REMÈDES
la jeunesse, et lui dire : « Jeunesse, réforme-toi I Jeunesse, corrige-toi, sois respectueuse, sois bonne! » je suis étonné de voir que ces mêmes personnes ne songent pas aussi à s'adresser le même discours à elles-mêmes. Ce n'est pas seulement par la réforme de la jeunesse que nous arriverons à obtenir d'elle tout ce que nous en attendons, c'est autant par la propre réforme de nos propres défauts. Il faut que nous fassions un retour sur nous, sur nos sentiments, sur nos pensées, sur nos actions, et, parce qu'en somme la jeunesse nous regarde, il faut que nous songions que nous avons charge d'âmes. Nous devons veiller non seulement aux propos que nous tenons, mais aussi à nos actes.
Tant que nous manifesterons, nous autres, hommes mûrs, cette âpre ardeur à acquérir une parcelle des honneurs publics, et cette impatience non pas à nous mettre au service de l'État, mais à mettre l'Etat à notre service, nous aurons véritablement mauvaise grâce à vouloir faire, devant la jeunesse, figure de personnages soucieux de la chose publique *.
Il faut que nous procurions à la jeunesse des occasions de faire montre de son énergie et d'affirmer sa volonté emmurée dans cette « geôle »
i. Quelques chiffres. En 1896, 64 places de commis expédi' tionnaire à la préfecture de la Seine, mises au concours, ont été briguées par 2058 candidats.
dont parlait Montaigne qui se connaissait en éducation *. Dans l'état actuel de la société, si les jeunes gens sont parfois indisciplinés, c'est qu'ils n'ont pas la place à laquelle ils peuvent prétendre, c'est que vraiment ils sont venus dans un temps où les occasions de se signaler autrement manquent à la jeunesse. Nous sommes dans un état social tel que le stage s'allonge indéfiniment, et que la limite d'âge recule de plus en plus. Autrefois, non seulement aux époques troublées, mais aussi dans des périodes plus calmes, il n'était pas rare de voir des hommes de trente-cinq ans remplir de hautes situations et être investis d'une grande responsabilité.
Qu'est-ce, aujourd'hui, qu'un homme de trentecinq ans? Je vois des personnes qui le considèrent comme un jeune homme, presque comme un bambin ; cela est très flatteur pour beaucoup d'entre nous, mais cela n'est pas tout à fait juste; cela est inexact : c'est à ce moment-là que la vie doit être assise et dirigée vers un certain but. Si je vous signale ce recul évident de la limite d'âge,
1. Les Lyonnais, qui prennent si souvent d'heureuses initiatives, viennent de donner un excellent exemple. La Chambre de commerce de Lyon a organisé un voyage d'exploration commerciale, en Chine, sous la direction d'un jeune homme, M. Henri Brenier. Les chambres de commerce de Marseille, de Bordeaux, de Lille, de Roubaix, de Roanne, ont participé à. cette intéressante entreprise. V. La Mission lyonnaise d'exploration commerciale en Chine (1895-1897), 1 vol. in-folio, publié chez Rey, à Lyon.