‹ Le malaise de la démocratie (volume 2)Chapitre 91 sur 98 · QUESTIONS CONTEMPORAINES · texte numérisé non relu

QUESTIONS CONTEMPORAINES

fréquents dans la légion étrangère, qui se démoralise... Les malades ne se comptent plus, et on ne les soigne même pas...

Le caporal P... M..., pris de dysenterie, doit être évacué; m lui donne quatre jours de vivres, on le hisse sur un acolet, et le malheureux est expédié sur l'arrière. S'il ne deurt pas, il aura de la chance. Nul médecin ri accompagne ?s malades qui ne peuvent suivre. Les médicaments font éfaut.

Combien de malades sont morts, depuis quelques jours, ute de soins et de médicaments!... Avec quelle insouanceon traite ces pauvres malades!... Certains hommes ténues, anémiés, ne sont pas reconnus malades ; ils archent.et suivent la colonne, et meurent en route ou au mp.

Mort du caporal Véron, un excellent soldat. Le pauvre fant s'est éteint sans aucune plainte.

La plume tombe des mains lorsqu'on transcrit pareilles choses. On hésiterait à enregistrer, ur les historiens futurs, des faits aussi déploies, s'ils n'étaient attestés par un témoin, s'ils taient certifiés par un officier qui se plaint (on >u le voir) beaucoup moins en son nom permel qu'au nom de ses soldats.

Ze qui donne aux récits du lieutenant-colonel itonnet, indépendamment de leur valeur docuntaire, une place parmi les écrits durables, ;t le mouvement d'émotion humaine, le frémislent de pitié qui anime ces pages, crayonnées s effort d'esprit et en toute effusion de cœur. officier sans peur et sans reproche aimait ses lats. Il en était aimé. Il avait pour eux, sous

sa rude enveloppe, des tendresses infinies. Souvent ses veux clairs et francs, si terribles et si bons, donnèrent des larmes à des infortunes obscures. Plus d'une fois, sous sa vieille moustache grise, le c père Lentonnet », comme rappelaient affectueusement les zouaves, sut trouver, en effet, des paroles paternelles, dont la douceur consola, dans la brousse, l'agonie des pauvres enfants de France, morts de fatigue, de faim, de fièvre et d'abandon, loin de l'ennemi.

Il les aimait. Il leur ressemblait. Il avait, comme eux, la tristesse courte, la résignation facile, l'amour endiablé des entreprises glorieuses et des belles actions. La moindre aubaine, une reconnaissance périlleuse à diriger, une position à enlever au pas de charge, suffisait à lui rendre son entrain. Une bataille, une vraie bataille lui aurait fait oublier, ainsi qu'aux braves gens de sa troupe, toutes les peines endurées, toutes les privations subies, tous les maux soufferts. Dans les rares occasions où il put brûler de la poudre sous le nez des Hovas, il se réjouissait de voir les chasseurs du 40% « de très jeunes soldats, de vrais et bons Français, entraînés par la charge comme aux beaux jours des grandes guerres ».

La République française a perdu, dans la campagne de Madagascar, 5 756 de ses meilleurs soldats. C'est le chiffre avoué officiellement par les bureaux.

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