CONCLUSIONS
ce bon nationalisme qui doit réconcilier tous les Français.
C'est ainsi, et non pas autrement, que je suis nationaliste.
Au moment où je ferme le dernier feuillet de ce livre, je voudrais, malgré les inquiétantes clameurs de la rue, ne laisser entendre que des paroles d'espérance et de réconfort.
Je songe à ce vieux chancelier Guillaume du Vair, qui, au milieu des guerres civiles, écrivait un traité De la constance et consolation es calamités publiques.
L' « Affaire », Dieu merci! touche à sa fin. Je crois que cette affaire Dreyfus, si douloureuse, et qui deviendrait si aisément fratricide, — n'est peutêtre pas incapable d'aboutir à de bons résultats. C'est une crise décisive. Or, si les crises violentes sont la ruine des tempéraments débiles, chacun sait qu'au contraire les natures vigoureuses, en triomphant d'un mal réputé incurable, trouvent, dans leur guérison, une preuve de leur puissance et un nouveau motif de croire en l'avenir.
Cette question aura ébranlé, quelque temps, la quiétude des Français. Mais, après tout, est-ce que la torpeur et l'apathie sont des conditions normales pour un Etat libre? Qu'est-ce qu'un accès de fièvre, évidemment passager, en comparaison de la paralysie générale, où nous allions douce-
ment? Sans ce coup de fouet, qui du moins nous agite le sang et nous réveille les nerfs, nous serions peut-être à Theure qu'il est dans un état de faiblesse pareil à Tagonie.
L'affaire Dreyfus, en nous obligeant à résoudre un cas de conscience, noua force, bon gré mal gré, à rentrer dans la vie morale, d'où l'indifférence et l'ironie nous retiraient peu à peu... Nous voici engagés dans une passe difficile et dans un endroit périlleux. Il faut sortir de là, coûte que coûte, sous peine de mort. Et, subitement, à la surprise de l'univers entier, nous voilà devenus sérieux. C'est peut-être la première fois que cela nous arrive, depuis quinze ans.
Il serait étrange que cette nation, si souvent victorieuse d'ennemis redoutables, ne pût, à cette heure, venir à bout des deux forces mauvaises qui l'assaillent : le Mensonge et la Bêtise.
Depuis un an que 1' « Affaire i» nous tourmente, je crois que nous avons connu, en détail, toutes les sortes de déguisements dont peut s'affubler la malice humaine pour dissimuler la vérité. Dans ce pays, où l'on n'aime pas les gens masqués, ni les paroles menteuses, ni Tartufe, ni Giboyer, il est permis de céder parfois à un mouvement d'impatience, lorsqu'on sent venir, de partout, ce sournois attentat du Mensonge...
Et c'est, pour les honnêtes gens, une salutaire épreuve, que d'être obligé à prendre parti.