Œuvres complètes, 9 vol., 1860-63; Souvenirs, 1 vol
Il était, selon les expressions de Guizot, « fils de l'Ancien Régime, aristocrate par l'origine, par les exemples de sa famille et les habitudes de sa jeunesse * ». D'autre part, il avait l'esprit assez ouvert et le cœur assez noble pour accueillir, sans trop maugréer, la Démocratie naissante.
Son château patrimonial de Tocqueville, bâti en granit, élève ses trois tours rondes dans un paysage calme, aux environs de Valognes. C'est là qu'il allait passer les mois chauds. Bien que ce castel fût délabré, il le préférait à son manoir de Tourlainville, qui n'avait que les quatre murs, et dont la reconstruction eût exigé ^u moins 100 000 francs de dépense. Cette résignation à un « pis aller », d'ailleurs supportable, peint très bien M. de Tocqueville s'accommodant, en politique, d'un abri précaire qui valait mieux que le plein air ou qu'un refuge trop dispendieux.
« J'ai quarante-cinq ans, disait-il le 25 août 1 850 : il me semble qu'il aurait fallu des siècles pour les changements qui se sont produits dans les habitudes de la société depuis mon enfance. » Tout petit, il apprit, par les récits de ses parents, comment, sous la Terreur, les paysans des environs de Valognes avaient démoli le colombier de son château seigneurial et occis, à coups de bâton, trois mille braves pigeons qui ne comprenaient
\, Discours prononcé à l'Académie française, lors de la réception du Père Lacordaire, le 24 janvier 1861.