‹ Le malaise de la démocratieChapitre 90 sur 108 · LA COURSE AUX EXAMENS · texte numérisé non relu

LA COURSE AUX EXAMENS

sies, entendre des propos dont le ton fut aussi variable que les chansons de nos opérettes-bouffes. A l'âge où Ton ne devrait assister qu'à des spectacles pacifiants, nos jeunes camarades ne voient que des antagonismes, des concurrences, des mêlées : les universités en guerre contre les Écoles spéciales, les maîtres d'études insurgés contre la discipline, les dispensateurs du baccalauréat en révolte contre le bachot, et la surproduction des diplômes coïncidant avec le chômage obligatoire des diplômés. Ces antithèses ont de quoi troubler et décourager les plus fermes intelligences. Nous voulons, malgré ces anomalies, que les jeunes gens persistent à nous prendre au sérieux! Nous nous plaignons de leurs irrévérences! Après les gâteries que nous leur avons prodiguées, la mode est maintenant de les morigéner. Je me rappelle un moraliste sévère, M.Jacques Porcher, qui, dans la Revue bleue^ reprochait aux jeunes gens d'être « sceptiques, ironiques , prématurément corrompus , indécents, fricoteurSy et surtout joro/bnd^men^ irrespectueux ». Mais que diable voulez-vous qu'ils respectent? Qu'est-ce que nous leur offrons de si respectable? Voulez-vous qu'ils respectent le genre de littérature qu'ils ont vu fleurir depuis dix ans? Par quoi, s'il vous plaît, sont-ils « prémat^rément corrompus », sinon par une pornographie naguère puissante, à qui allèrent, longtemps, tous les sourires des

dilettantes et toutes les attentions des pouvoirs publics? Est-il vrai, d'ailleurs que tous nos cadets soient inclus dans ces fâcheuses définitions? J*en connais qui ne sont ni « corrompus » ni « frîcoteurs », et qui sont simplement embarrassés par une concurrence plus âpre que jamais.

Cette génération a choisi pour naître un mauvais moment. L'heure est trouble, incertaine, inclémente. Un jeune étudiant le disait l'autre jour, dans la même Revtie bleue, avec une naïveté brutale :

Nous sommes venus à la maie heure. Ceux qui nous ont précédés et qu'on a plaints, les jeunes gens de TAnnée terrible, furent mille fois plus heureux. La guerre, pour funeste qu'elle fût, avait balayé, déblayé là voie. Le changement de régime avait multiplié les vacances. Aujourd'hui toutes les places sont prises et occupées pour longtemps. Tout est plein.

Comment sortir de là? Quel est le remède?

Hugues Le Roux vient de publier un livre intitulé : Nos /Us! Quen ferons^nous? M. Le Roux énumère d'abord des négations. Il s'écrie : « Ne soyez pas normalien! Ne soyez pas polytechnicien! Ne soyez pas saint-cyrien ! Ne soyez pas élève de l'École centrale ! Ne faites pas votre droit! Ne faites pas votre médecine! » Mon Dieu ! Il y a du bon dans ces conseils négatifs, encore qu'il ne faille pas éloigner de l'Ecole normale un futur Pasteur, si par bonheur sa vocation s'éveille, ni

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