‹ Le mangeur de rêvesChapitre 14 sur 56 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

JEANXINE

Je l'ignore.,

LUC

N'aîmiez-vous pas vos parents ?

JEANNINE

Oh, si.

LUC

Les aimiez-vous également ?

JEAXMXE, gênée.

Mais, mon Dieu, je ne sais pas... Je ne me rappelle pas...

LUC, qui la regarde avec insislance.

Si, vous le savez.

JEANNINE

Eh bien, j'avais peut-être une légère préférence pour mon père. (Rapidemenl.) Cela provient évidemment de ce que j'ai perdu ma mère tout enfant.

LUC

Et vous ne voulez pas me dire comment elle est morte ?

JEAXXIXE

Pourquoi cela vous intéresse-t-il ?

LUC

Il est possible que je trouve dans votre récit de éléments capables d'apaiser vos inquiétudes actuelles.

30 LE MANGE un DE RÊVES

JEANNINE

C'est tout à fait invraisemblable.

LUC

Vous ne diriez plus cela, si vous aviez lu l'Ombre du père.

JEANNINE

Je veux bien vous satisfaire, mais...

LUC

Ne croyez pas que je cède à la curiosité.

JEANNINE, avec effort.

Eh bien, voici : mon père, qui est mort il y a quelques années, était ingénieur des mines. Il vivait à Oran, mais nous passions nos hivers dans un village du sud appelé la Source Jaune. C'est de là qu'il partait pour ses tournées de prospection, à travers les montagnes de la frontière marocaine. {Cherchant inconsciemment un prétexte pour s'arrêter.) Je suis sûre que je vous ennuie?

LUC

Continuez, je vous en prie.

JEANNINE

Quand ces tournées n'étaient pas trop pénibles, il nous emmenait, ma mère et moi, dans un chariot à mules. Il était grand amateur de musique arabe. Et dans tous les douars que nous traversions, il se faisait jouer les airs anciens. •

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