CHAPITRE II LE POLITICIEN
Aujourd'hui et autrefois. — Les mercuriales d'Edmond Sclîérer et de Ghallemel-Lacour. — Les électeurs et les élus. — Aristophane et M. Georges Lecomte. — Le député Denisot et le député Thibaudeau.
Les démonstrations de Tocqueville, prolongées et aggravées par nos cruelles expériences, prouvent qu'en France, la plupart des régimes fondés sur la bourgeoisie satisfaite meurent ordinairement de décomposition.
Au mois de septembre de Tannée 4841, M. de Lamartine, député et conseiller général du premier arrondissement de Mâcon, adressait à M"*® de Girardin, les réflexions suivantes, qui parurent alors fort chagrines :
On parle de moi pour le ministère dans les journaux d'aujourd'hui. J'en suis bien aise pour nos électeurs, que cela flatte, mais il n'y a pas le moindre fondement. Si je reste à la Chambre, je verrai soigneusement passer trois ministères avant de faire partie d'aucun, et, si jamais j'y
entre, je n'y entrerai que par une brèche. On n'a de force que dans les places conquises, dont les bourgmestres vous apportent les clefs. Or, qu'est-ce qu'un ministère sans pouvoiri Une duperie.
Le 1 juillet 1845, le même député de Màcon, dans une lettre au comte de Circourt, écrivait ceci :
Ce pays est mort, rien ne peut le galvaniser qu'une crise. Gomme honnête homme je la redoute, comme philosophe je la désire : nous marchons à l'inverse de l'esprit de Dieu. Pays sans courage et sans vertu, admirable parterre pour les apostats politiques. Naples a inventé Polichinelle, la France est digne d'inventer pis. N'y pensons plus et travaillons.
Citons encore, malgré sa forme un peu brutale et injuste, cette boutade du 24 décembre 1846 :
Le roi est fou ; M. Guizot est une vanité enflée ; M. Thiers, une girouette ; la nation, un Géronte. Le mot de la comédie sera tragique pour beaucoup de monde.
Il serait peut être malaisé de trouver dans le Parlement, à l'heure qu'il est, un nouveau Lamartine. La poésie s'est tout à fait envolée de la Chambre et du Sénat, à moins qu'elle ne se soit réfugiée dans le pupitre de M. Clovis Hugues. Toutefois, il est encore possible de rencontrer au Palais-Bourbon et au palais du Luxembourg, un certain nombre de républicains honnêtes et clairvoyants. Ils sont attristés, écœurés. Ils ont le courage de le dire. Et, bien qu'on ne puisse pas