SCENE I
JEANXINE
Je l'ignore.,
LUC
N'aîmiez-vous pas vos parents ?
JEANNINE
Oh, si.
LUC
Les aimiez-vous également ?
JEAXMXE, gênée.
Mais, mon Dieu, je ne sais pas... Je ne me rappelle pas...
LUC, qui la regarde avec insislance.
Si, vous le savez.
JEANNINE
Eh bien, j'avais peut-être une légère préférence pour mon père. (Rapidemenl.) Cela provient évidemment de ce que j'ai perdu ma mère tout enfant.
LUC
Et vous ne voulez pas me dire comment elle est morte ?
JEAXXIXE
Pourquoi cela vous intéresse-t-il ?
LUC
Il est possible que je trouve dans votre récit de éléments capables d'apaiser vos inquiétudes actuelles.
30 LE MANGE un DE RÊVES
JEANNINE
C'est tout à fait invraisemblable.
LUC
Vous ne diriez plus cela, si vous aviez lu l'Ombre du père.
JEANNINE
Je veux bien vous satisfaire, mais...
LUC
Ne croyez pas que je cède à la curiosité.
JEANNINE, avec effort.
Eh bien, voici : mon père, qui est mort il y a quelques années, était ingénieur des mines. Il vivait à Oran, mais nous passions nos hivers dans un village du sud appelé la Source Jaune. C'est de là qu'il partait pour ses tournées de prospection, à travers les montagnes de la frontière marocaine. {Cherchant inconsciemment un prétexte pour s'arrêter.) Je suis sûre que je vous ennuie?
LUC
Continuez, je vous en prie.
JEANNINE
Quand ces tournées n'étaient pas trop pénibles, il nous emmenait, ma mère et moi, dans un chariot à mules. Il était grand amateur de musique arabe. Et dans tous les douars que nous traversions, il se faisait jouer les airs anciens. •