LE BESOIN DE S'AMUSER
obligées de célébrer, par des ripailles solennelles, cette nuit mémorable de Tan 750 de Rome, où naquit, dans un village de Judée, Jésus le Nazaréen.
Pendant tout le mois de décembre, des arrivages d*huîtres préoccupent l'âme soucieuse de nos principaux restaurateurs. La Chambre syndicale de l'alimentation est sur les dents. Des caisses de Champagne encombrent les cabarets où fréquente l'aristocratie de la troisième République. Et le boudin blanc abonde dans les gargotes voisines des Halles. Pourquoi? C'est que le « réveillon » de la nuit de Noël, destiné par la prévoyance de la primitive Eglise à réconforter les fidèles affaiblis par le jeûne, s'est changé en une mangeaille quasiment nationale, en une sorte de quatorze juillet nocturne auquel il n'est pas nécessaire d'apporter l'excuse d'une longue abstinence ni la sécurité d'âme que donne une bonne communion. Evolution des genres... « En ma jeunesse, dit le bon Estienne Pasquier, c'estoit une coustume que Ton avoit tournée en cérémonie de chanter tous les soirs, presque en chaque famille, des nouels qui estoient chansons spirituelles, faites en l'honneur de Nostre-Seigneur; lesquels on chante encore en plusieurs églises, pendant que l'on célèbre la grand'messe le jour de Nouel lorsque le prestre reçoit les offrandes. j>
i04 LE MALAISE DE LA DÉMOCRATIE
Que les temps sont changés! Depuis la mort du docte Estienne Pasquier, Tenfantillage des vieux « nouels » s*est mué en ces liturgies parisiennes dont le paganisme n'est même pas athénien.
Le carême est aussi, pour nos fêtards, une occasion d'ascétisme folichon.
Si nous pouvions, en temps d'abstinence obligatoire, oublier un seul instant notre devoir, les conférenciers de la Bodinière — à défaut du Bœuf gras, des étudiants et des blanchisseuses — suffiraient à nous avertir que la semaine sainte est proche et qu'il va falloir se mortifier.
Les personnes qui vont tous les jours, dans la salle de la rue Saint-Lazare, vaquer aux soins de leur intelligence et à la parure de leur cœur n'ont pas pu se plaindre qu'on négligeât les intérêts de leur salut. Elles ont pu se sanctifier sur place, sans quitter ces fauteuils de velours rouge où elles aiment à dépenser leurs après-midi en écoutant des dissertations harmonieuses ou des musiques follettes. Il y a temps pour tout. Un programme sagement combiné et dirigé par les nobles préoccupations leur permet, pendant le temps pascal, d'aller, séance tenante, du doux au grave et du plaisant au sévère. Sur ces mêmes planches où M"° Yvette Guilbert nasilla (oh!
combien!) la cantilène du Petit Cochon, l'administration de la Bodinière fit retentir la parole de