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CHAPITRE IX LE MALAISE DE LA JEUNESSE

Quelques témoignages. — La course aux examens. — ■ Complet » partout. — « Allez aux colonies! » — Remèdes. — La mission lyonnaise.

l\ ne faut pas se dissimuler qu'en ce moment la jeunesse est non seulement défiante mais encore morose. Serait-ce donc un * malheur d'être jeune »? Ce mot de jeunesse, qui s'associait jadis à des idées riantes, à des idées d'aurore et de printemps, semble en ce moment s'associer à des idées de tristesse. Il y a des jeunes gens qui semh blent s'ennuyer d'être jeunes, et qui voudraient en avoir fini avec les stages obligatoires, avec le vestibule de la vie où ils piétinent sur place. Ils sont, pour ainsi dire, « candidats à la vieillesse! »

Voici un document, humoristique et instructif, sur ce singulier « état d'âme ».

C'est le jour de l'an; un père et son fils s'entretiennent à l'occasion de cette fête de famille. Le

père se plaint des sentiments mélancoliques que lui inspire le souvenir des années passées; il évoque les bonheurs d'autrefois. Son fils, le jeune Paul, s'étonne de ces sentiments; écoutons-le expliquer à son père de quelle façon il comprend l'existence :

— « Vois-tu, papa, le grand point c'est de n'être ni un tendre, ni un emballé. La sentimentalité ne fait que des dupes, et la passion des victimes. Tout ça se paye en monnaie de souffrance. Aussi, zut! En toute chose, garons-nous de l'excès, et même, si tu le permets, de la simple émotion. Le minimum, c'est déjà trop. Je ne veux ni pleurer bien fort, ni rire aux éclats; j'aime mieux passer pour glacé que de donner dans les gobeurs, et quand je pense qu'il y a des gens qui sont admîratifs, je me dis qu'il faut qu'ils aient des rentes et du temps à perdre... Dans l'existence, moi je me borne à constater, à subir et à profiter : je suis un petit sage. »

M. Durieu (c'est le nom de ce père) lève les bras au ciel, et le déplorable Paul reprend son discours :

— « Je suis froid comme un glaçon et sec comme un copeau. Je ne nourris pas de grands rêves et je me fiche de l'avenir autant que du passé, et pourtant... j'ai envie de le dévorer, cet avenir, tout de suite, le plus tôt possible. C'est d'instinct. Je suis né pressé. Nous sommes tous

pressés dans notre promotion, même sans savoir où nous allons... Ce n'est pas : « Tout ou rien », notre devise. Mais : « Tout de suite », ou alors bonsoir. C'est ce qui t'explique notre haine des vieux. Ah! non, nous n'aimons pas les vieux.

M. DuRiEU. — Eh bien, et quand vous serez vieux, vous aussi?

Paul. — Nous détesterons les jeunes. »

Ce rapport a été sténographié par la plume tranquillement impitoyable de M. Henri Lavedan. Il s'intitule : les Jeunes ou V espoir de la France *. Ce rapport n'est pas très rassurant. Les « petits jeunes » dont M. Lavedan déboutonne la jaquette, ausculte les poumons et dépiaute l'âme, m'ont donné froid dans le dos. Côté du cœur? Rien. Côté du cerveau? Presque rien. Mais des muscles, par exemple, du nerf, du tendon, de l'estomac et du toupet. Oh! du toupet, surtout.

Si d'un côté les jeunes gens se plaignent de rester en route, il semble que depuis quelque temps les pères de famille se plaignent d'avoir tant de jeunes gens sur les bras. Un journaliste très apprécié, très souple, très alerte, prompt à saisir l'actualité, M. Hugues Le Roux, se faisait récemment, l'interprète du sentiment de tous, dans une série d'articles intitulée : Nos fils! qu en feronsnous? Plus récemment, il disait : Nos filles! qu'en

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