‹ Le malaise de la démocratieChapitre 38 sur 108 · LA RELIGION DE LA BOURGEOISIE · texte numérisé non relu

LA RELIGION DE LA BOURGEOISIE

Dieu. On a pu alors dire, comme Victor Hugo dans la Légende des siècles :

Le pourceau misérable et Dieu se regardèrent.

Sur Taffiche où étaient indiqués les offices de la semaine sainte on a pu lire ceci, que je transcris fidèlement : « Mardi 24 mars, à trois heures. Chansons libertines; mercredi 25, à trois heures. Sermons de Bossuet; jeudi 26, à trois heures, Chansons libertines. »

Donc, Bossuet prêcha, plusieurs fois, du haut de la chaire de la Bodinière, devant une assemblée fleurie de chapeaux printaniers, gantée de suède clair, chaussée de chevreau verni, et drapée des plus fraîches couleurs. Après tout, il a bien prêché devant les perruques, les dentelles et les baudriers de Thôtel de Rambouillet... Mais quelle concurrence pour les autres prédicateurs du carême! Sans doute les pénitentes du Révérend Père OUivier désertèrent, ce jour-là, Téglise de Saint- Thomas -d'Aquin. Les paroissiennes de Sainte-Clotilde abandonnèrent le Père Léonard. Les dévotes de la Trinité quittèrent le Père Jacquot. Le Père Léon fut négligé dans la nef de Notre-Dame-de-Lorette. Le Père Edouard ne fut pas écouté à Saint-Merri. Les ouailles de Saint-Honoré d'Eylau n'entendirent pas l'appel du Père Etourneau. Et il n'y eut sans doute personne

pour recueillir, au pied de la chaire de Notre- Dame, le verbe un peu froid de M. Fabbé d'Hulst. Bossuet prêcha à la Bodinière. Il prêcha par Torgane impérieux de M. Mounet-SuUy. Le grand artiste qui, presque tous les soirs, donnait aloris quelque chose de son âme au triste Arétin, voulut se prêter à cette pieuse entreprise. L*auditoire, en fermant les yeux, a pu se procurer de fortes sensations d'histoire. Rien n'empêcha les auditrices intelligentes d'imaginer cette vieille église des Minimes de la place Royale (devenue, si je ne me trompe, une caserne de gendarmes) où le doyen de Metz (c'est ainsi qu'on appelait, en ce temps-là, l'aigle de Meaux) a flétri les grands de la terre en présence du prince de Condé. J'aurais désiré que M. Mounet- Sully consentît à extraire du fameux sermon sur la Parole de Dieu le morceau que voici :

Que chacun parle ici à sa conscience et s'interroge soimême en quel esprit il écoute! Que chacun pèse devant Dieu si c'est un crime médiocre de ne faire plus, comme nous le faisons^ qu'un jeu du plus grave, du plus important, du plus nécessaire emploi de V Église. Car c'est ainsi que les saints conciles nomment le ministère de la parole. Mais pensez maintenant, mes frères, quelle est l'audace de ceux qui attendent ou exigent même des prédicateurs autre chose que l'Evangile, qui veulent qu'on leur adoucisse les vérités, ou que, pour les rendre agréables, on y mêle les inventions de l'esprit humain ! Ils pourraient avec la même licence, souhaiter de voir violer la sainteté de l'autel, en falsifiant les mystères. Cette pensée vous fait horreur.,.

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