‹ Le malaise de la démocratieChapitre 78 sur 108 · LA RÉFORME' UNIVERSITAIRE · texte numérisé non relu

LA RÉFORME' UNIVERSITAIRE

Et naturellement quand on suit ses avis, on commet une... « gaffe » qui lèse invariablement les répétiteurs.

Nous n'insisterons pas aujourd'hui. Nous avons voulu simplement le présenter à nos lecteurs.

Ailleurs, ces messieurs posent la question suivante :

Quelle différence y a-t-U entre le principal du collège de Marmande et un goujat?

Ils énoncent l'aphorisme que voici :

Lâche devant les élèves, M. Voisiii, censeur du lycée Hoche^ est hypocrite avec les répétiteurs.

Bref, ils rabrouent tout le monde à tort et à travers, depuis le ministre jusqu'au plus humble des surveillants généraux. De temps en temps, ils veulent bien donner un témoignage de satisfaction à leurs supérieurs. Exemple :

En se rappelant au bon souvenir de leur ancien censeur, les répétiteurs du lycée de Constantine félicitent leurs collègues du lycée de Grenoble de la chance qu'ils ont de posséder M. Boudier.

Ils trouveront en lui un administrateur habile et éclairé, dont la bienveillance, la bonne humeur, la franche cordialité lui concilieront certainement toutes les sympathies.

En cette circonstance, ils s'empressent de souhaiter la bienvenue à leur nouveau censeur, M. Chacomac, qui, par sa bonne grâce exquise, son affabilité et sa sympathie pour les répétiteurs, est déjà assuré de tout leur dévouement.

Allons, tant mieux! Et nous avons là, en raccourci, le certificat de civisme que les sans-

culottes distribuaient à leurs amis au temps de la Terreur. Mais n'est-ce pas que ces documents indiquent un « état d'âme » assez singulier?

Il y a quelques années, un ministre libéral signa un arrêté par lequel il approuvait la formation d'une société dont l'acte de naissance était ainsi conçu : « Une association est formée entre les maîtres répétiteurs des lycées et collèges de France pour favoriser et faciliter leurs études et établir entre eux des rapports de bonne confraternité et de mutuel appui. »

Au lieu de se maintenir dans ces termes excellents, l'Association des maîtres répétiteurs s'est éloignée de ses origines et a dévié de son but. Elle est devenue un syndicat, avec tout ce qui s'ensuit : tribunal d'inquisition, police secrète, procédés d'intimidation, etc. Une différence, toutefois : l'ouvrier syndiqué encourt des risques, il est responsable de ses actes ; s'il fait choir son patron, il s'expose à rester sur le pavé. Le maître d'étude syndiqué, tandis qu'il rédige, avec le papier et l'encre du gouvernement, des réquisitoires et des excommunications anonymes, n'a rien à craindre. Le lycée qu'il compromet peut perdre des élèves. Lui, il garde sa place. On a beau être blasé par les spectacles de l'histoire contemporaine, c'est une chose bien surprenante que de voir les agents d'un service public syndiqués contre les chefs de qui dépend la marche régu-

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lière de ce service. A quand le syndicat des adjudants contre les capitaines, des capitaines contre les colonels, et des colonels contre les généraux?

Hélas! tout cela est d'un comique bien attristant. Les ennemis de TUniversité ne se font pas faute d'exploiter tous ces faits. Ils n'ont plus guère besoin d'envoyer de prospectus à leur clientèle. Un abonnement de trois mois à la Réforme universitaire est pour eux une excellente opération depropagande et de commerce. Les amis de l'Université — et j'ai quelques raisons d'être compté parmi eux — seraient dupes d'une dangereuse illusion s'ils croyaient guérir le mal en le cachant.

J'ai dit ce que je pensais du syndicat des maîtres répétiteurs. Je parlerai avec la même franchise de l'association projetée qui doit, si l'on en croit certains prophètes, syndiquer les professeurs.

Je pense que personne ne pourra se méprendre ici sur le sens de mes paroles.

J'ai dit souvent tout le bien que je pense du corps enseignant. Je n'ai pas à revenir sur un éloge dont les traits risqueraient de n'être jamais assez dignes d'un tel sujet.

Tous les députés et tous les sénateurs, à qui le hasard de nos fréquentes combinaisons ministérielles décerne le portefeuille de l'instruction

publique , éprouvent ordinairement , lorsqu'ils s'installent dans le vaste cabinet de la rue de Grenelle, en face du portrait de Fontanes, une sensation de fraîcheur et de réconfort. Nul grand maître, sauf peut-être M. Combes, ne s'est dérobé à ces pures délices. Tous les personnages que la confiance du Président de la République appela dans cette maison salubre ont joui largement de ce changement d'air. On raconte que M. Goblet, aussitôt après la réception des professeurs, appela son chef de cabinet et lui dit : « Jamais je n'ai vu tant de braves gens ensemble! » M. Léon Bourgeois a éprouvé la même impression. « Je ne connais pas, disait-il, je ne connais pas pour l'homme d'État de contact meilleur et plus réconfortant que celui des maîtres de notre Université... Il sent les idées élevées, les sentiments généreux, un je ne sais quoi de sain et de vivifiant qui l'entoure et le pénètre de toutes parts; il respire ici l'air pur des sommets, et les années qu'il y passe lui donnent pour toute la vie comme un renouveau de force morale et de passion pour le bien *. »

En effet, dans le malaise de notre Démocratie, le corps enseignant reste une partie saine. Il exhale une fine odeur de probité et même (j'oserai le dire, bien que certains mots très beaux soient devenus ridicules) un parfum de vertu. Les Uni-

1. Discours prononcé à la distribution des prix du Concours général, le 29 juillet 1892.

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