SCÈNE IX
l'œil sale, rasé comme un prêtre... (Elle lui touche la joue.) marqué de cet affreux pli, et si triste, et si bassement misérable... que je t'adorerai encore !
LUC, slupéfail.
Tu m'adoreras ?
{Coup de feu dans le lointain. Elle va à la table et boit. Il écoute.) Tu as entendu ?
tEARON
Yes, dear.
LUC
Qu'est-ce que cela peut être ?
FEARON
Well, c'est un coup de feu.
LUC, allant brusquement à elle.
Fearon, regarde-moi. Où est-elle?
FEARON, ricanant.
Cherche.
LUC
Ha ! (Il court à gauche et entre dans la chambre. On l'entend allumer une bougie et prononcer des paroles indistinctes. Il reparaît aussitôt.) Personne! Pourquoi m'as-tu menti?
FEARON
Mais remercie-moi donc, imbécile. Te voilà débarrassé !
LUC
Tu dis?
122 t.E MANGEUR DE RÊVES
FEARON
Je dis débarrassé. Délivré de ta folle aux coudes pointus ! Elle vient d'en finir avec sa sotte existence. C'est mon browning qui aboyait tout à l'heure !
Luc^ tremblant d'émotion.
Jeannine, Jeannine...
FEARON
Voyez-moi cette demoiselle! Il va se trouver mal, my Word! Bois donc un coup.
(Elle lui tend son verre. Il boit machinalement.)
LUC, se reprenant et voulant sortir.
Vite, viens avec moi...
FEAROXj devant la porte.
No use, my boy.
LUC
Laisse-moi passer.
FEARON, lui barrant le passage.
Non. Ni toi, ni moi. Quand on a tué quelqu'un, on ne va pas pleurnicher sur son corps ; c'est indécent.
(Il veut l'écarter de force. Courte lutte. Il est le plus faible et finit par tomber à genoux devant elle.)
LUC, pleurant.
Jeannine ! Jeannine !