‹ Le malaise de la démocratieChapitre 3 sur 108 · Nouveaux Lundis^ t. XI, p · texte numérisé non relu

Nouveaux Lundis^ t. XI, p

Le comte Alexis de Tocque ville, en son vivant ministre des Affaires étrangères delà République, membre de l'Académie française et de l'Académie des sciences morales et politiques, député de l'arrondissement de Valognes, a perdu, depuis sa mort, quelque chose de son prestige aux yeux des gens qui ne l'ont pas lu.

On mit, à la Comédie-Française, lorsque M"*^ Suzanne Reichenberg, au premier acte du Monde ou Von s ennuie, récitait, de sa voix aigrelette, ces mots que lui avait soufflés M. Edouard Pailleron :

Ce que le vulgaire appelle du temps perdu est bien souvent du temps gagné, comme a dit M. de Tocqueville *.

On a ri, le 12 janvier 1897, sur divers bancs de la Chambre des députés, lorsque le vénérable comte Anatole Lemercier, doyen de cette assemblée, fît entendre, du haut de son fauteuil présidentiel, cette apostrophe :

Il nous faut, mes chers collègues, évoquer les grands noms de Montesquieu et de Tocqucville, pour répéter, après eux, que les démocraties ont plus besoin que les autres gouvernements de pratiquer la vertu*!...

Apparemment, les personnes peu averties se représentent feu M. de Tocqueville sous les traits d'un ancêtre solennel, empesé dans son faux-col,

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