Alexis de Tocqueville, par Eugène d*Eichthal, p
révolution, elle est utile pour protéger la propriété ; mais son instinct est d'engendrer la révolution : la majorité de ses membres n'a aucune expérience politique et sympathise avec le sentiment général, qui est rarement favorable au gouvernement; les uns veulent lui donner une leçon, les autres le renverser \ »
Et voilà, ou peu s'en faut, l'histoire du sabre de M. Prudhomme.
Le 10 février 1851, M. de Tocqueville et J.-J. Ampère se promenaient, en causant, sous les orangers de Sorrente. Invinciblement, malgré la grâce du paysage sur lequel ils reposaient leur vue, leur conversation revenait aux révolutions étranges qui avaient bouleversé leur patrie.
J.-J. Ampère parlait de ces événements avec l'éloquence convaincue d'un professeur de littérature française :
— Oui, disait-il, en gesticulant cotnme s'il eût été en chaire, oui, la Révolution de 1848 m'avait complètement empoigné ; je crus que le pouvoir était enfin aux mains du peuple... Je fis à mes élèves du Collège de France un discours qui eut le plus brillant succès. Je m'écriai : « Loin de nous les démagogues, mais salut à la Démocratie ! » Les acclamations durent être entendues de la Seine !