirai plus, le mensonge sont à Tordre du jour; chacun cherche à se faire passer pour un grand vainqueur, et on dirait que le but de la guerre n'est pas de forcer les Arabes à demander la paix, mais bien de faire gagner à quelques protégés des croix et de nouveaux grades.
Le lieutenant-colonel Forey, au camp de Kouba, le 3 mars 18i3, s'exprimait ainsi :
De la tète à la queue, Ton court après le bâton de maréchal, après les étoiles ou après les épaulcttes, et Ton cache son ambition sous un semblant de sentiment du devoir.
Combien il y aurait à dire contre cette ambition démesurée de quelques intrigants!
Le lieutenant-colonel Dumontet n'est pas moins indigné. Il écrit de Sétif, le 9 septembre 18 iS :
... Trop de gens repoussent la lumière, les uns parce que Terreur convient à leur intérêt, les autres parce qu'elle
plaît à leur crédulité. C'est chose extraordinaire comme cette dernière classe est nombreuse, avec quelle foi profonde elle accueille tous les contes bleus, toutes les billevesées qu'on lui débite sur celte malheureuse colonie ; avec quelle naïve confiance elle croit sur parole tous ces faiseurs de bulletins mensongers qui se proclament de grands hommes pour avoir brûlé des récoltes, traqué et enlevé de malheureuses populations sans défense, qui font des batailles d'Austerlitz avec de puérils combats...
Les doléances du commandant Lenoble sont plus précises :
Un de mes soldats, criant la faim depuis trois mois, s'est brûlé la cervelle au bivouac de Boghar. Chacun reconnaît que les hommes n'ont pas assez de leurs vivres et personne n'y remédie; c'est bien surprenant.
Mêmes plaintes chez le colonel Le Flô :
... Il aurait fallu un plan, un système, une seule idée arrêtée au moins, et voilà ce qui manque malheureusement, et pour l'honneur de la France et pour l'honneur d'une armée, réduite, malgré ses qualités, malgré son courage et son dévouement, à un excès de misère que nul, sans doute, en dehors d'elle, ne soupçonne... Un pareil état n'a pas besoin d'être commenté. Tout y est en péril évidemment, la discipline, la police, l'administration, l'esprit de corps, toutes les choses enfin qui constituent un régiment ou une armée et dont l'absence doitamencr laruine.
Le colonel de Mirbeck s'écrie :
La discipline est perdue... Si cela continue, il n'y a plus d'armée possible.
Enfin, le brave colonel Canrobert dit mélancoliquement :
Si MM. le maréchal Bugeaud et le général de Lamoricière
ruycr, qui était brave, mais d'humeur bougonne, et qui même en campagne, ne voulait rien changer à ses habitudes. Cet administrateur civil eut le tort de se présenter à l'auberge du Cheval- Blanc, à Angers, juste au moment où le général mettait son bonnet de nuit. Il fut reçu comme un chien dans un jeu de quilles, malgré la présence du représentant Richard et du chef d'étatmajor Menou. Le général, sa chandelle à la main, daigna pourtant grogner quelque chose, où l'administrateur comprit ceci :
« J'ai demandé six fois à d'Ayat de me transmettre l'effectif de son armée. Il ne m'a pas répondu! »
Quelques jours après, l'administrateur Mercier était à Fontenay, et rendait compte à d'Ayat de sa conversation avec Iierruyer.
« Berruyer! s'écria d'Ayat. Mais je lui ai envoyé six fois l'effectif de mes troupes. Il ne m'a pas seulement répondu! »
Il était évidemment nécessaire de rétablir l'harmonie dans cet état-major désaccordé.
Mais, avant de procéder à la réforme urgente du personnel, les commissaires de la Convention devaient chercher à connaître la nature du pays qu'ensanglantaient les troubles, l'étendue de l'insurrection, les origines de la réaction cléricale.
L'ensemble des investigations entreprises par les représentants forma un véritable * service
l'armée du second empire 305
autrement? En ce temps-là, on n'encourageait pas les militaires à travailler. Le café devenait, pour ainsi dire, le domicile légal des pantalons rouges.
Le lieutenant-colonel Rousset indique du reste, que V armée impériale n'était pas composée uniquement de piliers de café. On y trouvait aussi le type du bon sujet. Celui-là, c'était l'officier (Tétat-major, le fils de famille, riche, apparenté, recommandé. « Un nouveau fléau, dit le général Thournas (cité et approuvé par M. Rousset), un nouveau fléau s'était abattu sur l'armée : la recommandation. Et tandis que tous les fléaux sont passagers, comme la peste, le choléra, le vol des sauterelles, la recommandation a persisté ainsi qu'un mal chronique, destiné à tuer le malade si l'on ne prend pas des mesures énergiques pour tuer le mal. »
C'est ainsi qu'on a pu voir des capitaines, immobilisés, éternisés dans les bureaux des ministères, dans les antichambres des généraux, dans les salons des a générales », devenir incapables de mener une compagnie à la parade. Un nouveau type s'est ajouté à la collection de nos mandarins : le bureaucrate galonné, le scribe à aiguillettes, raide sur son rond de cuir comme sur un cheval de bataille, mille fois plus gourmé, plus taquin, plus soupçonneux, plus insupportable que le gratte-papier en manches de lustrine.
Et peu à peu se formait, sous le second empire cette chose étrange, absurde, incompréhensible une armée où le corps d'officiers a perdu le eon tact avec la troupe; — où les chefs, ordinaire ment absents des casernes, abandonnent tout police, toute responsabilité à la fantaisie i serments; — où chacun se débrouille pour !
propre compte; — où personne ne veut n savoir du voisin; — où tous les échelons de li hiérarchie sont envahis par l'indiscipline n — où la carotte en bas et le piston en haut son parfois les meilleurs moyens de se tirer d'affaire ou de parvenir.
Les armées atteintes par ce mal intérieur ont beau défiler dans les revues coûteuses, s'agiter dans des manœuvres théâtrales, traîner à leur suite des mitrailleuses perfectionnées, ou brûler aux moineaux des poudres inouïes : elles sonl vaincues d'avance par l'esprit d'organisation, d discipline et de prévoyance, qui aura, de plus en plus, le dernier mot sur tous les champs Je bataille de la vie moderne.
Ce mal, dont nous avons tant souffert, le lieutenant-colonel Bousset l'appelle la décadence f fessionnelte. « J'ai cherché, dit-il, à montrer com ment nos premiers désastres ont été la conséquent immédiate et fatale, non pas, comme on l'a trop souvent, de notre insuffisance numérique mais bien plutôt de celte décadence jwofession-
voir discrétionnaire, une liberté irresponsable, des crédits illimités. Gela était irrégulier. Cela était absurde. Gela ne s'était jamais vu, excepté dans les troubles politiques qui nous avaient valu des Ligues, des Frondes et autres effets de l'anarchie militaire. La République n'avait qu'à suivre, sur ce point, les leçons de la Royauté. En organisant le contrôle de l'armée et la surveillance du commandement, en exigeant le loyalisme des chefs et la discipline des troupes, en imposant à tous, du haut en bas de l'échelle, la stricte observance des règlements et des lois, la Convention imitait purement et simplement les ministres du roi Louis XIV.
Je n'ai pas le dessein d'introduire ici des considérations historiques qui dépasseraient le cadre de cette étude. On sait de quel ton M. de Louvois, ministre civil de la guerre, rabrouait les colonels et même les lieutenants-généraux qui oubliaient leur devoir ou qui négligeaient leur service. Tout le monde a lu, dans la correspondance de M 1 " 9 de Sévigné, l'algarade qu'il fit un jour, en public, à M. le colonel de Nogaret.
M. de Louvois n'eut pas la peine d'instituer les « commissaires à la conduite », les « prévôts et intendants de justice », les conseillers et inspecteurs qui, par ordre du roi, accompagnaient les états-majors en campagne. C'était nYjà fait. Le cardinal de Richelieu avait créé cet imlispen-
cette anecdote, un combat de générosité s* élève entre eux. Bourbotte répond : Si lu marches à pied, je marcherai avec toi. Aussitôt, l'officier jette la bride sur le cou de son cheval et saut 4 lestement en croupe d'un capitaine (qui depuis a été aide de camp d'Augereau) nommé Richer. »
Cet officier, si respectueux de l'autorité civile, s'appelait Marceau. Il passe ordinairement pour un bon militaire.
J'aimerais, si j'en avais le loisir, à montrer le général Hoche faisant la soupe, à son quartier général, avec le représentant Guezno, ce bon Guezno, si pauvre, si intègre, qu'il dut, pour rentrer à Paris, engager, à Étampes, sa médaille de représentant...
• On croit aisément que l'institution des commissaires de la Convention aux armées fut une nouveauté révolutionnaire. C'est une erreur. Ici, comme en beaucoup d'autres cas, la Révolution no fit que continuer une tradition et reprendre une coutume. Il y a des maximes de gouvernement qui survivent à tous les régimes et qui s'imposent à tous les États. Il n'y a pas deux façons d'obtenir la concorde entre l'armée et le pouvoir légal. La République ne pouvait pas, sans compromettre la sécurité publique et la défense nationale, abandonner aux états-majors, môme s'ils n'eussent été composés que d'excellents officiers, un pou-
voir discrétionnaire, une liberté irresponsable, des crédits illimités. Cela était irrégulier. Cela était absurde. Cela ne s'était jamais vu, excepté dans les troubles politiques qui nous avaient valu des Ligues, des Frondes et autres effets de l'anarchie militaire. La République n'avait qu'à suivre, sur ce point, les leçons de la Royauté. En organisant le contrôle de l'armée et la surveillance du commandement, en exigeant le loyalisme des chefs et la discipline des troupes, en imposant à tous, du haut en bas de l'échelle, la stricte observance des règlements et des lois, la Convention imitait purement et simplement les ministres du roi Louis XIV.
Je n'ai pas le dessein d'introduire ici des considérations historiques qui dépasseraient le cadre de cette étude. On sait de quel ton M. de Louvois, ministre civil de la guerre, rabrouait les colonels et même les lieutenants-généraux qui oubliaient leur devoir ou qui négligeaient leur service. Tout le monde a lu, dans la correspondance de M me de Sévigné, l'algarade qu'il fit un jour, en public, à M. le colonel de Nogaret.
M. de Louvois n'eut pas la peine d'instituer les « commissaires à la conduite », les « prévôts et intendants de justice », les conseillers et inspecteurs qui, par ordre du roi, accompagnaient les états-majors en campagne. C'était déjà fait. Le cardinal de Richelieu avait créé cet indispen-
présent, tout va bien. Mais, sitôt que le grand homme a le dos tourné, la débandade commence. Chacun tire de son côté, agit pour son compte, cherche son avantage particulier. C'est la concurrence, la dispute, l'anarchie. On se chamaille en haut lieu. On se fait des niches ridicules, ou l'on se joue des tours pendables. Voilà bien du dégât, et c'est la France qui paye les pots cassés... « Hélas! dit notre auteur, c'est une passion très commune, que cette ardeur à sacrifier des -ivaux pour se faire valoir. Et, sans trop fouiller Tia mémoire, je pourrais mettre en scène des îhefs gardant leurs troupes immobiles pour le ieul plaisir de laisser battre un concurrent jalousé. Test Ney, encombré d'artillerie et refusant quelles batteries à Soult qui, à Oporto, avait perdu outes ses pièces; ce sont Dorsenne et Marmont ie négligeant aucune occasion de se nuire mutuel- 3ment; c'est Soult qui ne se porte pas à Sangtrem, afin d'empêcher Masséna de conquérir le 'ortugal d'où lui, Soult, avait été si honteuselent chassé. Il semble que le harnais militaire soit lus propre qu'aucun autre à provoquer chez quionque Je porte cette rage de gloire et cet entraîement à spéculer sur la défaite du rival... Il fait aître les jalousies et les compétitions... »
Le général Thiébault exagère évidemment. Si î quart de ce qu'il dit est vrai, c'est déjà trop, iela prouve que même les plus renommés gêné-
réduit à des assauts de rhétorique, respira, le jour où un décret de la Convention le délégua, en qualité de commissaire, au quartier général de l'armée de l'Ouest, chargée d'opérer contre les Chouans.
C'était une mission très difficile. Le plus malaisé, d'abord, c'était de trouver le « quartier général » de cette armée, qui passa par tant de fortunes diverses, sous tant de commandements successifs.
Rien n'était organisé. Personne n'était à sa place. On ne savait pas qui devait commander ni qui devait obéir. A proprement parler, il n'y avait pas, en Vendée, de corps expéditionnaire. Les gardes nationales allaient, venaient et surtout se sauvaient, selon leur plaisir ou leur inspiration. C'était le comble de la confusion et de Tanarchie. Les municipalités et les directoires des départements étaient afTolés. On ne savait par quel bout commencer celte guerre de brigands. Le général de la Bourdonnaye à Hennés, le général de Berruyer à Niort, le général de Wimpfl'en à Saint-Lô, le maréchal de camp Beaufranchet d'Ayat, à Tours, n'essayaient même pas de concerter leurs efforts. Ces généraux s'accordaient mal entre eux et prétendaient mener les affaires chacun à sa guise. Un administrateur civil, muni de pouvoirs officiels, Mercier du Rocher, ne put arriver à s'entendre avec Ber-
<li
embarqués se trouvaient des chanteurs, un diseur de monologues, et même un sergent poète. »
En passant par le travers de Malte, Lentonnet, amoureux de gloire, regretta de ne « rien voir ou presque rien de cette île fameuse enlever Bonaparte lorsqu'il cinglait avec son armée vers l'Egypte ».
Le 1 avril, l'aumônier du bord crut devoir prononcer, sur la dunette, un sermon où « il n'était question que des sacrements et de la sujnlrioritf du catholicisme ». Lentonnet s'amusa de cette homélie, attendu que, * parmi les soldats embarqués, huit cents au moins étaient musulmans >■
Le 21 avril, on fit chanter des cantiques aux sapeurs du génie et aux tirailleurs français. Un tirailleur indigène servait la messe.
Le 23 avril, on aperçut, à l'horizon, une colline couverte de manguiers, et un fortin. C'était Majunga.
Aussitôt après son débarquement sur la terre malgache, au milieu des bivouacs de la brigade MeUînger, Lentonnet écrivît sur son carnet la note suivante :
Conversation avec le colonel Oudri, qui a reçu les il mictions du général Melzingcr.
Première impression : étonnement du désarroi, d" manque d'organisation qui se manifeste un peu partouL.
Ce jour-là, le brave Lentonnet, après avoir diné a d'un morceau de viande froide arrosé
des renseignements », grâce auquel le Comité de salut public put apercevoir, derrière le troupeau des fanatiques et des hallucinés, les meneurs de la chouannerie.
Choudieu ne se contentait pas d'écrire des rapports ou des proclamations. Il allait bravement au feu et demeurait à cheval, sans broncher, sous la mitraille. Il aurait pu, comme les « hommes sans peur » des batteries toulonnaises, sabler son écriture avec la poussière des boulets. A l'assaut de Saumur, il fut blessé d'un coup de biscaïen. Il s'est à peine souvenu de cette aventure. Il s'attache surtout, dans ses Mémoires, à célébrer les hauts faits de son collègue Bourbotte, qui fut (et ce n'est pas peu dire) aussi intrépide que lui.
On ne saurait croire à quel point la présence de ces héroïques c civils » au milieu de Tannée, réconfortait les courages et ranimait les volontés* Us partageaient les privations, les fatigues et les dangers du soldat. Certes, ils n'eurent pas tous, sans exception, les vertus et les mérites requis par leur mission. Mais la plupart furent admirables d'endurance, de ténacité, d'enthousiasme guerrier, d'éloquence martiale. Le troupier français aime qu'on lui parle comme à un homme d'esprit ou de cœur. Les commissaires de la Convention savaient parler à l'armée française. Ils lui enseignaient, malgré le changement des institutions, des couleurs et des cocardes, les vertus hérédi-
êtr
A une heure du malin, n'ayant pas encore reçu lente, je m'enveloppe dans mon caoutchouc, la tète d; le capuchon, et je m'étends, de même que la ve "" belle étoile.
Il n'est pas indifférent de rappeler ici que les voyageurs avaient (racé, depuis longtemps, l'itinéraire de Majiinga à ïananarive. Ils avaien indiqué tes passades guéahles, les cases où l'oi pouvait gîter, les ruisseaux, les sentiers, k traversées en pirogues. M. Louis Catat, notamment, qui fut. envoyé à Madagascar par le ministère de l'Instruction publique en 1889, ri B Grosclaude ne mirent pas beaucoup de temps à franchir, sans difficultés, les fi kilomètres où I 1 malheureux Lentonnet fut forcé de pataugera l'aveuglette.
Le lendemain, 20 avril, après une a nuil dure et courte », le réveil sonne « avant le lever I jour ».
Pas de cale. Les hommes sont fatigués avant de faire pas; ils ont mal dormi... Le bataillon se met en marche sans entrain... Plusieurs tirailleurs tombent, comme foudroyés par la chaleur...
Le 29 avril, le chef d'état-major de la brigade pêche à la cuillère dans les lagunes et prend très beau poisson. Il est « roi de la pèche ».
La bonne humeur de Lentonnet allait peut être, malgré ces intermèdes, céder au spleen
tricolore couvre de ses plis généreux les capitales conquises par vous! Et vous vous plaignez, quand il n'est pas un mortel qui ne vous porte envie !
L'emphase de ces discours était l'expression naturelle d'un sentiment héroïque. La vaillance est contagieuse. En ce temps de grandeur nationale et de triomphes merveilleux, l'enthousiasme lyrique des orateurs était d'accord avec le dévouement silencieux des simples.
Quant aux officiers, on en cite un seul qui voulut se dérober par la violence au contrôle nécessaire des représentants du peuple. Il s'appelait Dumouriez. Son nom était glorieux. Il fit arrêter, dans son camp de Tournai, le ministre de la guerre et quatre commissaires de la Convention. Aussitôt renié par l'armée, abandonné par ses soldats, jeté hors la loi par la réprobation publique, désavoué par les généraux qui servaient sous ses ordres, il s'enfuit sous les huées, au delà des frontières, avec deux ou trois intrigants.
En revanche, combien de grands faits et de menues anecdotes pourraient attester l'entente patriotique des commissaires civils avec les meilleurs officiers des armées républicaines!
A Saumur, Bourbotte étant désarçonné, un jeune lieutenant de hussards saute à bas de son cheval en disant : Citoyen, il vaut mieux quun soldat comme moi soit fait prisonnier, qiiun représentant du peuple. « Alors, ditChoudieu, à qui nous devons
administratif de l'ancien régime aurait appelé un « officier civil ». Il n'a point l'uniforme d'un corps, ni le numéro d'un régiment, ni les épaulettes ou les broderies d'un grade. Il porte le chapeau des représentants du peuple, retroussé par devant, avec la cocarde tricolore et le panache rouge, blanc et bleu. Cependant, il est à cheval. Il sait chevaucher par monts et par vaux. Ce « législateur » n'est pas dépaysé en rase campagne. Tels, ces consuls romains, qui étaient toujours prêts à quitter la chaise curule et la toge pour chausser l'éperon et revêtir le manteau militaire. Ce conventionnel est armé d'un sabre, et personne ne trouve cela ridicule, car il sait s'en servir. Il est impassible sous les balles. Au besoin, il frappe d'estoc et de taille. Il charge à la baïonnette. Il fait le coup de feu. C'est le commissaire de la Convention aux armées. C'est Carnot et Duquesnoy, auprès du général Jourdan, à l'armée du Nord. C'est Merlin de Thionville, auprès du général Kléber, à l'armée du Rhin. C'est Dubois- Crancé, auprès du général Dumerbion et du commandant Bonaparte, à l'armée des Alpes. C'est Fabre (de l'Hérault) qui fut tué. C'est Delbrel, auprès du général Dugommier et du général Augereau, Delbrel qui, selon le rapport d'un témoin oculaire, « accourait partout où le danger sévissait et traversait à dessein avec ses éclatants insignes, les passages où la terre fumait sous les
balles ». L'album de Raffet pourrait illustrer les onze volumes que M. Arthur Chuquet a consacrés aux Guerres de la Révolution. Il serait aisé d'en tirer aussi quelques images pour égayer les Pacifications de l'Ouest, racontées par M. Ch.-L. Chassin, et les Mémoires de Choudieu, récemment publiés. Regardons un peu ce Choudieu. II est représentatif d'un temps et d'un système.
Pierre Choudieu, natif d'Angers, appartenait à une famille de robe, et fut élevé dans la pratique de toutes les vertus bourgeoises. Mais les a vertus bourgeoises », à la tin du siècle dernier, ne consistaient pas seulement dans les mérites négatifs et insignifiants dont les mères de famille et les jeunes filles à marier font aujourd'hui tant de cas. Le Tiers-État, émancipé de la tutelle du clergé, peu intimidé par l'arrogance des nobles, avait déjà le verbe haut, la main prompte, le geste vif et, comme on dit, la tête près du bonnet. On comprendrait mal l'humeur batailleuse de la Convention, si l'on oubliait que les avocats de cette assemblée étaient, presque tous, aussi bons cavaliers, aussi rudes escrimeurs, aussi passionnément militaires que les gentilshommes, plus ou moins campagnards, de leurs diverses provinces. Plusieurs d'entre eux auraient voulu être soldats et ne l'avaient pu, à cause des ordonnances par lesquelles le marquis de Ségur, ministre de la
guerre, ferma aux vertus roturières l'accès de l'armée.
Choudieu, dès sa plus tendre jeunesse, mit flamberge au vent contre un lieutenant de chevaulégers avec lequel il s'était querellé devant les plus jolies filles d'Angers. Ce petit-maître refusant de se battre avec un vilain, le romanesque Choudieu l'y contraignit par une volée de coups de canne.
La place de cet impétueux Angevin n'était pas (surtout après une pareille équipée) au Palais de justice ou dans une étude d'avoué. Volontiers, il eût chanté, à gorge déployée, l'air fameux :
Ah! quel plaisir d'ôtre soldat!
Mais, si l'on ne prouvait pas au moins quatre quartiers de noblesse, par devant M. d'Hozier de Sérigny, généalogiste et historiographe des ordres du roi, on n'était pas admis à endosser l'uniforme quasiment prussien que les costumiers du ministère venaient d'infliger aux officiers français. Le règlement de 1781 était formel. En ce temps-là, un racoleur enrôla dans les gardes françaises un beau garçon, nommé Hoche, en lui disant :
« Avec de la bonne conduite, mon vieux, tu passeras peut-être sergent! » Le sieur Jourdan, officier des guerres d'Amérique, n'avait pu obtenir un emploi de son grade dans l'armée française, et vivait, & Limoges, d'un petit commerce de
îercerie. Le grand artilleur Sénarmont, le héros e Friedland, ne fut pas jugé digne d'une bourse l'École militaire de Vendôme.
Cependant Choudieu rapporte, dans ses Mèwtres, qu' « on était un peu moins difficile pour admission dans l'artillerie, parce qu'il fallait es études préliminaires auxquelles beaucoup e nobles dédaignaient de s'assujettir ».
Le père de Choudieu n'était pas assez riche our s'anoblir en achetant une charge à la h ambre des comptes de Nantes ou à la trésorerie e Tours. Mais il avait été jadis quelque peu offiier au régiment de Royal-Cravate et possédait ne bicoque à girouette, aux environs d'Angers. )n exhuma ce vieux souvenir, on exhiba ce auvre manoir pour « éluder l'ordonnance ». Les rincipaux seigneurs de l'Anjou attestèrent, par crit, que Choudieu le père « vivait noblement » . )e cette façon, Choudieu le fils fut reçu à l'École nilitaire de Metz. Il eût peut-être fait une brilante carrière dans ce corps royal de l'artillerie >ù Bonaparte trouva le chemin de l'empire, si 'orgueil des officiers nobles ne l'avait pas dégoûté le son métier. Il était pourtant animé de la meileure volonté. Un de ses camarades s'étant permis le dire, à table, que « des individus s'étaient jlissés dans l'armée et qu'on saurait bien les en
aire sortir », il répondit : « Je dois prendre cette ipostrophe pour moi, puisque je ne suis pas
LE MALAISE DE LA fcEMOCRATIB. |9
10 août. — Cinq kilomètres à gravir presque à voitures Lelebvre n'avancent plus; elles roulent en arrière quelques-unes dans le ravin. Mes hommes doivent s" leler, pousser aux roues. Je calcule qu'aujourd'hui le si vice de chacun de ces odieux véhicules réclame soixan hommes! Enfin, après des efforts inouïs, le convoi r, vient au sommet.
10 août. — A cette corvée de roule vient s'en ajoute une autre vraiment lugubre. Vingt hommes de mo bataillon sont commandes pour aller creuser des fosses, afin d'y enterrer les morts.
Le nombre des victimes devient effrayant. Malgré 1 fatigues, malgré la maladie, pas de repos.
iiJ iun'il. — <> ninlhi'uiviix -lw. compilé de ji'imus su dais, a été presque entièrement anéanli. C'est épouvao table ! Il n'a cependant pas encore combattu.
23 août. — L'ambulance est installée à la diable... certains posles de l'arrière, des malades restent i médecin... Le matériel d'ambulauce manque partout, qui incombe la responsabilité de cela?
Continuons notre lecture :
26 août. — Les caisses, do biscuit ou de pain de guerr arrivent moisies.
3 septembre. — Pauvres petits soldats* Les officiers 200* sont navrés, chaque jour les débris du régiment lais scnl en route des malades et des cadavres. Le commandant de Franclieu nu se console pas de la perte de infortunés conscrits.
Il septembre. — Singulier ordre aujourd'hui :
L'ambulance étant encombrée, les corps ne doivent envoyer aucun malade qu'eu cas d'urgenci; absolue. Traduction libre : aucun homme ne recevra plus de soins que lorsqu'il sera moribond.
L'effet produit est lamentable.
Ce n'est pas Uni :
21 septembre. — Les suicides dcvienncnlde plus en plus
uit à des assauts de rhétorique, respira, le jour un décret de la Convention le délégua, en
alité de commissaire, au quartier général de
.rmée de l'Ouest, chargée d'opérer contre les
nouans.
C'était une mission très difficile. Le plus malisé, d'abord, c'était de trouver le « quartier énéral » de cette armée, qui passa par tant de ortunes diverses, sous tant de commandements uccessifs.
Rien n'était organisé. Personne n'était à sa dace. On ne savait pas qui devait commander îi qui devait obéir. A proprement parler, il n'y ivait pas, en Vendée, de corps expéditionnaire, ^es gardes nationales allaient, venaient et surout se sauvaient, selon leur plaisir ou leur insûration. C'était le comble de la confusion et de 'anarchie. Les municipalités et les directoires les départements étaient affolés. On ne savait >ar quel bout commencer cette guerre de brigands. Le général de la Bourdonnaye à Rennes, e général de Berruyer à Niort, le général de A 7 impffen à Saint-Lô, le maréchal de camp Beauranchet d'Àyat, à Tours, n'essayaient même pas le concerter leurs efforts. Ces généraux s'accorlaient mal entre eux et prétendaient mener les tffaires chacun à sa guise. Un administrateur ;ivil, muni de pouvoirs officiels, Mercier du clocher, ne put arriver à s'entendre avec Ber-
sa rude Bnveloppe, îles tendresses infinies. Sou vent ses yeux clairs et francs, si terribles et 8 bons, donnèrent des larmes à des infortunes obs cures. Plus d'une fois, sous sa vieille moustach grise, le * père Letitonnet », comme l'appelai affectueusement les zouaves, sut trouver, en effe des paroles paternelles, dont la douceur consola dans la brousse, l'agonie des pauvres enfants il France, morts de fatigue, de faim, de fièvre ( d'abandon, loin de l'ennemi.
Il les aimait. Il leur ressemblait. Il avai comme eux, la tristesse courte, la résignalio facile, l'amour endiablé des entreprises glorieuse et des belles actions. La moindre aubaine, une reconnaissance périlleuse à diriger, une position à enlever au pas de charge, suffisait à lui rendre son entrain. Une bataille, une vraie bataille h aurait fait oublier, ainsi qu'aux braves gens de si troupe, toutes les peines endurées, toutes les privations subies, tous les maux soufferts. Dans les rares occasions où il put brûler de la poudre bous le nez des Hovas, il se réjouissait de * les chasseurs du 40°, « de très jeunes soldats, i vrais et bons Français, entraînés par la charge comme aux beaux jours des grandes guerres >
La République française a perdu, dans I campagne de Madagascar, 5756 de ses meilleurs soldats. C'est le chiffre avoué officiellement p» r les bureaux.
s renseignements », grâce auquel le Comité de
lut public put apercevoir, derrière le troupeau îs fanatiques et des hallucinés, les meneurs de
chouannerie.
Choudieu ne se contentait pas d'écrire des raports ou des proclamations. Il allait bravement au m et demeurait à cheval, sans broncher, sous la îitraille. Il aurait pu, comme les « hommes sans eur » des batteries toulonnaises, sabler son écriîre avec la poussière des boulets. A l'assaut de aumur, il fut blessé d'un coup de biscaïen. Il est à peine souvenu de cette aventure. Il s'at- Lche surtout, dans ses Mémoires, à célébrer les auts faits de son collègue Bourbotte, qui fut (et 3 n'est pas peu dire) aussi intrépide que lui.
On ne saurait croire à quel point la présence de es héroïques « civils » au milieu de l'armée, ^confortait les courages et ranimait les volontés. is partageaient les privations, les fatigues et les angers du soldat. Certes, ils n'eurent pas tous, ins exception, les vertus et les mérites requis par mr mission. Mais la plupart furent admirables 'endurance, de ténacité, d'enthousiasme guerier, d'éloquence martiale. Le troupier français ime qu'on lui parle comme à un homme d'esprit u de cœur. Les commissaires de la Convention avaient parler à l'armée française. Ils lui enseinaient, malgré le changement des institutions, es couleurs et des cocardes, les vertus hérédi-
icolore couvre de ses plis généreux les capitales conquises r vous! Et vous vous plaignez, quand il n'est pas un Drtel qui ne vous porte envie !
L'emphase de ces discours était l'expression turelle d'un sentiment héroïque. La vaillance ; contagieuse. En ce temps de grandeur natiole et de triomphes merveilleux, l'enthousiasme ique des orateurs était d'accord avec le dévouent silencieux des simples.
}uant aux officiers, on en cite un seul qui voulut lérober par la violence au contrôle nécessaire représentants du peuple. Il s'appelait Dumou- :. Son nom était glorieux. Il fit arrêter, dans camp de Tournai, le ministre de la guerre et tre commissaires de la Convention. Aussitôt ié par l'armée, abandonné par ses soldats, jeté s la loi par la réprobation publique, désavoué les généraux qui servaient sous ses ordres, il fuit sous les huées, au delà des frontières, ; deux ou trois intrigants, n revanche, combien de grands faits et de ues anecdotes pourraient attester l'entente iotique des commissaires civils avec les meils officiers des armées républicaines!
Saumur, Bourbotte étant désarçonné, un jeune enant de hussards saute à bas de son cheval lisant : Citoyen, il vaut mieux quun soldat ne moi soit fait prisonnier, quun représentant euple. « Alors, ditChoudieu, à qui nous devons
El chacun — on peu s'en faul — y cherche dei arguments contre son prochain. Les bons citoyens qui voudraient être médiateurs et s'interpos entre les combattants, risquent de recevoir, en e moment, les malédictions des deux partis. Os pourtant à ces pacificateurs qu'appartiendra I. victoire finale.
La crise morale dont souffre la société français* effraye surtout ceux qui ne connaissent pa.
l'inépuisable ressource dont dispose notre tempe rament national,
t,e Français semble nu saule verdissant, Plus on le coupe, et plus il est naissant.
Il rejetonne en branches dnvnntnge, Et prend vigueur dans son propre dommage.
C'est ainsi que notre vieux poète Ronsard consolait, en son temps, de l'horreur des guerres civiles.
Nous devons, comme lui, avoir confiance dans l'indomptable vitalité de la nation française. Chacun de nous doit inaugurer, par un sincère effort de bon nationalisme, l'œuvre de salut pullii h laquelle toutes les honnes volontés sont conviées par la détresse présente.
Je crois qu'il n'est pas nécessaire, pour sauvi ce pays, que nous nous déguisions en Anglai ou en Allemands, en Norvégiens ou en Musses.
Sans tomber dans les préjugés puérils de ce qui voudraient construire, autour de notre pa
discrétionnaire, une liberté irresponsable, des its illimités. Cela était irrégulier. Cela était irde. Cela ne s'était jamais Vu, excepté dans roubles politiques qui nous avaient valu des les, des Frondes et autres effets de l'anarchie taire. La République n'avait qu'à suivre, sur :>int, les leçons de la Royauté. En organisant mtrôle de l'armée et la surveillance du com- Jement, en exigeant le loyalisme des chefs
discipline des troupes, en imposant à tous, aut en bas de l'échelle, la stricte observance règlements et des lois, la Convention imi- >urement et simplement les ministres du roi s XIV.
n'ai pas le dessein d'introduire ici des conations historiques qui dépasseraient le cadre tte étude. On sait de quel ton M. de Louvois, >tre civil de la guerre, rabrouait les colonels eme les lieutenants-généraux qui oubliaient devoir ou qui négligeaient leur service. Tout )nde a lu, dans la correspondance de M me de :né, l'algarade qu'il fît un jour, en public, à colonel de Nogaret.
de Louvois n'eut pas la peine d'instituer commissaires à la conduite », les « prévôts ;endants de justice », les conseillers et insurs qui, par ordre du roi, accompagnaient tats-majors en campagne. C'était déjà fait, irdinal de Richelieu avait créé cet indispen-
charmes austères cl sa beauté presque inacce: siblc ne plaisent qu'aux volontés vaillantes et au courages indomptés.
Prouesse s'est amHée, pendant plusieurs siècles, en Grèce, où les exploits d'Achille, île Diomèile, d'Epam inondas et d'Alexandre furent agréable* à son désir de renommée et propices à son appétit d'héroïsme.
Prouesse passa ensuite à Rome, où elle aima le chevalier César, père du nain vert Obéron et époux de la fée Morgane. Ce fameux chevalier résista aux philtres subtils de la reine Cléopàtre.
Enfin, dame Prouesse arriva en France, où elle sembla se fixer pour toujours. Elle s'assit, en de beaux palais, au pied du trône de Charlemagne. Elle versa l'ivresse aux guerriers dans îles hanaps d'argent, d'or et de pierres précieuses. Sa voix exhortait au combat les paladins casqués de fer. Dans les mêlées, quand les claires épées flamboyaient au soleil, son cri faisait hennir de joie les lourds chevaux vêtus d'acier et enrapnçonnés de velours. Son souftle déployait superbement la soie des bannières frissonnantes... Et, tandis que les hommes d'armes, la lance hante, la visière baissée, chevauchaient au son des trompettes, dame Prouesse devenait câline, pour rassurer, dans les donjons sombres et déserts, l'urne craintive et le frêle cœur des châtelaines,
C'est elle, évidemment, qui a dicté les lois de
sent, tout va bien. Mais, sitôt que le grand îme a le dos tourné, la débandade commence, cun tire de son côté, agit pour son compte, xhe son avantage particulier. C'est la conence, la dispute, l'anarchie. On se chamaille laut lieu. On se fait des niches ridicules, ou
se joue des tours pendables. Voilà bien du it, et c'est la France qui paye les pots cassés...
Hélas! dit notre auteur, c'est une passion
commune, que cette ardeur à sacrifier des ux pour se faire valoir. Et, sans trop fouiller mémoire, je pourrais mettre en scène des s gardant leurs troupes immobiles pour le
plaisir de laisser battre un concurrent jalousé, t Ney, encombré d'artillerie et refusant queli batteries à Soult qui, à Oporto, avait perdu es ses pièces; ce sont Dorsenne et Marmont légligeant aucune occasion de se nuire mutuel- 3nt; c'est Soult qui ne se porte pas à Sanm, afin d'empêcher Masséna de conquérir le tugal d'où lui, Soult, avait été si honteuseit chassé. Il semble que le harnais militaire soit
propre qu'aucun autre à provoquer chez quijue Je porte cette rage de gloire et cet entraient à spéculer sur la défaite du rival... Il fait re les jalousies et les compétitions... »
e général Thiébault exagère évidemment. Si [uart de ce qu'il dit est vrai, c'est déjà trop, i prouve que même les plus renommés gêné-
reçut l'anneau Je sa fiancée, dans une belle églis illuminée de cierges, devant un évêquu niiliv, parmi des chasses, des reliquaires et îles chandeliers qui brillaient comme un étincelleinent d'escarboucles, tout ù coup un messager vint dire que les Sarrasins, méprisant les traités, s'avançaient vers le fief du roi. Alors, Guillaume s'écria : • Mon seigneur Louis est en danger! » La jeune Bile qu'il aimait était près de lui, souriante et blonde. Elle avait un visage clair et deux tresses tombantes, qui semblaient d'or effilé. Cette gente damoiselle étail digne de ce fier baron. Son front était pur comme Heur de lys. Ses joues étaient aussi roses que la rose en mai. Ses lèvres étaient vermeilles et fraîches comme la fleur du pocher. Son col était plus blanc que la neige des montagnes. Ses yeux étaient vifs et gais. Jamais un imagier n'a su enluminer un portrait comparable à ce miracle vivant. Jamais la viole des trouvères, ni la harpe des jongleurs, ni même le psalterion du roi David n'ont chanté comme cette voix de sirène... Le loyal serviteur détourne la tète. craint de ne pouvoir renoncer à ce trésor de beauté s'il le regarde un seul instant, s'il en contemple l'harmonie, s'il en respire le parfum. II se répète à lui-même : a Mon seigneur Louis est eu danger! » Alors, il demande son haubert et sa cotte d'armes, sa cuirasse et son heaume, solerets éperonnés, ses gantelets de fer, son épée
- Quoi? C'est encore vous? Toujours vous!
- L'ennemi est en marche!
- Vous m'em... bêtez!
-J'ai un rapport!
- Rapport inexact!
- Mon général, l'ennemi est en marche!
- En marche? Peut-être!... Pour fuir! Demain, anéantis! Ah çà! Avez-vous bientôt fini de npêcher de dormir?
le général comte Vandamme, « ne voulant savoir », se renfonça sous ses couver-
i lendemain, Son Excellence le général en
comte Vandamme, était prisonnier des
ichiens. Et tout son corps d'armée était pris
une souricière, sauf le régiment du major
in, qui put s'échapper.
pauvre Vandamme était un bon soldat. Il
prodigué cent fois les preuves de sa bra-
î. Mais il commençait à être fourbu. Comte
;mpire, très décoré, très riche, il aspirait à
î sédentaire. Il aimait ses aises. Les heures
s repas étaient sacrées et le temps de son
îeil était inviolable.
las ! les généraux ne devraient pas vieillir. ? aut, avant de descendre l'histoire du siècle 'au Désastre, et afin d'en bien comprendre rigines lointaines, feuilleter une liasse de s, qui furent adressées au maréchal de
lait à leur crédulité. C'est chose extraordinaire comme îtte dernière classe est nombreuse, avec quelle foi pronde elle accueille tous les contes bleus, toutes les billesées qu'on lui débite sur celte malheureuse colonie ; ec quelle naïve contiance elle croit sur parole tous ces iseurs de bulletins mensongers qui se proclament de ands hommes pour avoir brûlé des récoltes, traqué et levé de malheureuses populations sans défense, qui font s batailles d'Austerlitz avec de puérils combats...
Les doléances du commandant Lenoble sont is précises :
Jn de mes soldats, criant la faim depuis trois mois, s'est lé la cervelle au bivouac de Boghar. Chacun reconnaît ! les hommes n'ont pas assez de leurs vivres et perne n'y remédie; c'est bien surprenant.
blêmes plaintes chez le colonel Le Flô :
. Il aurait fallu un plan, un système, une seule idée
lée au moins, et voilà ce qui manque malheureuse-
tt, et pour Thonneur de la France et pour l'honneur
te armée, réduite, malgré ses qualités, malgré son cou-
et son dévouement, à un excès de misère que nul,
doute, en dehors d'elle, ne soupçonne... Un pareil
n'a pas besoin d'être commenté. Tout y est en péril
îmment, la discipline, la police, l'administration, l'es-
de corps, toutes les choses enfin qui constituent un
nent ou une armée etdontl'absencedoitamencr laruine.
e colonel de Mirbeck s'écrie :
discipline est perdue... Si cela continue, il n'y a plus née possible.
afin, le brave colonel Canrobert dit mélanjuement :
MM. le maréchal Bugeaud et le général de Lamoricière
de la « geste » royale ou Je la Table- H on de. Faut-il citer Lanoelot, Tristan, Guibert, Geoffroy, Vivien, Audigier, Baudouin, Hémonï Le répertoire épique de nos contes anciens a transmis a « Tout-Paris j> et au a Botlin », les noms de I J erceval, A'Hervé, de Bazin, de Daurelle, de Milon, de Maugis, de Berthollet, de Seguin, de Macaire. Parmi les « païens » contre lesquels combattaient les chevaliers de France, j'en vois deux qui, paj la durée de leur nom , semblent avoir gagné l'estime de la chrétienté. C'est Baligaud, émir i Saragosse, et Brehier, célèbre Sarrasin, qui, après avoir semé la terreur dans tout l'Occident, fui tué par Ogier le Danois. Ce n'est pas tout. Les chevaux, les épées, les chiens des paladins nous ont légué des noms. Exemples : Bayard, cheval des quatre fils Aymon; Courtin, épée d'Ogier; Brochard, limier du duc Garin. Je ne vois guère. dans nos épopées nationales, qu'un seul nom qui ait complètement disparu. C'est celui de Ganelou le Traître.
Ainsi, nous sommes moins loin du xn* et d xin° siècle que nous ne le pensons communément. La cloison qui nous sépare de nos a n'est pas étanche. Nous sommes leurs héritiers malgré nous.
Et pourtant, malgré ces communications inévitables et souvent inaperçues, le moyen âge, clos et mystérieux, ressemble à ces châteaux ensor-
t du
L'ARMÉE du second empire 305
utrement? En ce temps-là, on n'encourageait as les militaires à travailler. Le café devenait, )ur ainsi dire, le domicile légal des pantalons •uges.
Le lieutenant-colonel Rousset indique du reste, e l'armée impériale n'était pas composée uniement de piliers de café. On y trouvait aussi type du bon sujet. Celui-là, c'était l'officier tat-major, le fils de famille, riche, apparenté, ommandé. « Un nouveau fléau, dit Je général >umas (cité et approuvé par M. Rousset), un tveau fléau s'était abattu sur l'armée : la remandation. Et tandis que tous les fléaux sont sagers, comme la peste, le choléra, le vol des erelles, la recommandation a persisté ainsi n mal chronique, destiné à tuer le malade m ne prend pas des mesures énergiques pour le mal. »
est ainsi qu'on a pu voir des capitaines, obilisés, éternisés dans les bureaux des mires, dans les antichambres des généraux, les salons des a générales », devenir incaîs de mener une compagnie à la parade. Un eau type s'est ajouté à la collection de nos larins : le bureaucrate galonné, le scribe à llettes, raide sur son rond de cuir comme sur eval de bataille, mille fois plus gourmé, plus a, plus soupçonneux, plus insupportable que îtte-papier en manches de lustrine.
...Jt*-
qui nous avait fait oublier jusqu'aux preéléments de la science guerrière; comment itestable valeur de l'ancienne armée n'a pu er à Y incohérence du commandement , au Ire de la mobilisation, au vice irrémédiable t jarpillement. . . »
rmée n'est plus séparée de la nation. Selon
marque si juste du maréchal de Moltke, « le
i n'est plus où, dans un intérêt dynastique,
>yait entrer en campagne des armées peu
reuses, composées de soldats qui n'avaient
.'e profession que le métier des armes...
tre époque, la guerre appelle aux armes les
ns tout entières; à peine s'il est une famille
/ait à l'armée un de ses enfants... »
irmée, ainsi mêlée à la vie commune, sera
ssairement contaminée par tous les maux
souffrira la société. Si le sentiment du devoir
iblit dans la nation, si le souci de l'intérêt
al est subordonné aux appétits individuels,
sasse-droit remplace le droit, si les vanités
excitent, si les volontés s'énervent, on verra
îfaillances, ces égoïsmes, ces laideurs, ces
;illag*es, ces énervements apparaître dans
ts-majors. Et ces maux seront aggravés par
chise instinctive que les militaires apportent
dans leurs fautes et dans leurs erreurs. La
) de 1' « Opinion », c'est-à-dire le respect
is criards, fera plier des autorités réputées
"'"-ai "*'»»'"'•'- s'"* /«r V-*-.
• » », «#;i# *ttij *«»<» »-^.-»
l'armée du second empire 309
Jéroute. La « commission des barriîctionne. M. Henri Rochefort, président immission, invite les citoyens à confeces sacs de terre. M. Alphonse Daudet . un de ses amis cette phrase, citée par .et : « Rochefort a une soif inextinguible Jarité, l'alcoolisme du succès avec lous ses mes : le goût perdu, le bégaiement, l'éga- ,, la fureur. » Jules Favre demande des ns, Emmanuel Arago n'en veut pas. Jutas 1 rédige des plans stratégiques. Le Réveil le programme de la prochaine Commune*.
ombat exige la nomination de M. Dorinn me ministre de la guerre et de M. Jean Brune*!, aliéné) comme major général du* arméun eta lépublique. Le citoyen Chabert, pérorant au de la République, démontre à ses auditaurn lu ssité de reconstituer la Pologne*. Le* brnif t que le général en chef a vu sainte (Ihiui- 3. Et le général raconte le fait à de* jotiriiii
ef, tout le monde est fou. Personne tiunl A lace. Ne soyons pas étonné qu'un général, lilieu de cette sarabande, ait perdu la UHn, les conditions nouvelles de la société, tan ns ont toujours les armées qu'elles méritant, ons-nous profité de cette expérience de 1870, [. le lieutenant-colonel Rousset appelle, avec e raison, une « leçon douloureuse »?
ton.
inexpériences et des candeurs de jeune émerillon. A chaque instant son vieil écuyerle conjured'èirc
rai* ;il»le. Il a une façon à lui de faire BS
prière. « Mon Dieu ! soupire-t-il, au pied des autels, mon Dieu, faites que je ne sois pas
Lorsque ses amis veulent le dissuader d'un dessein périlleux, ou quand ses ennemis entreprennent de l'effrayer par ses menaces, il dit, avec une simplicité superbe, sur un ton qu'avive une pointe d'accent t
■ Vous savez! Moi, je suis île Bordeaux!
L'émir de Babylone, étonné par cette déclaration, crut que c'était une formule magique < fut transi d'émoi.
Quel gentil garçon que ce petit Bordelais!
Orphelin, iïls puîné d'une veuve, il a juré de r revenir à Bordeaux qu'après avoir gagné au moins un fief à la pointe de son épée. Mais il aimerait mieux renoncer à la fortune que d'y arriver par un chemin tortueux. Malheureusement, à vouloir suivre les voies droites on s'expose à des obstacles mis en travers par les méchants. L'impétu* damoiseau, calomnié par des varlets jaloux, déplut à l'empereur Charlemagne, qui, pour l'éloigner de sa cour, lui confia une mission diplomatique en Orient. Huon fui chargé de voir l'émir de Babylone, do lui prendre sa moustache blanche et de lui enlever « quatre de ses dents mâche-
— Quoi? C'est encore vous? Toujours vous!
— L'ennemi est en marche !
— Vous m'em... bêtez!
— J'ai un rapport!
— Rapport inexact!
— Mon général, l'ennemi est en marche!
— En marche? Peut-être!... Pour fuir! Demain, l'anéantis ! Ah çà! Àvez-vous bientôt fini de empêcher de dormir?
Et le général comte Vandamme, « ne voulant n savoir », se renfonça sous ses couverts.
l«e lendemain, Son Excellence le général en f, comte Vandamme, était prisonnier des Irichiens. Et tout son corps d'armée était pris s une souricière, sauf le régiment du major itin, qui put s'échapper.
!e pauvre Vandamme était un bon soldat. Il it prodigué cent fois les preuves de sa brare. Mais il commençait à être fourbu. Comte 'empire, très décoré, très riche, il aspirait à ie sédentaire. Il aimait ses aises. Les heures ;es repas étaient sacrées et le temps de son meil était inviolable.
élas ! les généraux ne devraient pas vieillir, faut, avant de descendre l'histoire du siècle u'au Désastre, et afin d'en bien comprendre origines lointaines, feuilleter une liasse de es, qui furent adressées au maréchal de
cauchemars, — Ame de simplicité, de gaieté, de vaillance qui unil, dans lu légende et dans l'histoire, lt's paladins imaginaires et les héros véritables, les petits et les glorieux, les forts et les doux, Hnon de Bordeaux et le connétable du Guesclin, le comte Roland et Jeanne d'Arc, le sergent Fricasse et le général Marceau, toute cette divine floraison d'héroïsme français, honneur de l'humanité et parure éternelle de la patrie.
Il fa u 1 aimer la France, toute la France. Cet amour, qui ne connaît pas l'esprit d'exclusion ni de proscription, constitue, à mon avis, le don itiiltniuiiism?.
Je suis donc nationaliste, à ma façon.
Il me semble d'ailleurs difficile qu'un homme, né dans une nation civilisée, glorieuse, ancienne, puisse être privé des sentiments héréditaires que ce mot de nationalisme, nouvellement inventé par les politiciens, exprime gauchement.
J'avoue que je suis même un peu humilié d'ètr contraint, par le malheur des temps, à faire pre feesion publique d'un « état d'âme » si instinct et si naturel.
Mais la plupart des Français — du moins ceu:
qui crient fort — sont présentement occupés i s'excommunier les uns les autres. Rien ne sei d'être un patriote de la veille. Le patriotisme, comme en 1793, risque de devenir un monopole exclusif, à l'usage des citoyens qui tambourinent
laît à leur crédulité. C'est chose extraordinaire comme îtte dernière classe est nombreuse, avec quelle foi pronde elle accueille tous les contes bleus, toutes les billesées qu'on lui débile sur celte malheureuse colonie; ec quelle naïve confiance elle croit sur parole tous ces seurs de bulletins mensongers qui se proclament de mds hommes pour avoir brûlé des récoltes, traqué et levé de malheureuses populations sans défense, qui font ; batailles d'Austerlitz avec de puérils combats...
Les doléances du commandant Lenoble sont
is précises :
n de mes soldats, criant la faim depuis trois mois, s'est lé la cervelle au bivouac de Boghar. Chacun reconnaît les hommes n'ont pas assez de leurs vivres et per- 1e n'y remédie; c'est bien surprenant.
lêmes plaintes chez le colonel Le Flô :
Il aurait fallu un plan, un système, une seule idée
lée au moins, et voilà ce qui manque malheureuse-
t, et pour Thonneur de la France et pour l'honneur
e armée, réduite, malgré ses qualités, malgré son cou-
et son dévouement, à un excès de misère que nul,
doute, en dehors d'elle, ne soupçonne... Un pareil n'a pas besoin d'être commenté. Tout y est en péril mment, la discipline, la police, l'administration, Tesle corps, toutes les choses enfin qui constituent un îentouunearméeetdontl'absence doitamencr laruine.
3 colonel de Mirbeck s'écrie :
discipline est perdue... Si cela continue, il n'y a plus tée possible.
îfîn, le brave colonel Canrobert dit mélan- [uement :
MM. le maréchal Bugeaud et le général de Lamoricière
s'attaquent à la tribuoc, comme ils ont déjà commence dans la presse, ce sera pour nous, vieux officiers d'Afrique, un effrayant spectacle.
On aperçoit, dans ces brefs diagnostics, les racines du mal intérieur qui mena au désastre, après d'éphémères victoires, l'armée du second empire.
Quelle fut la responsabilité de notre corps d'officiers, pendant la guerre de 1870?
Il faut laisser à des officiers le soin de résoudre cette délicate question. M. le lieutenant-colonel Rousset, dans le premier chapitre de son Histoire générale de la guerre franco-allemande, s'acquitte précisément de ce soin.
Sans ménagements, le lieutenant-colonel Rousset a esquissé, en quelques traits, l'officier du second empire , l'officier dont la désinvolture et les séductions demeureront associées au souvenir de la garde impériale : courageux certes, capable, en ses emballements fous, de se faire casser crânement la tête, mais trop dénué d'aptitude professionnelle et d'application. En ce tempslà, dit le général Thoumas, il suffisait de réciter le littéral de la théorie et de « faire du passage, dans la cour du quartier, avec un cheval bien dressé... Il fallait, avant tout, tenir correctement la main sur la couture du pantalon, les yeux fixés à quinze pas devant soi, en écoutant parler le colonel. » Comment pouvait-il en être
L'ARMÉE du second empire 305
itrement? En ce temps-là, on n'encourageait s les militaires à travailler. Le café devenait, ur ainsi dire, le domicile légal des pantalons jges.
Le lieutenant-colonel Rousset indique du reste, 3 l'armée impériale n'était pas composée uniîment de piliers de café. On y trouvait aussi type du bon sujet. Celui-là, c'était l'officier at-major, le fils de famille, riche, apparenté, mmandé. « Un nouveau fléau, dit Je général umas (cité et approuvé par M. Rousset), un veau fléau s'était abattu sur l'armée : la remandation. Et tandis que tous les fléaux sont agers, comme la peste, le choléra, le vol des 3relles, la recommandation a persisté ainsi n mal chronique, destiné à tuer le malade n ne prend pas des mesures énergiques pour le mal. »
îst ainsi qu'on a pu voir des capitaines, )bilisés, éternisés dans les bureaux des mi- *es, dans les antichambres des généraux, les salons des a générales », devenir incas de mener une compagnie à la parade. Un îau type s'est ajouté à la collection de nos arins : le bureaucrate galonné, le scribe à lettes, raide sur son rond de cuir comme sur eval de bataille, mille fois plus gourmé, plus 1, plus soupçonneux, plus insupportable que /tte-papier en manches de lustrine.
J'ai reçu récemment, tl'un brave homme qui habite un coin retiré du Midi, une lettre, dont l'accent généreux et irrité m'a beaucoup plu :
Non, mille fois non, voire bande île boulevardiers aveulis et noceurs n'esl pas la France. Mais, hélas! nous n'avons plus en province de voix pour le crier bien haut; ceux qui prétendent peindre nos mœurs ne nous connaissent pas mieux que les autres : la monstrueuse capitale nous prend tout, elle absorbe et annihile les meilleurs d'entre nous.
Cependant, si elle attire à elle tous les cerveaux qui pensent, elle nous laisse encore des cœurs pour sentir et pour pleurer de rage quand nous voyons trainer dans la boue ce que nous respectons le plus, el chacune des feuilles que uous lisons, couvrir d'injures notre pauvre France qui vaut mieux que la réputation qu'elles lui font.
Et mon correspondant s'indigne contre « les élégants adultères de quelques Parisiennes neurasthéniques », contre les fastidieuses fredaines d' a une poignée de cosmopolites fatigués », et refuse de croire à la perpétuité d'une littérature, d'ailleurs ennuyeuse, qui consiste à mettre en lumière des o faisandages » exceptionnels, pour mieux humilier notre prétendue perversité nationale devant les prétendues vertus de la race anglo-saxonne.
Je suis de cet avis. Récemment, un Anglais, M. Bodley, publiait un gros livre, qui est un hommage à la bonté, à la probité, au labeur héréditaires de notre nation. Nous avons laissé à un étranger le soin de discerner, à travers un chaos d'apparences contradictoires, les sources
elle, qui nous avait fait oublier jusqu'aux preiers éléments de la science guerrière ; comment ncontestable valeur de l'ancienne armée n'a pu ppléer à Y incohérence du commandement, au sordre de la mobilisation, au vice irrémédiable 1 eparpillement... »
j armée n'est plus séparée de la nation. Selon ^marque si juste du maréchal de Moltke, « le ips n'est plus où, dans un intérêt dynastique, voyait entrer en campagne des armées peu ibreuses, composées de soldats qui n'avaient tre profession que le métier des armes...
Dtre époque, la guerre appelle aux armes les )ns tout entières; à peine s'il est une famille l'ait à l'armée un de ses enfants... »
armée, ainsi mêlée à la vie commune, sera ssairement contaminée par tous les maux souffrira la société. Si le sentiment du devoir iblit dans la nation, si le souci de l'intérêt al est subordonné aux appétits individuels, passe-droit remplace le droit, si les vanités 'excitent, si les volontés s'énervent, on verra éfaillances, ces égoïsmes, ces laideurs, ces tillages, ces énervements apparaître dans its-majors. Et ces maux seront aggravés par ichise instinctive que les militaires apportent 5 dans leurs fautes et dans leurs erreurs. La 3 de 1' « Opinion », c'est-à-dire le respect ns criards, fera plier des autorités réputées
Si nous désirons obtenir le renouvellement de ce privilège, nous devons, comme autrefois, regarder, écouter ce qui se fuit, ce qui se dit, ce qui se pense au delà des frontières.
Il sérail ridicule, sot et imprudent de nous blottir chez nous, portes closes, comme un lièvre en son gîte ou comme une autruche dans le sable. Celle posture, p€u nationale, nous exposerait à des surprises cruelles. Rien ne sert de détourner les yeux pour ne pas voir la frontière. Elle est ouverte, hélas 1 et la brèche n'est pas près d'être réparée.
Mais, de grâce, dans nos communications inévitables et obligatoires avec des idées étrangères dont nous ne devons avoir ni la superstition ni la peur, ne gardons plus cette attitude d'écolier terrorisé par des pédagogues. Relevons-nous do ces génuflexions exagérées. Cessons de prosterner notre « infériorité » devant la « supériorité » des Anglo-Saxons. Quittons le ton pleurard avec lequel nous prêtions un serment d'allégeance à la suzeraineté de 1' « âme russe s et du « génie Scandinave ». Trop longtemps les litanies d'Ibsen nous ont rendus fort injustes pour Corneille, pour Victor Hugo, pour Alexandre Dumas et même pour Emile Augier.
Il est inutile d'aller chercher une morale nouvelle au pied des fjords de la Norvège ou parmi les banquises et les phoques du pôle Nord. Nous
trésenl, tout va bien. Mais, sitôt que le grand omme a le dos tourné, la débandade commence.
Ihacun tire de son côté, agit pour son compte, berche son avantage particulier. C'est la conirrence, la dispute, l'anarchie. On se chamaille 1 haut lieu. On se fait des niches ridicules, ou >n se joue des tours pendables. Voilà bien du gàt, et c'est la France qui paye les pots cassés... « Hélas! dit notre auteur, c'est une passion •s commune, que cette ardeur à sacrifier des aux pour se faire valoir. Et, sans trop fouiller l mémoire, je pourrais mettre en scène des tfs gardant leurs troupes immobiles pour le 1 plaisir délaisser battre un concurrent jalousé, st Ney, encombré d'artillerie et refusant quels batteries à Soult qui, à Oporto, avait perdu tes ses pièces; ce sont Dorsenne et Marmont légligeant aucune occasion de se nuire mutuelent; c'est Soult qui ne se porte pas à Sanm, afin d'empêcher Masséna de conquérir le tugal d'où lui, Soult, avait été si honteuset chassé. Il semble que le harnais militaire soit propre qu'aucun autre à provoquer chez qui- [ue Je porte cette rage de gloire et cet entraient à spéculer sur la défaite du rival... Il fait •e les jalousies et les compétitions... »
î général Thiébault exagère évidemment. Si lart de ce qu'il dit est vrai, c'est déjà trop. prouve que même les plus renommés gêné-
toire a trahis, le secret des préceptes qui dictent le devoir et des exemples qui donnent la force île l'accomplir. Ne nous lassons pas d'écouter, dam le silence des basiliques et dans la paix des cimetières, ce que proclament les sépulcres glorieux et ce que murmurent les tombes oubliées. Partout nous entendrons le même conseil de droiture, de justice, d'abnégation et de charité.
Les Français, dont nous avons recueilli le domaine, ont été chevaliers errants, champion: armés du Droit, défenseurs des faibles, tuteurs des opprimés, adversaires des pouvoirs iniques, et, en toute rencontre, ennemis jurés lie In fraude, du mensonge, de la ruse et du dot. La tradition de leurs vertus s'est établie sur notre sol, en dépit de la diversité des provinces, malgré la rivalité des races, et sous l'action différente d'un climat changeant. Michelet n'avait pas tort d'appeler ceci un miracle, si l'on entend par miracle ce qui n'est arrivé qu'une fois dans l'histoire de l'humanité. La bonne graine d'où sortie notre nation a pu germer aussi bien dans le granit de la Bretagne que sur les côtes sèches du Languedoc. Une juxtaposition de patries locales a formé, par une longue communauté d'entreprises et de souffrances, de réussites et de revers, l'àme de la grande Patrie. Les Bretons, les Poitevins, les gens de la Sainlonge et de la Guyenne, les montagnards de la Biscaye et les riverains de
— Quoi? C'est encore vous? Toujours vous!
— L'ennemi est en marche!
— Vous mem... bêtez!
— J'ai un rapport!
— Rapport inexact!
— Mon général, l'ennemi est en marche!
— En marche? Peut-être!... Pour fuir! Demain, e l'anéantis! Ah çà! Avez-vous bientôt fini de n'empêcher de dormir?
Et le général comte Vandamme, « ne voulant ien savoir », se renfonça sous ses couvertes.
Le lendemain, Son Excellence le général en lef, comte Vandamme, était prisonnier des ulrichiens. Et tout son corps d'armée était pris ms une souricière, sauf le régiment du major antin, qui put s'échapper.
Ce pauvre Vandamme était un bon soldat. 11
ait prodigué cent fois les preuves de sa bra-
>ure. Mais il commençait à être fourbu. Comte
$ l'empire, très décoré, très riche, il aspirait à
vie sédentaire. Il aimait ses aises. Les heures
ses repas étaient sacrées et le temps de son nimeil était inviolable.
Hélas ! les généraux ne devraient pas vieillir. Il faut, avant de descendre l'histoire du siècle squ'au Désastre, et afin d'en bien comprendre 3 origines lointaines, feuilleter une liasse de :tres, qui furent adressées au maréchal de
Caste! lane par quelques officiers de notre armée d'Afrique.
Le capitaine Cler écrivait de Cherchell, le 1 er juillet 1842 :
La discipline est 1res relâchée, l'instruction militaire est proque nulle... On part du bivouac sans savoir ce que Ton doit faire; chaque chef de corps, en cas d'attaque, peut agir comme bon lui semble, car le général et les chefs de colonne se tiennent à la tête et s'occupent peu de ce qui se passe derrière eux... J'ai vu des officiers supérieurs, ayantdixaus d'Afrique, agir en novices et faire tuer ou blesser des hommes là où, avec la moindre prudence, on pouvait éviter le combat et faire ensuite une retraite sans danger.
Quelquefois ce sont les célébrités de l'armée qui, bénévolement, cherchent à faire blesser des hommes pour avoir l'occasion de faire de pompeux bulletins avec quelques misérables tirailleries d'arrière-garde. L'exagération, je dirai plus, le mensonge sont à l'ordre du jour; chacun cherche à se faire passer pour un grand vainqueur, et on dirait que le but de la guerre n'est pas de forcer les Arabes à demander la paix, mais bien de faire gagner à quelques protégés des croix et de nouveaux grades.
Le lieutenant-colonel Forey, au camp de Kouba, le 3 mars 1813, s'exprimait ainsi :
De la tête à la queue, l'on court après le bâton de maréchal, après les étoiles ou après les épaulettes, et l'on cache son ambition sous un semblant de sentiment du devoir.
Combien il y aurait à dire contre cette ambition démesurée de quelques intrigants!
Le lieutenant-colonel Dumontet n'est pas moins indigné. Il écrit de Sétif, le 9 septembre 18io :
... Trop de gens repoussent la lumière, les uns parce que Terreur convient à leur intérêt, les autres parce qu'elle
ce bon nationalisme qui doit réconcilier lous les
Français.
C'est ainsi, cl non pas autrement, que je suis nationaliste.
Au moment où je ferme le dernier feuillet de ce livre, je voudrais, malgré les inquiétantes clameurs de la rue, ne laisser entendre que des paroles d'espérance et de réconfort.
Je songe à ce vieux chancelier Guillaume du Vair, qui, au milieu des guerres civiles, écrivait un traité De ta constance et consolation es calamités publiques.
L' « Affaire », Dieu merci! touche à sa lin. Je crois que cette all'aire Dreyfus, si douloureuse, et qui deviendrait si aisément fratricide, — n'est peutêtre pas incapable d'aboutir à de bons résultais. C'est une crise décisive. Or, si les crises violentes sont la ruine des tempéraments débiles, chacun sait qu'au contraire les natures vigoureuses, en triomphant d'un mal réputé incurable, trouvent, dans leur guérison, une preuve de leur puissance et un nouveau motif de croire en l'avenir.
Cette question aura ébranlé, quelque temps, la Quiétude des Français. Mais, après tout, est-ce que la torpeur et l'apathie sont des conditions normales pour un Elat libre? Qu'est-ce qu'un accès de fièvre, évidemment passager, en comparaison ne la paralysie générale, où nous allions douce-
ment? Sans ce coup de fouet, qui du moins nou: agite te sang et nous réveille les nerfs, noi serions peut-être à l'heure qu'il est dans un éti de faiblesse pareil à l'agonie.
L'affaire Dreyfus, en nous obligeant à résoudi un cas de conscience, nous force, bon gré gré, à rentrer dans la vie morale, d'où l'inilil rence et l'ironie nous retiraient peu à peu... Noi voici engagés dans une passe diflïcile et dans ui endroit périlleux. Il faut sortir de là, coûte que coûte, sous peine de mort. Et, subitement, à la surprise de l'univers entier, nous voilà devenus sérieux. C'est peut-être la première fois que cela nous arrive, depuis quinze ans.
Il serait étrange que cette nation, si souvent victorieuse d'ennemis redoutables, ne pût, à cette heure, venir à bout des deux forces mauvaises qui l'assaillent ; le Mensonge et la Bêtise.
Depuis un an que 1' « Affaire » noustourroi je crois que nous avons connu, en détail, toutes les sortes de déguisements dont peut s'affubler la malice humaine pour dissimuler la vérité. Dans ce pays, où l'on n'aime pas les gens masqués, ni les paroles menteuses, ni Tartufe, ni Giboyer, il est permis de céder parfois à un mouvement d'impatience, lorsqu'on sent venir, de partout, ce sournois attentat du Mensonge...
Et c'est, pour les honnêtes gens, une salutaire épreuve, que d'être obligé à prendre parti.
ses 1rs
Mon parti est pris depuis longtemps.
Je suis pour la vérité.
Rien au monde — aucun motif d'inféré!, aucune raison d'État — ne pourrait me déterminer à accepter d'être le complice ilu Mensonge et de la Bêtise. N'ayant pas attendu la crise actuelle pour déclarer un patriotisme qui, je crois, fut toujours exempt de phrase et d'ostentation, je refuse de souiller ma religion par la connivence des menteurs et de la compromettre par le ridicule secours des nigauds.
Et j'aime trop passionnément l'armée pour ne pas considérer comme un exécrable sacrilège toute tentative qui consisterait à exposer son honneur à de telles solidarités.
Lorsqu'on est solidement ancré dans le ferme propos de rester fidèle à la vérité, à la justice, au devoir, on est assuré de défendre une cause qui survivra aux agitations d'un moment et aux accidents d'une crise passagère. Et l'on est sûr, tar ce moyen, de se rencontrer tôt ou tard,, en dehors des coteries , des conspirations et des landes, avec tous les Français de bonne foi et de bonne volonté.
L'heure du réveil est venue, après un si pesant cauchemar. Il y a, dans la vie des peuples, comme dans la vie des individus, de ces heures décisives et courtes, où l'on tient sa fortune dans sa main, Hier, il n'était pas temps encore. Demain il sera
358 LE MALAISE nE LA DÉMOCRATIE
trop tan). C'est aujourd'hui qu'il faut se mettre : l'ouvrage, de tout notre cœur.
La troisième République, jusqu'ici tâtonnante et indécise, peut, dans un renouveau d'énergie qui marquera son âge adulte, ajouter à nos annale* une page digne de notre passé. Elle le peut, condition que nous ayons souci de l'héritage de gloire qui ne doit pas, sous peine de forfaiture, péricliter entre nos mains. Elle le peut, si nous nous efforçons d'être les dignes descendants des braves gens et des grands hommes qui nous ont légué un si beau patrimoine de souvenirs, de sentiments et d'idées. Elle le peut, pourvu que l'intégrité de la patrie et les droits imprescriptibles de la justice préoccupent notre pensée et stimu lent notre action.
On rapporte que l'amiral Nelson, le matin du jour où il devait livrer la bataille de ïrafalgar, fit signaler aux commandants des navires placés sous ses ordres ces simples mots : IJ Angleterre compte que chacun fera son devoir.
Le salut des peuples est tout entier dans cette formule. Je voudrais qu'une voix plus éloquente que la mienne put la fixer dans la mémoire ( Français, à cette heure impérieuse où tout dépend de ce que nous allons dire et faire.
Nous avons le champ libre devant l'Europe attentive. A nous de montrer si nous voulons, oui ou non, continuer l'histoire de France.
Nous la continuerons, j'en ai le ferme espoir, si nous savons reprendre l'antique tradition de notre race, suivre la noble devise des Français, enseigner aux multitudes incertaines et inquiètes l'efficace parole de loyauté, de désintéressement et de chevalerie :
Fais ce que dois; advienne que pourra.