‹ Le mangeur de fer drame en cinq actes, huit tableaux dont un prologueChapitre 53 sur 107 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

PHÉNIX

Trop de temps perdu! et qu’à présent tous les mots lassent balle. Je ne suis pas ton frère, Élisa. Ma mère t’a ramassée toute petite et toute nue, sur une pierre, il y a une vingtaine d’années; et quand elle est morte, il y a dix ans, sans logement, sans pain, sans rrcn du tout, dans un four à plâtre, moi seul savais que tu n’étais pas ma sœuri...

DIANE, Iris-attentive.

Ail ! (D'un ion pins ferme.) Eh bien ?

PHÉNIX

Eh bien, Élisa... je t’aime. Je l’ai marquée pour moi, je te garde pour moi! (En frappant sur sa poitrine.) \oilà ton nomme!...

DIANE, à part.

Je suis perdue 1...

PHÉNIX

Est-ce compris?...

DIANE

Mais... si je ne vous aime pas, moi ?...

Ça, pour le moment, c’est secondaire. Tu m’aimeras quand il faudra : ça me regarde. Donc, ma poule, rentrons dans mon plan : l’ancien, le bon, le seul qui sera suivi... Le duc tiendra sa parole de gentilhomme, il te sacrera duchesse, bien! Après ça, comme il faut que tu hérites, que je t’emmène et que je t’épouse, le duc ira revoir ses aïeux, c’est mon affaire !

• DIANE, à elle-même et arec rage.

Oh! perdue!

PHÉNIX, tranquillement.

En attendant, parlons peu, parlons bien: il me faut de l'argent!...

DIANE

De l’argent!...

PHÉNIX

Mais comme lu cries donc! A cause? Est-ce que lu crois que ça ne m’a rien coûté, une élève comme toi!... Et ton éducation?et les chiffons? et les répondants? et tes papiers, malheureuse!... Sans compter qu’avec tout ça, lu n’arrivais à rien, si je n’étais pas revenu à Paris. Ah! mais! il en a fallu des mille et des cent!... et où voulais-tu que je prenne tout ça, moi? — Tu m’as croqué l’argent de mes camarades, Lisa,

dont j’étais le dépositaire... et il faut rembourser, ma fille, comme dans le monde hoiinélc, il faut rembourser... ou bien... — En as-lu, de l’argent?

DIANE

Le rôle que je joue m’empêche d'en demander et même d'en recevoir. J’ai à peine de quoi... tenir mon rang!...

11 me faut pourtant cinquante mille francs, demain. (Mouromcnt de Diane.) Je te donne la journée pour ça.

DIANE

Tu es fou! Je compromettrais tout si...

PHÉNIX

Tu sauras t’arranger pour iie rien compromettre...

DIANE, après un court siieuca.

Mais... si je me révoltais, Phénix?

PHÉNIX, d'un lou railleur.

Répète un peu ça I

DIANE

Si... je me séparais de toi?

PHÉNIX, très-froid.

Ah!... Regarde- moi, ma fille, dans l’œil, au fond, tout au fond!... N’est-ce pas qu’il n’y fait pas beau?... (Diane recule.) Tu recules, lu frissonnes... et comme tu as raison ! C’est que tu viens d'y lire, ma fille, là dedans, que lu me dois d'être tout ce que lu es!... que tu as à payer au fils ce que tu dois à la mère; que notre complicité nous a mariés. ..et qu’il faut m'obéir!... C'est si peu de chose, vois-tu, une femme!... Je me disais ça, tiens, au dernier regard epue m'a jeté la Breloque... une pauvre fille que j’ai... aimée en l'attendant .. C’est si peu de chose, une femme! si peu! si peu! !!...

DIANE

Je l’obéirai ! ...

PHÉNIX

Je lésais bien... Mais... ne nous attendrissons pas davantage... Demain soir... à onze heures, je l'attendrai au Soleil Rouge, tu apporteras l'argent, et. ..elnous recauserons... tiiva tirer les verrous, puis il sonne. En revenant vers Diane.) Tais loi ! plus un mot! A demain soir, au Soleil Rouge... (a Ralph qui paraît et en reprenant son baragouin anglais.) MédCIItC a sonné vaOU por dire à vaou de remettre moa dans lé tchemin de inoa.

Il salue très-humblement et sort avec Ralph, laissant Diane frappée de < stupeur.

-Oiqitize

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