CHAPITRE 111 LE CÉSARISME ET LA a MÉDIOCRATIE
Comment se fait un coup d'État. — Le César des viveurs et de la populace. — Le règne des satisfaits et des médio-
Il faudrait, pour répondre à cette question, étudier la seule expédition un peu sérieuse que la troisième République ait entreprise. Car la pompeuse mise en scène des « grandes manœuvres * ne prouve rien.
Il convient d'ajouter aux Mémoires, aux Souvenirs y aux rapports de toute sorte et de toute dimension dont s'est enrichie récemment notre littérature militaire, le Carnet de campagne, tenu à jour par le lieutenant-colonel Lentonnet, qui commanda le 2 e bataillon du « régiment d'Algérie » dans le corps expéditionnaire de Madagascar ! .
Le lieutenant-colonel Lentonnet n'eut jamais la prétention d'être un Villehardouin ou un Joinville. Ses notes, lorsqu'il les griffonna, le soir des dures étapes, dans la pestilence des marais fiévreux ot sous les feuillages lourds des palétuviers, ne s'adressaient pas à la postérité. Il n'a jamais cherché à égaler le talent épique du général Marbot, ni la verve satirique du général Thiébault, ni même l'agilité narrative du capitaine Coignet ou du sergent Fricasse.
Les causes profondes ou les raisons fortuites des événements historiques n'inquiétaient pas son
4. Expédition de Madagascar. Carnet de campagne du lieutenant -colonel Lentonnet, notes publiées par H. Galli. Ouvrage orné de gravures d'après des photographies de M. Tinayre, et d'une carte itinéraire.
sprit naturellement exempt de curiosité. La jure, parfois bizarre ou imprévue, des personnes qui jouent les premiers rôles dans la tragi- >médie contemporaine, ne vint jamais égayer
I troubler son humeur volontiers respectueuse. C'était un vieil officier d'Afrique, droit comme >n épée, crâne comme son bonnet de police, ndide comme l'azur de son dolman bleu de ciel. Jean-Louis Lentonnet aimait ses galons parce iil y voyait, dans chaque fil d'or ou d'argent, trace de ses ambitions naïves, de ses illusions illantes, de ses services héroïques et silencieux.
II avait passé par tous les grades, y compris lui d'enfant de troupe. Lignard de 2 e classe en ilie, caporal au Maroc, sergent, sergent-foùrt, sergent major en Algérie, il risquait d'user
bonne volonté dans l'inertie des casernes, •sque la guerre de 1870 lui donna l'occasion exposer aux balles allemandes l'éclat tout neuf
ses premières épaulettes d'or.
[1 était porte-drapeau à Saint-Privat. Jamais garde des couleurs françaises ne fut confiée à s mains plus fidèles. Blessé deux fois dans te bataille, Lentonnet eut la force de maintenir jqu'au bout, dans la fumée de la poudre et îs la grêle de la mitraille, le glorieux symbole, i n'est jamais plus beau que lorsque sa splenur est éclaboussée par le sang des martyrs.
Capitaine de zouaves en Tunisie, Lentonnet fut
Castellane par quelques officiers de notre armée d'Afrique.
Le capitaine Cler écrivait de Clierchell, le 1 er juillet 1842 :
La discipline est 1res relâchée, l'instruction militaire est presque nulle... On part du bivouac sans savoir ce que l'on doit faire; chaque chef de corps, en cas d'attaque, peut agir comme bon lui semble, car le général et les chefs de colonne se tiennent à la tclc et s'occupent peu de ce qui se passe derrière eux... J'ai vu des officiers supérieurs, ayant dix ans d'Afrique, agir en novices et faire tuer ou blesser des hommes là où, avec la moindre prudence, on pouvait éviter le combat et faire ensuite une retraite sans danger.
Quelquefois ce sont les célébrités de l'armée qui, bénévolement, cherchent à faire blesser des hommes pour avoir l'occasion de faire de pompeux bulletins avec quelques misérables tirailleries d'arrière-garde. L'exagération, je dirai plus, le mensonge sont à l'ordre du jour; chacun cherche à se faire passer pour un grand vainqueur, et on dirait que le but de la guerre n'est pas de forcer les Arabes à demander la paix, mais bien de faire gagner à quelques protégés des croix et de nouveaux grades.
Le lieutenant-colonel Forey, au camp de Kouba, le 3 mars 1813, s'exprimait ainsi :
De la tôle à la queue, l'on court après le bâton de maréchal, après les étoiles ou après les épaulettes, et Ton cache son ambition sous un semblant de sentiment du devoir.
Combien il y aurait à dire contre cette ambition démesurée de quelques intrigants!
Le lieutenant-colonel Dumontet n'est pas moins indigné. 11 écrit de Sétif, le 9 septembre 18i5 :
... Trop de gens repoussent la lumière, les uns parce que l'erreur convient à leur intérêt, les autres parce qu'elle
ait à leur crédulité. C'est chose extraordinaire comme tte dernière classe est nombreuse, avec quelle foi protide elle accueille tous les contes bleus, toutes les billesées qu'on lui débite sur celte malheureuse colonie ; ec quelle naïve confiance elle croit sur parole tous ces seurs de bulletins mensongers qui se proclament de mds hommes pour avoir brûlé des récoltes, traqué et evé de malheureuses populations sans défense, qui font > batailles d'Austerlitz avec de puérils combats...
Les doléances du commandant Lenoble sont îs précises :
In de mes soldats, criant la faim depuis trois mois, s'est lé la cervelle au bivouac de Boghar. Chacun reconnaît ! les hommes n'ont pas assez de leurs vivres et perne n'y remédie; c'est bien surprenant.
tfêmes plaintes chez le colonel Le Flô :
. Il aurait fallu un plan, un système, une seule idée :tée au moins, et voilà ce qui manque malheureuseit, et pour l'honneur de la France et pour l'honneur 1e armée, réduite, malgré ses qualités, malgré son cou- ! et son dévouement, à un excès de misère que nul, ; doute, en dehors d'elle, ne soupçonne... Un pareil n'a pas besoin d'être commenté. Tout y est en péril emment, la discipline, la police, l'administration, l'esde corps, toutes les choses enfin qui constituent un nent ou une armée etdontl'absence doitamener laruine.
e colonel de Mirbeck s'écrie :
. discipline est perdue... Si cela continue, il n'y a plus née possible.
nfin, le brave colonel Canrobert dit mélanquement :
MM. le maréchal Bugeaud et le général de Lamoricière
raux peuvent cesser d'être utiles, s'ils sont lâchés en liberté. Napoléon ne peut pourtant pas être toujours là pour rétablir le silence dans les rangs, imposer le respect de la discipline et mettre tout le monde au pas. Avant l'Empereur, c'est ce que faisaient les commissaires de la Convention, rudes hommes, qui avaient essayé, jusque sous les balles, de maintenir l'unité du commandement, l'obéissance aux lois, la subordination de toutes les rivalités personnelles à l'intérêt sacré de la patrie. Ils avaient, par ce moyen, accoutumé à la victoire les drapeaux, tout neufs, de la République une et indivisible...
Hélas! l'étoile devait pâlir. A qui la faute? Si nous en croyons les Mémoires d'un autre général, nommé Fantin des Odoards, ce n'est pas à l'Empereur qu'on doit reprocher cette éclipse.
Dans la nuit du 30 septembre 1813, le major Fantin, commandant par intérim le 17 e régiment d'infanterie, était posté à petite distance des feux do l'ennemi, dans la vallée de Kulm, en Bohême. Vers minuit, sur le rapport d'une patrouille, il met l'oreille contre terre. Il s'assure que des colonnes sont en mouvement, qu'une nombreuse artillerie les accompagne... Vite, il court vers la tente du général en chef, comte Vandamme. Le général dort. La consigne est de ronfler. Le major insiste.
— Mon général !
Castcllane par quelques officiers de notre armée d'Afrique.
Le capitaine Cler écrivait de Cherchell, le 1 er juillet 1842 :
La discipline est 1res relâchée, l'instruction militaire est presque nulle... On part du bivouac sans savoir ce que l'on doit faire; chaque chef de corps, en cas d'attaque, peut agir comme bon lui semble, car le général et les chefs de colonne se tiennent à la tclc et s'occupent peu de ce qui se passe derrière eux... J'ai vu des officiers supérieurs, ayant dix ans d'Afrique, agir en no vices et faire tuer ou blesser des hommes l<\ où, avec la moindre prudence, on pouvait éviter le combat et faire ensuite une retraite sans danger.
Quelquefois ce sont les célébrités de l'armée qui, bénévolement, cherchent à faire blesser des hommes pour avoir l'occasion de faire de pompeux bulletins avec quelques misérables tirailleries d'arrière-garde. L'exagération, je dirai plus, le mensonge sont à Tordre du jour; chacun cherche à se faire passer pour un grand vainqueur, et on dirait que le but de la guerre n'est pas de forcer les Arabes à demander la paix, mais bien de faire gagner à quelques protégés des croix et de nouveaux grades.
Le lieutenant-colonel Forey, au camp de Kouba, le 3 mars 1 843, s'exprimait ainsi :
De la tête à la queue, l'on court après le bâton de maréchal, après les étoiles ou après les épaulettes, et l'on cache son ambition sous un semblant de sentiment du devoir.
Combien il y aurait à dire contre cette ambition démesurée de quelques intrigants!
Le lieutenant-colonel Dumontet n'est pas moins
indigné. Il écrit de Sétif, le 9 septembre 18if
... Trop de gens repoussent la lumière, les uns parce que Terreur convient à leur intérêt, les autres parce qu'elle
l'armée du second EMPIRE 307
elle, qui nous avait fait oublier jusqu'aux preu'ers éléments de la science guerrière ; comment ncontestable valeur de l'ancienne armée n'a pu ippléer à Y incohérence du commandement, au sordre de la mobilisation, au vice irrémédiable
l'éparpillement... »
L'armée n'est plus séparée de la nation. Selon remarque si juste du maréchal de Moltke, « le nps n'est plus où, dans un intérêt dynastique,
voyait entrer en campagne des armées peu mbreuses, composées de soldats qui n'avaient utre profession que le métier des armes...
notre époque, la guerre appelle aux armes les ions tout entières; à peine s'il est une famille
n'ait à l'armée un de ses enfants... »
j'armée, ainsi mêlée à la vie commune, sera essairement contaminée par tous les maux tt souffrira la société. Si le sentiment du devoir Faiblit dans la nation, si le souci de l'intérêt éral est subordonné aux appétits individuels, 3 passe-droit remplace le droit, si les vanités urexcitent, si les volontés s'énervent, on verra
défaillances, ces égoïsmes, ces laideurs, ces intillages, ces énervements apparaître dans états-majors. Et ces maux seront aggravés par •anchise instinctive que les militaires apportent [ue dans leurs fautes et dans leurs erreurs. La nte de 1' « Opinion », c'est-à-dire le respect gens criards, fera plier des autorités réputées
Et peu à peu se formait, sous le second empire, cette chose étrange, absurde, incompréhensible: une armée où le corps d'officiers a perdu le contact avec la troupe; — où les chefs, ordinairement absents des casernes, abandonnent toute police, toute responsabilité i la fantaisie des sergents; — où chacun se débrouille pour son propre compte; — où personne ne veut rien savoir du voisin; — où tous les échelons de la hiérarchie sont envahis par l'indiscipline morale; — où la carotte en bas et le piston en haut sont parfois les meilleurs moyens de se tirer d'affaire ou de parvenir.
Les armées atteintes par ce mal intérieur ont beau défiler dans les revues coûteuses, s'agiter dans des manœuvres théâtrales, traîner à leur suite des mitrailleuses perfectionnées, ou brûler aux moineaux des poudres inouïes : elles sont vaincues d'avance par l'esprit d'organisation, de discipline et de prévoyance, qui aura, de plus en plus, le dernier mot sur tous les champs de bataille de la vie moderne.
Ce mal, dont nous avons tant souffert, le lieutenant-colonel Rousset l'appelle la décadence professionnelle. « J'ai cherché, dit-il, à montrer comment nos premiers désastres ont été la conséquence immédiate et fatale, non pas, comme on l'a dit trop souvent, de notre insuffisance numérique, mais bien plutôt de cette décadence profession-
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le, qui nous avait fait oublier jusqu'aux pre- 3rs éléments de la science guerrière ; comment contestable valeur de l'ancienne armée n'a pu pléer à Y incohérence du commandement, au ordre de la mobilisation, au vice irrémédiable ! 'éparpilleraient... »
/armée n'est plus séparée de la nation. Selon emarque si juste du maréchal de Moltke, « le ps n'est plus où, dans un intérêt dynastique, voyait entrer en campagne des armées peu ibreuses, composées de soldats qui n'avaient ître profession que le métier des armes...
otre époque, la guerre appelle aux armes les ons tout entières; à peine s'il est une famille n'ait à l'armée un de ses enfants... »
l'armée, ainsi mêlée à la vie commune, sera essairement contaminée par tous les maux t souffrira la société. Si le sentiment du devoir faiblit dans la nation, si le souci de l'intérêt éral est subordonné aux appétits individuels, 3 passe-droit remplace le droit, si les vanités urexcitent, si les volontés s'énervent, on verra défaillances, ces égoïsmes, ces laideurs, ces intillages, ces énervements apparaître dans états-majors. Et ces maux seront aggravés par *anchise instinctive que les militaires apportent [ue dans leurs fautes et dans leurs erreurs. La nte de Y « Opinion », c'est-à-dire le respect gens criards, fera plier des autorités réputées
;:;:V\ùd<r*. La manie du bavardage déliera de* linjues habituellement discrètes. La fureur du rv^rtiie suscitera bientôt des reporters à plume Manche ou des interviewers i graines d'épinards.
Nous a\t»ns vu, en des heures tragiques, hélas! ce t>pe du soldat affolé de publicité. Il s'appelait Tr»vh;i. A Dieu ne plaise que je manque de respect à sa mémoire! H a expié par de dures années de >.>:ve et de solitude son excessif souci du « qu'en .v.ra-î-on », son puéril désir de popularité, et cette d <.\A<* lamentable qui l'a fait osciller (comme l.-a d'autres, mais dans des circonstances plus grades-, au £ré «le ce qu'on appelle l'opinion.
M. Alfred Duquel a raconté, en sept volumes q*:e I\\ca*b>mie a couronnés, les tergiversations de ce pauvre gouverneur de Paris, attentif aux bruits de la nie, quand il aurait dû songer aux mouvements de l'ennemi, occupé de journaux et de commérages jusque sous le feu du bombardement, toujours délivrant, quand l'heure était venue d\uir!
Ah! quelle tragédie instructive que cet assaut de conférences et de discours dans Paris assiégé î M. Louis Blanc donne des conseils au gouvernement sur Tari de défendre les places ! M. Quinet, idéaliste obstiné, s'écrie : « Que la vie est belle, malgré tout! Nous sommes à Paris, en République ! » Les vendeurs de journaux crient, sur les boulevards, que le prince Frédéric-Charles est
pleine déroute. La « commission des barriles » fonctionne. M. Henri Rochefort, président cette commission, invite les citoyens à confecnner des sacs de terre. M. Alphonse Daudet •esse à un de ses amis cette phrase, citée par Duquet : « Rochefort a une soif inextinguible popularité, l'alcoolisme du succès avec tous ses nptômes : le goût perdu, le bégaiement, l'égaient, la fureur. » Jules Favre demande des étions, Emmanuel Arago n'en veut pas. Jules ion rédige des plans stratégiques. Le Réveil Aie le programme de la prochaine Commune.
Combat exige la nomination de M. Dorian nme ministre de la guerre et de M. Jean Brunet
aliéné) comme major général des armées de République. Le citoyen Chabert, pérorant au b de la République, démontre à ses auditeurs la essité de reconstituer la Pologne. Le bruit rt que le général en chef a vu sainte Genève. Et le général raconte le fait à des journa-
îref, tout le monde est fou. Personne n'est à place. Ne soyons pas étonné qu'un général, milieu de cette sarabande, ait perdu la tête, ns les conditions nouvelles de la société, les ions ont toujours les armées qu'elles méritent. Wons-nous profité de cette expérience de 1870, î M. le lieutenant-colonel Rousset appelle, avec t de raison, une « leçon douloureuse »?
embarqués se trouvaient des chanteurs, un diseur de monologues, et même un sergent poète. »
En passant par le travers de Malte, Lentonnet, amoureux de gloire, regretta de ne « rien voir ou presque rien de cette île fameuse enlevée par Bonaparte lorsqu'il cinglait avec son armée vers l'Egypte ».
Le 7 avril, l'aumônier du bord crut devoir prononcer, sur la dunette, un sermon où « il n'était question que des sacrements et de la supériorité du catholicisme ». Lentonnet s'amusa de cette homélie, attendu que, « parmi les soldats embarqués, huit cents au moins étaient musulmans ».
Le 21 avril, on fit chanter des cantiques aux sapeurs du génie et aux tirailleurs français. Un tirailleur indigène servait la messe.
Le 23 avril, on aperçut, à l'horizon, une colline couverte de manguiers, et un fortin. C'était Majunga.
Aussitôt après son débarquement sur la terre malgache, au milieu des bivouacs de la brigade Metzinger, Lentonnet écrivit sur son carnet la note suivante :
Conversation avec le colonel Oudri, qui a reçu les instructions du général Metzinger.
Première impression : étonnement du désarroi, du manque d'organisation qui se manifeste un peu partout.
Ce jour-là, le brave Lentonnet, après avoir dîné « d'un morceau de viande froide arrosé
d'eau sale », obtint à grancTpeine une tasse de thé et dut se résigner à coucher par terre, à la )elle étoile. Ses bagages n'étaient pas arrivés. ^es « services administratifs » avaient négligé le lui faire parvenir sa tente. Cependant la cam- •agne n'était pas commencée. Le général Metinger aménageait, depuis six semaines, les can- )nnements de Majunga. Le général Duchesne 'était pas arrivé.
Ces premiers déboires n'ôtèrent pas à Lenmnet sa belle humeur ni sa loyale confiance ms les vertus de la race française : « Baste! sait-il, on se débrouillera. »
Le 25 avril, ordre du général. Le bataillon de ^ntonnet entre en campagne. Il faut détacher i une page entière de son carnet :
^ Theure dite, nous sommes en marche, les hommes yant pas mangé la soupe, les cartouches n'étant qu'à >itié distribuées, les vivres pas distribués du tout, quel- 2S hommes incomplètement équipés, ^e chemin à suivre est atroce et si mal indiqué que le achement conduisant les mulets, parti après nous, ^are dans les ravins et dans les marais. Des animaux ibent et s'embourbent; il fait nuit noire. Enfin, à minuit, t le monde est arrivé au camp, à 6 kilomètres à peine Majunga.
)uel gâchis causé par un départ aussi précipité, avec re d'aller de l'avant quand même, sans se soucier ni des rimes ni des animaux! Heureusement, tous mes soldats fini par rejoindre. Nul ne s'est noyé ni embourbé, rime je le craignais. L'appel est fait, aucun manquant, soupe ni café.
.. T\.;>^ La anaie -fa. kmnfciee ieiien '&*
IhZj^rj^y * i:^:::»*'l>ci*a: h^rn^*** La fureur g: r*:« rtjki* s;s-.>rji :<ec.Vc ie* reptacser* à ?{um- :"t-«ie .■: Le* L-^f^i^w^r» À xrèiaw» èVçin»r> X;«v*> av c* *-:. *a à** meures srccsftpiftfi** aeia^
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l'armée du second empire 309
en pleine déroute. La « commission des barricades » fonctionne. M. Henri Rochefort, président Je cette commission, invite les citoyens à confecionner des sacs de terre. M. Alphonse Daudet idresse à un de ses amis cette phrase, citée par A. Duquet : « Rochefort a une soif inextinguible le popularité, l'alcoolisme du succès avec tous ses ymptômes : le goût perdu, le bégaiement, l'égaement, la fureur. » Jules Favre demande des lections, Emmanuel Àrago n'en veut pas. Jules imon rédige des plans stratégiques. Le Réveil jblie le programme de la prochaine Commune.
e Combat exige la nomination de M. Dorian >mme ministre de la guerre et de M. Jean Brunet n aliéné) comme major général des armées de République. Le citoyen Chabert, pérorant au nb de la République, démontre à ses auditeurs la eessité de reconstituer la Pologne. Le bruit urt que le général en chef a vu sainte Geneîve. Et le général raconte le fait à des journa-
Bref, tout le monde est fou. Personne n'est à place. Ne soyons pas étonné qu'un général, milieu de cette sarabande, ait perdu la tête, ns les conditions nouvelles de la société, les ions ont toujours les armées qu'elles méritent. Ivons-nous profité de cette expérience de 1870, î M. le lieutenant-colonel Rousset appelle, avec t de raison, une « leçon douloureuse »?
ait) LK MALAISE DE LA DÉMOCRATIE
11 faudrait, pour répondre à cette question, étu ' dier la muile expédition un peu sérieuse que la | trnUftme Hépublique ait entreprise. Car la pompeuse ini*e en scène des « grandes manœuvres » ne prouve rien.
Il convient d'ajouter aux Mémoires, aux Souv?nis* % aux rapports de toute sorte et de toute diinenMon dont ses» enrichie récemment notre littérature militaire, le Carnet de campagne, tenu à jour par le lieutenant-colonel Lentonnet, qui tvukuunj* le â* bataillon du « régiment d'Algérie » dans te corps expéditionnaire de Madagascar V
Le liouteuant-colonel Lentonnet n eut jamais \x pivteuïioa détre un Yillehardouin ou un Joîn- \i:!o. Ses note*, lorsqu'il les griffonna, le soir v!es dure* étapes dans la pestilence des marais »ie\ivu\ et m>Uv K^ feuillages lourds des palétu- \ier>» ne >\*Jre»aieut pas à la postérité. Il na jaunis cherché a égaler le taleut épique du -v .eril >larb.*L ni la verve satirique du général Th:c;v*u!t. ui au-rue 1 agilité narrative du capâtaifl* Oouuel ou du >eixeuî Fricasse*
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esprit naturellement exempt de curiosité. La figure, parfois bizarre ou imprévue, des personnages qui jouent les premiers rôles dans la tragicomédie contemporaine, ne vint jamais égayer >u troubler son humeur volontiers respectueuse.
C était un vieil officier d'Afrique, droit comme on épée, crâne comme son bonnet de police, andide comme l'azur de son dolman bleu de ciel.
Jean-Louis Lentonnet aimait ses galons parce uil y voyait, dans chaque fil d'or ou d'argent, t trace de ses ambitions naïves, de ses illusions îillantes, de ses services héroïques et silencieux. Il avait passé par tous les grades, y compris lui d'enfant de troupe. Lignard de 2 e classe en ilie, caporal au Maroc, sergent, sergent-fourîr, sergent major en Algérie, il risquait d'user
bonne volonté dans l'inertie des casernes, •sque la guerre de 1870 lui donna l'occasion xposer aux balles allemandes l'éclat tout neuf ses premières épaulettes d'or.
[1 était porte-drapeau à Saint-Privat. Jamais garde des couleurs françaises ne fut confiée à > mains plus fidèles. Blessé deux fois dans te bataille, Lentonnet eut la force de maintenir qu'au bout, dans la fumée de la poudre et s la grêle de la mitraille, le glorieux symbole,
n'est jamais plus beau que lorsque sa splenir est éclaboussée par le sang des martyrs.
Capitaine de zouaves en Tunisie, Lentonnet fut
nommé chef de bataillon au 1" régiment de tirailleurs, le 9 avril 1892. Il se morfondait dans le loisir des garnisons. Commandant de turcos à cinquante-cinq ans, malgré ses actions d'éclat, ses blessures, ses douze campagnes, ses trois citations à Tordre du jour de l'armée, il avait peur de sa retraite prochaine. II aurait voulu, au moins, étant courtois, chevaleresque et sentimental comme tous les héros français, offrir à M m0 Lentonnet, pour sa fête, l'hommage de son cinquième galon.
Parisien de la rue du Temple, il avait laissé, dans son quartier, quelques vieux amis, qui lui disaient, à chaque congé : « Surtout, reviens avec l'aigrette blanche de colonel î II faut être colonel ! »
Sur ces entrefaites, le gouvernement français résolut de faire valoir ses droits sur l'île de Madagascar. Les bureaux du ministère de la guerre entreprirent d'organiser une expédition dans ce pays. Un crédit de 65 millions fut voté par le Parlement. Deux brigades d'infanterie, commandées par le général Metzinger et par le général Voyron, furent formées avec des fractions prélevées sur les différents corps de l'armée française. L'artillerie fut confiée au colonel Palle. Le génie eut pour chef le lieutenant-colonel Marmier. Le service des étapes fut réglé par le colonel Bailloud. Le sous-intendant Thoumazou reçut la direction des services administratifs. Le
médecin principal Emery-Desbrousses fut responsable des services sanitaires.
L'ensemble de ces forces imposantes devait ître conduit par le général Duchesne, comman- Iant en chef.
Le bon turco Lentonnet fut désigné d'office our servir à Madagascar. Cette désignation, qui lit honneur au discernement du général Hervé, lors commandant du 19 e corps d'armée, le combla 3 joie.
C'est avec une allégresse enthousiaste qu'il Dccupa de mobiliser, dès le 4 janvier 1895, s quatre compagnies. Toutefois, il fut obligé
constater, avant l'entrée en campagne, des tards dans le service de la comptabilité. Et, îlancoliquement, il écrivit sur son carnet, le nars 1895 :
,e ministre, consulté, n'a pas encore indiqué de soluî.
blette larme essuyée, il s'embarqua joyeuse-
nt, à Alger, le 1 er avril, sur le Cachemire, au
it des ovations et aux accents de la Marseil-
Sn sortant du port, son enthousiasme fut
ore accru par la rencontre d'un bateau russe,
ntté par un grand-duc.
ia traversée fut gaie. La nouba des turco s
i des airs endiablés. « Parmi les hommes
embarqués se trouvaient des chanteurs, un diseur do monologues, et même un sergent poète. »
En passant par le travers de Malte, Lentonnel, amoureux de gloire, regretta de ne « rien voir ou presque rien de cette tle fameuse enlevée par Bonaparte lorsqu'il cinglait avec son armée vers l'Egypte ».
Le 7 avril, l'aumônier du bord crut devoir prononcer, sur la dunette, un sermon où « il n'était question que des sacrements et de la supériorité du catholicisme ». Lentonnet s'amusa de cette homélie, attendu que, « parmi les soldats embarqués, huit cents au moins étaient musulmans ».
Le 21 avril, on fit chanter des cantiques aux sapeurs du génie et aux tirailleurs français. Un tirailleur indigène servait la messe.
Le 23 avril, on aperçut, à l'horizon, une colline couverte de manguiers, et un fortin. C'était Majunga.
Aussitôt après son débarquement sur la terre malgache, au milieu des bivouacs de la brigade Metzinger, Lentonnet écrivit sur son carnet la note suivante :
Conversation avec le colonel Oudri, qui a reçu les instructions du général Metzinger.
Première impression : étonnement du désarroi, du manque d'organisation qui se manifeste un peu partout.
Ce jour-là, le brave Lentonnet, après avoir dîné « d'un morceau de viande froide arrosé
d'eau sale », obtint à grand'peine une tasse de thé et dut se résigner à coucher par terre, à la belle étoile. Ses bagages n'étaient pas arrivés. Les « services administratifs » avaient négligé de lui faire parvenir sa tente. Cependant la campagne n'était pas commencée. Le général Metsinger aménageait, depuis six semaines, les canonnements de Majunga. Le général Duchesne Tétait pas arrivé.
Ces premiers déboires n'ôtèrent pas à Len- Qnnet sa belle humeur ni sa loyale confiance ans les vertus de la race française : « Baste! isait-il, on se débrouillera. »
Le 25 avril, ordre du général. Le bataillon de entonnet entre en campagne. Il faut détacher i une page entière de son carnet :
A l'heure dite, nous sommes en marche, les hommes lyant pas mangé la soupe, les cartouches n'étant qu'à 3Îtié distribuées, les vivres pas distribués du tout, queles hommes incomplètement équipés.
Le chemin à suivre est atroce et si mal indiqué que le Lâchement conduisant les mulets, parti après nous, gare dans les ravins et dans les marais. Des animaux nbent et s'embourbent; il fait nuit noire. Enfin, à minuit, it le monde est arrivé au camp, à 6 kilomètres à peine Majunga.
Juel gâchis causé par un départ aussi précipité, avec Ire d'aller de l'avant quand même, sans se soucier ni des urnes ni des animaux! Heureusement, tous mes soldats , fini par rejoindre. Nul ne s'est noyé ni embourbé, rime je le craignais. L'appel est lait, aucun manquant, soupe ni café.
A une heure du matin, n'ayant pas encore reçu ma tonte, je m'enveloppe dans mon caoutchouc, la tête dans le capuchon, et je m'étends, de même que la veille, à la belle étoile.
Il n'est pas indifférent de rappeler ici que les voyageurs avaient tracé, depuis longtemps, l'itinéraire de Majunga à Tananarive. Ils avaient indiqué les passages guéables, les cases où Ton pouvait gîter, les ruisseaux, les sentiers, les traversées en pirogues. M. Louis Catat, notamment, qui fut envoyé à Madagascar par le ministère de Tlnstruction publique en 1889, et aussi Grosclaude ne mirent pas beaucoup de temps à franchir, sans difficultés, les 6 kilomètres où le malheureux Lentonnet fut forcé de patauger à l'aveuglette.
Le lendemain, 26 avril, après une « nuit dure et courte », le réveil sonne « avant le lever du jour ».
Pas de café. Les hommes sont fatigués avant de faire un pas; ils ont mal dormi... Le bataillon se met en marche sans entrain... Plusieurs tirailleurs tombent, comme foudroyés par la chaleur...
Le 29 avril, le chef d'état-major de la brigade pêche à la cuillère dans les lagunes et prend un très beau poisson. Il est « roi de la pêche ».
La bonne humeur de Lentonnet allait peutêtre, malgré ces intermèdes, céder au spleen,
lorsque l'escarmouche de Marovoay vint à propos le ragaillardir. Il écrivit sur son carnet :
Enfin! Nous allons donc combattre et rencontrer l'ennemi. Les étapes sont terriblement longues dans ces marécages. La canonnade réveillera ceux qui commencent à perdre le feu sacré.
Marovoay nous a été représentée comme une ville assez mportante, où les Hovas, jusqu'alors fuyards, se défen- Iront énergiqucment. Leur chef répond au nom harmolieux de Ramas ambahaza. Les soldats l'ont déjà baptisé :
Ramasse ton bazar ».
Brave troupier français, toujours le même, epuis des siècles, toujours gai jusque dans les ires misères, héroïquement facétieux, loustic îsqu'àla mort! Il irait encore au bout du monde, .mbours battants, clairons sonnants, enseignes éployées, la chanson aux lèvres. Mais il est faciment déconcerté par le désordre, troublé par
désarroi, inquiété dans sa droiture et dans sa gique, par les incidents qui ne sont pas conrmes au devoir et à la raison.
Lentonnet, ayant chassé les Hovas de Maro- >ay, déclara la guerre aux fourmis rouges qui i montaient aux jambes. Pour s'isoler de ces nemis nouveaux, il eut l'idée géniale de faire n lit sur une table préalablement installée dans e flaque d'eau. Bref, il aurait été le plus heuux turco du monde, si seulement il avait reçu s nouvelles de « sa chère femme » vers laquelle ait, à travers l'espace, sa tendresse ingénue
et touchante. Malheureusement, les « services administratifs » fonctionnaient aussi mal pour les relations de famille que pour les communications d'intérêt public.
9 mai. — Arrivée à Marovoay du courrier de France nous apportant les premières lettres envoyées depuis notre départ. Des journaux, paquets, vêtements, provisions annoncés sont restés en route.
21 mai. — Ni la trésorerie, ni la poste ne sont en communication avec nous. Plus de lettres.
Cependant, les soldats « traînent la jambe ». Dès le 23 mai, une des compagnies du bataillon Lentonnet a laissé en chemin quatre-vingt-dix hommes. Le capitaine est malade. Les Arabes eux-mêmes sont démoralisés, anéantis par le climat : « Soleil pas bon, disent-ils. Pas comme en Afrique. Trop chaud! Fatigue beaucoup. »
Deux tirailleurs déclarent qu'ils ne peuvent aller plus loin. Ils se couchent à l'ombre, sous un arbre, comme des bêtes harassées. Le bon Lentonnet est obligé de « se mettre en colère » . Il crie, il jure, il tempête. Il tire son sabre. II menace de mort les récalcitrants, afin de leur sauver la vie. Il soupire : « Mes pauvres soldats souffrent horriblement de la soif ». Il distribue aux plus malades le peu de vin qui lui reste.
Clopin dopant, la colonne arrive à Mangabé, sous un soleil de plomb. « Allons! mes amis, dit Lentonnet, nous avons encore S kilomètres à
irer. Mais nous approchons d'un ruisseau où ous pourrez faire le café. Encore un coup e sac ! »
Vers quatre heures du soir, on s'arrête au gîte étape « sans avoir rien mangé, pas même un orceau de pain ».
Et le quartier général recommande de « ne odiguer ni le vin ni l'alcool ». En marge de tte prescription, Lentonnet crayonne ces deux Dts : « Peine inutile. »
Cependant les soldats, « venus pour cornttre », sont employés à la construction d'une Taisemblable route. Affamés, fiévreux, ils piomt du matin au soir, sous un ciel étouffant, îs la terre rougeâtre et malsaine.
1 juin. — Les convois n'arrivent pas régulièrement. La )n quotidienne de viande fraiche est réduite de moitié, né me la ration de pain de guerre. Le café fait à peu défaut... Nos hommes sont terriblement fatigués. Le n, dès six heures, ils partent pour la corvée de roule... c rentrent au camp que vers cinq heures et demie du La fièvre en abat chaque jour davantage...
juin. — Toujours le travail de la route, on ne compte ses victimes. Et pourquoi? Pour traîner derrière nous oitures Lefebvre. Celui qui a imaginé de les envoyer idagascar est un véritable meurtrier. Les cimetières nen cent à se peupler, and donc marcherons-nous en avant?
juin. — Les hommes qui ont pris part à la reconnais- 3 se reposent encore aujourd'hui, car les malheureux vraiment fatigués : ils ont marché sac au dos toute ournée, par des chemins aflVeux; ils n'ont même pas
fait la soupe et n'ont pris qu'un repas froid ; enfin, ils ont passé la nuit à la belle étoile.
14 juillet. — Vers dix heures, le général Metzinger vient nous surprendre; il est rayonnant et nous annonce sa nomination au grade de général de division.
Entre temps, le quartier général est arrivé, avec les vivres. Lentonnet se réjouit à l'idée que l'ordinaire de la troupe va peut-être s'améliorer :
Enfin les vivres arrivent, et aussi les t gros légumes ». J'ai rencontré aujourd'hui le docteur Emery-Desbrousses, médecin en chef du corps expéditionnaire, le lieutenantcolonel Marmier, directeur du génie, le général de Torcy et tout i'état-major. Le général Duchcsne est ici depuis l'occupation de Mevatana. Mais on le voit peu.
Lentonnet pourtant rapporte « que tout l'étatmajor général et celui du général Metzinger » assistèrent, le 16 juin, à une messe solennelle, dite par un jésuite. A côté, un « pasteur protestant disait la sienne j> dans une baraque. Mais « le pasteur n'avait pas de clients ».
Le commandant en chef parut aussi aux funérailles du lieutenant Augey-Dufresse et du caporal Sapin. Il prononça un discours dont Lentonnet nous a conservé le texte. Après avoir fait allusion à tous ceux que la fatigue, la faim et la fièvre avaient tués sur la route, le général s'écria :
Mais par delà la mort il y a l'immortalité, et j'ai confiance que, dans un monde meilleur, Dieu leur accordera la récompense que j'aurais été heureux de leur faire accorder ici-bas.
Le 15 août, nouvelle apparition du général en chef, ainsi notée par Lentonnet :
De grand matin, je me rends moi-même au travail. Il l'est pas terminé, lorsque paraît le général Duchesne, erriblement en colère! Au camp, vers dix heures, autre uile. Aucun gourbi n'a été préparé pour le commandant n chef, qui ne paraît décidément pas commode.
Je transcris encore ces notes brèves :
27 août. — Le 200 e n'a pu fournir aujourd'hui qu'une entaine de travailleurs. C'est navrant! Les hommes de ce giment ne tiennent plus debout. Il en meurt deux par ur environ au camp. Le spectacle de ceux qui survivent, ives, épuisés, à quelques exceptions près, est lamentable. Le 40 e bataillon de chasseurs est encore plus éprouvé. icun de ses soldats n'a pu se rendre à la corvée. Triste! s te!
Les voitures du général sont parvenues, non sans peine, ;qu'au camp.
2 septembre. — Le quartier général est installé ici. Il en ulte pour mon bataillon un surcroît de corvées.
On peut suivre pas à pas, dans le Carnet de wpagne du lieutenant- colonel Lentonnet, le vaire de cette malheureuse armée, qui demande à combattre et qui se consuma d'impatience, mpoisonna de fièvre, s'anéantit sur les terrassents de cette route funèbre, jalonnée par des iavres :
i juillet. — Il faudra dresser un jour la liste des unes morts d'anémie et de fièvre que cette route, plus irtrière que cent combats, a coûtés et coûtera... août. — Ni pain ni vin pour personne; mais un vrai lat doit savoir tout supporter.
16 août. — Cinq kilomètres à gravir presque à pic. Les voitures Lefebvrc n'avancent plus ; elles roulent en arrière, quelques-unes dans le ravin. Mes hommes doivent s'atteler, pousser aux roues. Je calcule qu'aujourd'hui le service de chacun de ces odieux véhicules réclame soixante hommes! Enfin, après des efforts inouïs, le convoi parvient au sommet.
19 août. — A cette corvée de route vient s'en ajouter une autre vraiment lugubre. Vingt hommes de mon bataillon sont commandés pour aller creuser des fosses... afin d'y enterrer les morts.
Le nombre des victimes devient effrayant. Malgré les fatigues, malgré la maladie, pas de repos.
22 août. — Ce malheureux 200 e , composé de jeunes soldats, a été presque entièrement anéanti. C'est épouvantable! Il n'a cependant pas encore combattu.
23 août. — L'ambulance est installée à la diable... A certains postes de l'arrière, des malades restent sans médecin... Le matériel d'ambulance manque partout. A qui incombe la responsabilité de cela?
Continuons notre lecture :
26 août. — Les caisses de biscuit ou de pain de guerre arrivent moisies.
3 septembre. — Pauvres petits soldats ! Les officiers du 200 e sont navres, chaque jour les débris du régiment laissent en route des malades et des cadavres. Le commandant de Franclieu ne se console pas de la perte de ces infortunés conscrits.
41 septembre. — Singulier ordre aujourd'hui :
L'ambulance étant encombrée, les corps ne doivent lui envoyer aucun malade qu'en cas d'urgence absolue. Traduction libre : aucun homme ne recevra plus de soins que lorsqu'il sera moribond.
L'effet produit est lamentable.
Ce n'est pas fini :
21 septembre. — Les suicides deviennent de plus en plus