‹ Le malaise de la démocratieChapitre 91 sur 108 · LA COURSE AUX EXAMENS · texte numérisé non relu

LA COURSE AUX EXAMENS

détourner de l'École de médecine un nouveau Claude Bernard, que notre race, après tout, ne semble pas incapable de fournir. Mais j'attends des indications plus précises. Or, que dit Le Roux? Ceci : « Soyez agriculteurs, marchands, mécaniciens. » Et ceci surtout : « Allez aux colonies ! »

J'interroge un autre conseiller, le très éloquent Père Didon. Il a parlé souvent à la France tout entière, par-dessus les casquettes de ses élèves d'Arcueuil et par-dessus les biceps des athlètes du Havre. Il a dit ceci : « Soyez agriculteurs, marchands, mécaniciens. » Et surtout : « Allez aux colonies. »

^ Évidemment, ces conseils sont excellents, à condition toutefois que Ton ne force pas les vocations, que Ton n'oblige pas un ébéniste à labourer la terre, un poète à faire faillite dans les huiles, un ataxique à conduire une locomotive, et un manchot à tenir un gouvernail. Mais les prédicateurs n'ont pas besoin d'entrer dans les nuances. Hugues Le Roux et le Père Didon auront fait beaucoup de bien s'ils réussissent à désencombrer les antichambres où foisonnent les solliciteurs, et à dégager les couloirs de Facultés, où abondent les candidats.

Seulement, j'en reviens à ce que je disais. Le meilleur moyen de réformer la jeunesse, c'est de nous réformer nous-mêmes. N'abusons pas de la néanioscopie. Il ne faut pas trop confesser, aus-

culter, tarauder les jeunes gens. Il faut les laisser un peu libres de- chercher leur voie. Si nous désirons que les postulants aux postes administratifs soient moins nombreux, ne guettons pas les lauréats, au sortir des lycées, afin de leur octroyer des licences illusoires ou des agrégations décevantes. Les excellents conseils de colonisation viendront trop tard, s'ils sont précédés par une culture intensive de mandarins. Si nous ne voulons plus de ronds-de-cuir, cessons de recruter artificiellement des stagiaires... Ayons soin, surtout, de prêcher par des exemples. Ce sont les meilleurs arguments. Les jeunes gens valent autant que nous, allez I Faisons notre examen de conscience. Commençons par mettre un peu d'esprit de suite dans nos préoccupations et dans nos actes. C'est nous (soyons francs !) qui avons appris à ces enfants la morale de l'intérêt égoïste, la mesquine ambition, l'indifTérence envers la chose publique, l'habitude de traiter « à la blague » les problèmes graves et de révérer considérablement les fariboles ou les cabotinages. Nous n'avons pas de grands vices. Nous avons même une quantité de petites vertus casanières. Mais nous sommes affligés de menues défaillances dont le total est attristant. Réagissons là-contre. Sans quoi les jeunes gens pourront nous retourner nos mercuriales et nous dire : « A qui la faute? »

Lorsque je vois les néanioscopes se plaindre de

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