MONTREAL
LA VIERGE D'IVOIRE
(Suite de la page 8G)
siane allait mourir^ et aussi parce qu'il redoutait que le découragement ne portât son fils aux folies de jeunesse et aux désordres. Selon lui, seul un autre amour pouvait tout sauver.
Il avait peut-être raison, car sous Vempire de son désespoir, il était à craindre que Fernand, jeune, bouillant, d'un sang vigoureux et ardent, ne se laissât aller à la dérive et de là sur la pente des plaisirs dangereux. Cette lettre de son père était peut-être venue au bon moment, elle avait été pour le jeune homme un baume et un soulagement.
Il s'était dit aussitôt:
— C'est vrai, cette pauvre Lysiane n'est plus de ce monde, et mon père a raison: je dois songer à m'établir.
Et son oncle avait exprimé les mêmes sentiments.
Ce fut sur ces entrefaites que Fernand rencontra Hortence à Burlington, et cette fille, jolie, de bonne mine, qu'il connaissait déjà de vue, plut à son imagination. Les amours avaient marché très vite, si vite que, au 15 janvier, Fernand promettait d'épouser Hortense à Pâques.
Ce fut pour tous deux, dès lors, le bonheur.
Et Hortense se disait avec une joie trépignante :
— C'est peut-être ma Vierge d'Ivoire qui m'a porté cette chance-là, et je me rappelle que Jeanne me l'avait dit. Ma foi, tant mieux, je l'embrasse !
De sa sacoche elle avait aussitôt tiré la statuette et l'avait pressée sur ses lèvres avec amour et respect.
Alors elle avait écrit à son amie à Montréal qu'elle retournait reprendre son poste sur la rue Craig en attendant qu'elle devînt la femme de Fernand Drolet. Et elle avait terminé sa lettre par ces mots :
— Oui, ma chère Jeanne, tu as dit bien vrai, cette fois-là, en me disant que cette statuette d'ivoire me porterait peut-être bonheur. Tu ne peux pas te figurer comme je suis heureuse ... si heureuse qu'il me semble souvent que c'est un beau rêve que je fais seulement ! . . .
LA VIERCtE mourante
Le bonheur ne frappe pas à toutes les
portes : c'est un passant d'numeur bizarre. (Suite à la page 90)