PROLOGUE
LUC
Je peuse que pour être à Grenoble dans la soirée...
LA MÉNAGÈRE
Il faut prendre celui du matin.
LUC
Merci.
(La ménagère sort. Il coupe une page. La vieille dame termine son entremets. Jeannine a laissé le sien. La ménagère revient. Elle donne la lumière, car il vient de poser son livre. La ménagère dessert, en commençant par Jeannine. )
LA VIEILLE DAME, commc la ménagère arrive à sa table.
Ce sera du tilleul, ce soir. Mademoiselle.
LA MÉNAGÈRE
Bien, Madame. Encore une vilaine journée.
LA VIEILLE DAME
Oui, pas trop froide. Il ne faut pas nous plaindre. Il a neigé, à Chamonix.
{La ménagère sort. Jeannine se lève et sort par la porte de droite. Ici, la draperie qui masquait cette partie de la scène s'écarte et l'on voit Jeannine pénétrer dans sa chambre envahie par le crépuscule. Elle va devant la glace, s'y regarde un moment, rajuste ses cheveux. Elle prend un roman sur
la lahle, s'approche de la fenêtre ei commence à lire, aux dernières lueurs du jour. Dans la salle à manger, la ménagère rentre, apportant le tilleul de la vieille dame.)
LA VIEILLE DAME
Merci. (Désignant du regard la chambre de droite et à voix basse.) Mme Felse n'est pas bien, aujourd'hui.
LA MÉNAGÈRE
Je l'ai remarqué, Madame.
LA VIEILLE DAME
Je lui ai parlé, après le déjeuner. Je voulais lui tenir un peu compagnie. Elle m'a quittée au bout d'un instant et s'est enfermée dans sa chambre... On n'ose pas insister.
LA MÉNAGÈRE
Il ne faut pas être trop discret avec elle, Madame. Hier, je l'ai trouvée dans le jardin, toujours sur ce banc qui est au bord de l'eau, et je suis restée un bon moment près d'elle. Au début, elle me répondait à peine. Et puis, elle s'est mise à causer gentiment. J'ai senti que je lui faisais du bien.
LA VIEILLE DAME
Pourquoi ne se promène-t-elle pas ? Elle devrait se promener.
LA MÉNAGÈRE
C'est ce que je lui ai dit, Madame. Voilà huit jours qu'elle est ici et elle n'est même pas montée à la ruine.