ACTE PREMIER
OCTAVE
J’aurais dû aller à vous, mademoiselle, je le reconnais : mais ma sœur et moi, nous venons d’arriver;... et un si grand malheur nous attendait...
U so détourne en portant la main à scs yeux.
DIANE, doucement.
Ohl vous pouvez pleurer devant moi, monsieur!... j’ai perdu autant que vous]
OCTAVE, tâchant do se remettre et otTranl h Diane un siège où eilo
s’asseoit.
La duchesse de Novailles vous aimait beaucoup, mademoiselle?
DIANE. ,
Elle m’a souvent appelée sa tille.
OCTAVE
Et vous l’aimiez ?
DIANE
Comme j’aurais aimé la mienne... que je n’ai pas connue.
OCTAVE
Vous quittiez rarement la duchesse?
DIANE
Jamais.
Mais alors... (s’arrêtant.) Oh! pardon!...
DIANE
Parlez, parlez, monsieur.
OCTAVE
Où étiez-vous la nuit... de sa mort?
DIANE
Ah! monsieur! Vous réveillez d’un mot un remords cruel! La seule nui! que je n’eusse point passée tout entière dans cette chambre... depuis tant de nuits! — Ah! tenez, il me semble que ma bienfaitrice vivrait encore si j’étais restée ici! — Celle nuit de Noël, monsieur, j’étais à l’église. (Los yeux au. ciel.) Je priais.
OCTAVE, A part, en la regardant avec un respect involontaire.
Mais on dirait une sainle!... (Haut aprèsavoir hésité.) Mademoiselle, esl-ceque... Est-ce que -l’idée ne vous est jamais venue que... que la duchesse aurait pu mourir victime d’un meurtre?... '
DIANE, se levant.
Ohl (La stupéfaction lui die un instant la voix.) Oh! monsieur!
Qu’avez-voufc dit là !... Qui donc aurait eu le moindre intérêt à la mort de la duchesse? quand tout le monde! (Appuyant) : Tout le monde! avait tant d’intérêt à sa vie!... (S’arrêtant et regardant Octave bien en face.) Qui donc SOUpçonneriezvous ?
Moi?... je... je ne sais...
* DIANE
Mais il faudrait le savoir monsieur! et s’il y avait eu un meurtre, Ali!... vous n’auriez pas d’auxiliaire plus dévoué que moi pour le venger avec vous!
OCTAVE^ entraîné.
N’est-ce pas !
DIANE, continuant, et avec force, la main tendue vors le lit.
Je le jure! Mais... non, oh! nort!... Nous n’avons à soupçonner personne; c’est bien assez, mon Dieu! d’avoir à pleurer toujours !
OCTAVE, b part, en la regardant.
J’aurais voulu que Blanche l’entendit 1
DIANE, continuant, d'une voii qui peu b peu devient presque tendre.
f.ar nous pleurerons toujours, votre sœur et moi!... Vous jeune, brave, noble! vous serez bien vite aimé; une famille nouvelle remplacera pour vous la famille qui tombe... Qui donc ne l'aimerait pas, celui dont la du chesse parlait avec tant d’admiralion dans sa tendresse!...
OCTAVE
Parlez de ma mère !
DIANE
Vous no répondiez pas à ses lellrcs : c’était mal. Elle continuait pourtant de vous écrire! L‘,i nuit même de sa mort, elle avait commencé... (S’arrêtant cl reprenant vivement.) Mais on n’a pas dû y toucher, à cette lettre!... (Allant b la table qui est près du lit, ouvrant le buvard sur lequel la duchesse a écrit) Oui! la Voici! (Ello pa«so b Octave la lettre commencée.) -
OCTAVE, la regardant et l'ouvrant avec émotion.
Ma mère a écrit cela !
DIANE
Je vous laisse, monsieur le marquis, je vous laisse avec...
(Doucement, en mon'ranl la lettre.) AVCC elle !
LÉGER, entrant
Monsieur de Saint-Sauveur est arrivé. Dois-je avenir . monsieur le duc, mademoiselle, monsieur de Kéral?...