ACTE TROISIÈME
EMMANUEL
Épouvantable!... Pour vous, mademoiselle?
DIANE
Oui ! Vous connaissez ma vie, monsieur : vous ne la connaissez pas toute entière. Je vis... si c’est vivre! sous la domination d’un misérable I.. (avec un cri) dont il faut me dc- „ livrer, monsieur!
EMMANUEL, à part.
Ah! une trace!.. (Haut) Madmoiselle! que m’apprenezvous!
Celte pauvre femme qui m’a recueillie, quand toute enfant j’arrivais b Paris, elle avait un (ils... Vous m’écoutez, monsieur?..
EMMANUEL, vivement.
Si je vous écoute! !! (s« contenant.) Vous disiez que cette femme... (laquelle était de la dernière condition, vous voyez que je me souviens!) avait un fils...
DIANE.' -
Nous avons grandi ensemble... Et maintenant encore... j’en rougis!... il m’appelle sa sœur. A peine avais-je commencé b recevoir quelque instruction, on m’envoya gagner ma vie... Vous savez comment! Lui... le malheureux!... Il s’en alla... (Bas ot frissonnant.) dans les chemins qui mènent au bagne...
EMMANUEL, K part.
Voilà l’assassin! (Haut.) Mademoiselle, le nom de cet homme ?
On frappe à la porte tin fond.
EMMANUEL, à Diane.
Pardon ! (liant). Entrez!
L HUISSIER, qui en entrant vient à Emmanuuel lequel va à lui;
parlant bas.
L’agent que monsieur a demandé...
EMMANUEL
Monsieur Roeh.
l’huissier.
Il sera ici dans une heure.
Bien. (Revenant b Diane pendant que l’huissier se relire.) Continuez, mademoiselle, cet homme...
DIANE
Je le revis souvent, moi qui le fuyais toujours! Ses déguisements, ses audaces pour arriver b moi me faisaient trem-
fii LE MANGEUR DE FER
hier! [| invoquaitle souvenir de sa mère pour m’arracher de l’argent... Et que ne tentail-il pas pour m’entraîner au crime!..
EMMANUEL
Il vous a poursuivie jusque dans l’hôtel de Novailles?
DIANE
Malgré moi!..
EMMANUEL
Par la pelite porte du jardin.
DIANE, réprimant un mouvement de surprise.
Peut-être.. .(a part.)Que sait-il donc!... J'ai bien fait de venir! (Haut ) En me sachant aimée de celte généreuse famille, il avait conçu un plan... odieux, et qu’il croyait devoir l’enrichir. « La duchesse peut mourir, disait-il : il faut que mademoiselle d’Hauberteuil se fasse aimer du duc... »
EMMANUEL, gravement.
Et le duc vous a aimée, mademoiselle.
DIANE
Ilélasl — Vous l’avez deviné : il m’a bien fallu le deviner moi-même! J’ai voulu fuir alors : la crainte d’être accusée d’ingratitude m’a retenue.
EMMANUEL
Mais... quand la duchesse est morte, quand des doutes horribles nous sont venus, vous auriez pu nous montrer le meurtrier peut-être : vous ne l’avez pas fait!
DIANE
Moi ! accuser de meurtre le (ils de la femme qui m’a servie de mère! Mais il est innocent de ce crime, monsieur, si ce crime a été commis! Il est coupable, mais il n’a jamais tué!
EMMANUEL
Qu’en savez-vous?
DIANE, avec force.
Non! non! taisez-vous!
EMMANUEL, û brûle-pourpoint.
C’est lui que Léger a vu dans votre chambre.
DIANE, un pen troublée.
Lui!
EMMANUEL, appuyant.
Il vous avait donc forcée à le recevoir la nuit de Noël?
DIANE, redevenue maîtresse d’cllo-mêrae.
La nuit de Noël! Non.
EMMANUEL
Mais... la déclaration de Léger...