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Poussé par la soif, le voyageur imprudent le cueille ; s’il Le goûte, ils’en repent bientôt.
Lorsqu'on porte à la bouche un de ces fruits, il est d’abord insipide; au bout de quelques minutes de mastication, il se produit une violente inflammation sur les lèvres, la langue, le palais, qui ne tardent pas à se couvrir de petits boutons blancs. Il semblerait alors que l'on a du poivre dans la bouche, et l’on s’empresse, généralement, de rejeter les parties du fruit qu’elle contient encore. C'est chez les gens à palais peu délicat, comme les matelots que l’on observe le plus d'accidents.
Huit fruits de mancenillier donnés à un chien le tuent en cinq | eures, après avoir, comme le fait le suc, amené desvomissements, de la diarrhée et une dimiñution de la force musculaire.
Un seul fruit donné à un chien a simplement causé l’inflammation des muqueuses et une grande faiblesse dans les membres ; au bout‘ de deux jours, l’animal a été rétabli. Chez l’homme, les accidents sont les mêmes ; la mort arrive rarement ; pourtant M. Coutance a vu, à la Martinique, des émigrants chinoïs périr victimes de leur tentation.
Généralement, l’inflammation quise développe dans la bouche, empêche que l’on continue à manger le fruit; les accidents sont alors purement locaux et sans gravité; mais il n’en est pas toujours ainsi.
Parmi les nombreuses observations recueillies, pour la plupart par les médecins des navires en station dans les Antilles, je citerai les deux suivantes :
OBSERVATION I. — « Le 21 avril 1777 (1), la frégate {a Tour--
« terelle, étant mouillée au sud de Saint-Domingue, on envoya « la chaloupe avec 30 hommes pour pêcher et faire du bois. Un
« des matelots engagea ses camarades à manger d'un fruit qu’il « dit être une pomme du pays.
Er pp etats
(1) Duret (Pierre), médecin en chef de la marine, Loc, cit.
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« Trois heures après, tous furent pris de convulsions, le pouls « devint serré et petit, le corps se couvrit d’une sueur froide; la « bouche et l'estomac devinrent le siége d’une forteinflammation, « et le ventre d’un gonflement et dedouleurstrès-vives. Les déjec- « tions alvines étaient verdàtres ; les déjections anales sanguino- «lentes.
« Ceux quiavaient mangé des fruits encore verts furent plus ma- «lades que ceux qui en avaient pris de mûrs. Lesoir, les douleurs « devinrent moins vives; dans la nuit, le mieux se fit sentir ; quel- « ques jours après, ils étaient rétablis, mais ils conservaient une « grande faiblesse danslesmembresinférieurs. Commemédication, « je leur fis prendre du thé et administrer des lavements de graine « de lin. Je m’assurai le lendemain que ces pommes étaient les « fruits du mancenillier vénéneux, connu dans le pays sous le nom «de manzanilles. » |
OBSERVATION IT (7). — Le 14 septembre 1861, vers 9 heures du soir, on transporta à bord du navire hollandais Le Djambi, mouillé dans la baie de Curaçao, un matelot assez robuste, âgé de 20 ans, qui avait quitté le bord pour se rendre à terre. D’après son récit, il était tombé épuisé de fatigue, sous un arbre, qui portait des petits fruits ronds, d’une couleur verte tirant sur le jaune.
Vers 4 heures de l’après-midi, souffrant de la soif, il mangea de ces petits fruits, et en ingéra environ 20. Bientôt apres, ‘I ressentit une vive douleur dans la bouche, le pharynx, et le long de l’æœsophage. Ce sentiment fut suivi de violents maux d'estomac et de ventre avec vomissements et selles continuelles; le gardechampêtre quiramena le malade à bord, fit savoir que l'arbre indiqué est connu à Curaçao sous le nom d'arbre manzalini.
(1) Schroder. Extrait du Geneeskundig Tijdschrift voor de Reemugt. 1er vol. 1864, p. 229 Traduction due à l’obligeance de M. J H. Lier, chancelier de la légation des Pays Bas,