‹ Le malheur d'IsidoreChapitre 1 sur 5 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Le Malheur d'Isidore, qualifié cause gaie, a été joué, il y a environ deux siècles et demi, sur les places de la bonne ville de Dijon, en présence de la Mère-Folle, de ses Féaux, incorporés dans l'insigne Compagnie des Sots ou Infanterie dijonnaise, et de nombreux Fous de tout acabit, accourus pêlemêle.

Cette fameuse Infanterie, qui était la fleur des Infanteries folâtres, et dont le chef élu par les Sots prenait le titre burlesque de Folle-Femelle ou de Mère-Folle, avait, à de certains jours, de réels droits de juridiction et de cens are, notamment en ce qui concernait les scandales et les différends matrimo-

niaux enregistrés par la chronique citadine. Aussi le Malheur d'Isidore, que précède un prologue mythologique, est sans doute allusif, comme nombre des Jeux Dits et des Facéties de la même époque et de même origine, à certains événements locaux advenus quelque temps avant la dernière montre de l'Infanterie dijonnaise.

Il convient d'ajouter que la cause gaie en question fait partie d'un copieux manuscrit intitulé Mémoires du charlatan Sidoine Mérindor, dont j'ai cru pouvoir la détacher, en attendant que je publie l'œuvre complète de cet illustre Iriacleur, parisien de naissance, lequel, à diverses reprises, obtint la faveur de débiter ses boniments et de faire jouer ses comédies à Dijon, soit dans les carrefours, soit dans une vaste hôtellerie alors connue sous le nom de la Grand' Taverne, lieu que fréquentaient habituellement les principaux membres de la satirique Compagnie des Sots et nombre de clercs de la Ba-

soche, autre corporation qui comprenait non seulement les clercs proprement dits, mais encore les avocats, les procureurs, les greffiers et les notaires.

C'est dans la Grand' Taverne que, paraitil, fut organisée la dernière fête des Fous et des Sots, fête qui dura depuis le lendemain de Noël jusqu'au jour des Rois; et c'est là que fut inventée la cause gaie en deux chariots que l'on va lire, comme le donne à connaître Sidoine Mérindor, qui, mémorialiste fidèle, déclare avoir écrit ladite comédie avec le concours des principaux officiers tant de l'Infanterie dijonnaise que de la Basoche, étant présent et les assistant un sieur Gélestin Persagaine, son page de musique.

Je crois que les brefs renseignements qui précèdent étaient nécessaires; mais je crois aussi que maintenant j'aurais tort de me vouloir livrer à des appréciations doctrinales sur la valeur scémque du Malheur d'Isi-

dore, car aucune étude spéciale ne m'autorise à généraliser comme font les esthéticiens de profession et à dire : Ce que je trouve beau est beau, ce que je trouve laid est laid. Puis, qui sait? Peut-être que, pour discerner si une œuvre d'art quelconque nous plaît ou nous déplaît, il n'est pas indispensable qu'un magister nous assiste. Quoi qu'il en soit, je me trouve tellement bien de rebuter ou d'admirer à ma fantaisie, sans tenir compte des règles du beau et sans chercher à faire des prosélytes, que, dût-on souvent m 'accuser de nivèlerie, jamais je ne sortirai de ma naïve ignorance. C'est pourquoi, ô lecteur, je me hâte de tourner court et de te laibser juger de la cause gaie suivant ton état mental.

Arcachon, 6 janvier 1891.

LE

CHARIOT DE THÂLIE

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