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En examinant le malade, on trouve la face un peu enflée et rouge; la sensibilité entièrement normale, la langue libre dans ses mouvements; les lèvres étaient rouges et recouvertes d’un enduit blanc jaunâtre, la langue un peu enflée, rouge sur les bords ; le pharynx était aussi enflammé. Le ventre était très-sensible à la pression ; les vomissements avaient cessé, mais l’évacuation alvine de matières aqueuses continuait; le pouls petit, rapide, donnait de 410 à 112 pulsations; la peau, très-chaude, était couverte d’une forte transpiration.
En raison de la période si avancée de l’empoisonnement, et à la suite de vomissements si copieux, on jugea qu'il suffisait d’instituer un traitement symptomatique : gargarisme de racine de guimauve; comme boisson, infusion de thé faible, coupée d’une grande quantité de lait.
Jusqu'à 10 heures du soir, la bouche, la gorge et la langue, restèrent très-enflées, au point que le malade ne pouvait ouvrir la bouche qu'avec peine. La muqueuse buccale était couverte de phlyctènes. Prescription : 12 sangsues au cou, et plus tard, des cataplasmes chauds; les coliques étaient complètement dissipées et lesselles n'étaient pas si fréquentes. On prescrivit un gargarisme au carbonate de magnésie, et on donna ce sel à l’intérieur à doses réfractées.
Le iendemain, il n'existait plus du tout de douleurs de ventre, et les selles étaient normales, de telle sorte qu'il ne subsistait plus qu'une inflammation de la langue et de l’intérieur de la bouche, Le gonfiement ayant augmenté pendant la nuit, on posa encore six sangsues au Cou, et on entretint l'écoulement du sang par des cataplasmes chauds; à quatre heures du soir le malade fut envoyé à l'hôpital de Curaçao pour achever sou traitement; au bout de quelque temps, il était complétement rétabli.
De tout ce qui précède, les caractères de l’empoisonrement par les fruits de Mancenillier, peuvent se résumer dans les suivants :
Inflammation plus ou moins forte dans la bouche, le pharynx,
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l'esophage, l'estomac, jusque dans les intestins ; goût piquant et âcre à la bouche; excoriations des lèvres; gonflement du ventre qui devient le siége de vives douleurs ; sueurs froides. Vomissement et diarrhée intense; si le nombre des fruits ingérés est considérable, et s'ils sont riches en latex, les acccidents sont plus intenses; la prostration est complète ; — état comateux ; la mort.
Orfila (1) rangeait le mancenillier parmi les poisons narcoticoâcres ; c’est unirritant de premier ordre.
C'est une croyance populaire que le mancenilher n'est pas vénéneux pour certains animaux, qui pourraient impunément se nourrir de ses feuilles et Ce ses fruits.
Le mancenillier est tout aussi toxique pour les animaux que pour l’homme.
A la Guadeloupe, on prétend que les chèvres mangent les feuilles et les fruits de cet arbre. Ricord-Madiana en mit devant deux de ces animaux, pendant vingt-quatre heures, et: ils n’y touchèrent pas. | ;
M. le docteur Rufz de Lavison a répété la même expérience sur des mulets. Ceux-ci refusèrent aussi de toucher à la nourriture qui leur était présentée. Il alla plus loin: il introduisit de force du suc de Mancenillier dans l'estomac d’un mulet; en quatre heures il était mort.
Cependant je crois que les jeunes pousses de cet arbre peuvent être mangées sans inconvénient par les bestiaux, car elles ne renfermentque des vaisseaux laticifères, encore en voie de formation, et par conséquent manquent du principe résineux actif.
On pense aussi dans toutes les Antilles que les accidents, qui surviennent quelquefois lorsqu'on mange la crabe de terre ou oxypore combattant{ocypora pugilator, Lam.)et le tourlouroux (gecarcinus ruricola, Lam.) doivent être attribués aux pommes du mancenillier que ces animaux mengeraient, sans qu'il en résultät pour eux la moindre intoxication.
(1) Orfila. Traité d s ; oisons. €. If.
Ricord-Madiana, qui a enfermé dans des cages ces crabes avec des feuilles et des fruits de mancenillier les a vus mourir de faim, plutôt que toucher à la nourriture qu’il leur présentait. Jacquin avait déjà observé ce fait. Ricord introduisit du latex frais dans la bouche de plusieurs crabes, etilles vit succomber en peu d instanis.
Leur qualité toxique ne vient donc pas du mancenillier, qui est un poison aussi violent pour eux, que pour les autres animaux.
Griffith-Hugues (1), Le Blond (2), le père Dutertre, et d’autres naturalistes ont écrit que certains poissons se nourrissent des pommes de mancenillier, sans qne leur ingestion exerce sur eux aucune action délétère, et devienne cependant un poison pour l’homme qui les mange.
Ricord-Madiana a démontré leur erreur en faisant avaler à nn de ces poissons 0 gr.,50 de lait de Mancenillier; au bout de quelques minutes, l’animal était mort. Le poison ne l’épargnait pas, et n'était pas la cause de la toxicité qu'il pouvait présenter à-certains moments.
Une question, qui a été longtemps débattue, est celle de savoir si le mancenillier sert aux nègres dans les empoisonnements qu’ils commettent.
M. le docteur Rufz de Lavison, qui a fait une excellente étude de cette question, ne le croit pas. En effet les nègres fuient cet arbre dont ils ont peur; de plus, il est difficile de se servir de son latex dans un but criminel, car le caoutchouc qu'il renferme le rend difficile à mélanger aux aliments, et il est iasoluble dans l’eau. Le nègre, quand il veut commettre un crime, a sous la main des moyens d'action plus puissants et plus certains, dont quelques uns sont toujours restés un secret pour les Européens.
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(1) Griffith-Hugues, Histoire naturelle de la Barbade. L: Blond, Voyage aux Antilles.
Heureusement, les noirs ne sont pas si dangereux qu'on se le figure souvent; de nos jours il est rare qu’on entende, aux Antilles, parler d’un empoisonnement. Ils étaient plus fréquents au temps de l'esclavage : la vengeance était le seul mobile du crime
On a prétendu que les Caraïbes empoisonnaient leurs flèches en les trempant dans le suc du mancenillier.
Tous les auteurs anciens, le père Dutertre, le père Labat, Peyssonnel (1), Loiseleur des Longchamps..…. partageaient cette opinion sans en avoir de preuves certaines.
Il est évident que même aujourd’hui on ne connaît pas positivement les Substances dont se servaient les Caraïbes pour rendre mortelles les blessures de leurs armes.
Ils les ont toujours cachées aux Européens, et leur intérêt était trop grand, pour qu’ils violassent leur secret.
Mais il y a plusieurs raisons pour mettre en doute l’assertion des auteurs; le suc du mancenillier perd ses propriétés avec le temps; au bout de six mois, il est déjà presque inactif; de plus, la quantité qui se trouve déposée sur le fer d'une flèche st certainement trop faible pour amener la mort d'un homme; et, sila blessure de ces flèches amenait pourtant un résultat fatal, il est trèsprobable, que les Caraïbes faisaient venir leurs poisons de la côte ferme, et qu'ils les tiraieut des différents strychnos très-abondants à la Guyane et à l'embouchure de l’'Orénoque.
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(1) Peyssonnel Philosoph cal transactions (1758).